•  Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960

    C’est un film qui a beaucoup d’intérêts de par son sujet : d’abord parce qu’encore une fois il traite de la délation ou de la dénonciation. Ensuite parce que c’est un film comme il y en a tant eu à cette époque sur les gangs des jeunes. Ils se sont multipliés depuis la sortie à succès de Rebels without cause de Nicholas Ray. Pour le pire et le meilleur. Mais souvent pour le pire comme Crime in the streets de Don Siegel qui date déjà de 1956. Et cela ira jusque dans le début des années soixante avec 13th west street de Philip Leacock[1]. Il y aurait beaucoup à dire sur la mise en scène d’une jeunesse délinquante qui effraie les plus âgés, puisqu’en même temps qu’elle déstabilise l’ordre existant, elle propose forcément un monde nouveau qui est en train d’émerger avec le rock’n roll et sa diffusion marchande et mondialisée. Phil Karlson tournera d’ailleurs un film avec Elvis Presley – l’idole des jeunes – Kid Galahad, mais au moment où ce même Elvis Presley va devenir un acteur et un chanteur très conformiste. Le sujet de ce film est tiré d’un roman de Frank Kane, un auteur qui a été souvent traduit en Série noire, mais pas celui-là. Il a beaucoup travaillé popur la télévision, notamment sur la première série des Mike Hammer avec Darren McGavin, un acteur en bois, mais qui a fait tout de même près de 80 épisodes à la fin des années cinquante ! Ses livres qui ne brillent jamais par leur subtilité sont très souvent marqués par la violence brutale des protagonistes, souvent un détective privé. C’est un auteur pour lequel la critique n’a eu guère de considération, le Mesplèdes le liquide en 20 lignes[2]. Il ne possède même pas sa page Wikipedia en anglais, c’est dire ! Jusqu’au titre en anglais qui est des plus banals, il y a plusieurs films qui portent ce titre peu original. C’est presqu’un film anonyme et furtif. Avec des acteurs qui sont presque tous oubliés sauf Dennis Hopper bien sûr parce qu’il a fait une carrière intéressante en tant que réalisateur, et une longue carrière d’acteur, plutôt dans des seconds rôles, mais toujours assez typé. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960

    Fred Morrow, alors qu’il cherche des affaires immobilières à réaliser dans un quartier un peu pourri de Los Angeles, est le témoin d’un meurtre. Williams Tomkins qui n’a pas supporté qu’Emilio drague sa fiancée, le tue d’un coup de couteau. La police est sur les lieux, mais seul Fred Morrow accepte de témoigner. La bande à Tomkins va tenter de faire revenir Morrow sur sa décision. Pour se procurer son adresse, ils commencent par agresser un policier afin de le dépouiller de son calibre et de son carnet. Puis, alors que le policier est dans un état grave, ils commencent à harceler la famille de Morrow. Ann, sa femme, prend peur, d’autant qu’ils ne peuvent plus partir parce que les délinquants ont crevé les pneus de leur voiture. Mais le policier Torno arrive à arrêter finalement Tomkins. Morrow confirme aux policiers qu’il est bien le meurtrier d’Emilio. Il ne lui restera plus qu’à témoigner devant le tribunal. Le reste de la bande cependant ne l’entend pas de cette oreille et veut jusqu’au bout sauver son chef. Ils décident de kidnapper les enfants de Morrow. Mais tandis qu’Apple, le noir de la bande, et Muggles se chargent du kidnapping, Ruby, la fiancée de Tomkins, va jusqu’au tribunal pour intimider Fred Morrow en agressant sa femme par téléphone. Voyant sa femme évanouie, Morrow va renoncer à témoigner et Tomkins est libéré. Mais Apple et Muggles tentent toujours de kidnapper le petit Phil Morrow. Comme un professeur de l’école s’interpose, Muggles sort son revolver et tire, fort heureusement Apple dévie le coup et Phil Morrow n’est que blesse. Tandis que la femme de Morrow se trouve à l’hôpital avec Phil, son mari rentre chez lui et y trouve Apple qui tente de parlementer avec lui, mais Morrow qui est un peu borné, ne veut pas l’entendre. Alors qu’il veut le mettre dehors la bande de Tomkins arrive et se fait menaçante. La bataille s’engage, la police arrive et embarque les délinquants. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Le policier Hurley est attiré par Apple dans un guet-apens. 

    Une lecture hâtive de ce film pourrait faire croire à un pensum sur la nécessité de coopérer avec la police pour défendre le modèle américain contre des délinquants sans cervelle. Et d’ailleurs au début du film nous voyons défiler une déclaration solennelle du procureur de Los Angeles qui nous explique que nous devons adhérer à la loi et surtout ne pas la contester. C’est la vieille recette des cinéastes que de se camoufler derrière la nécessité de la loi et de l’ordre pour nous dire que le crime ne paie pas et qu’il faut toujours rester à sa place sans aigreur. Seulement au cinéma les images représentent l’inconscient du message et beaucoup de ce qui n’est pas dit va passer par là, bien au-delà des dialogues. Evidemment cette bande de petits délinquants n’inspire aucune sympathie. Ils sont aussi méchants que stupides, et d’ailleurs on ne montrera rien de ce qui pourrait s’apparenter à une excuse. Il y a même un passage étonnant quand Morrow enguirlande Apple pour lui dire comment il faut jouer avec la société pour échapper au châtiment qu’il mérite. Ce dialogue est tellement outrancier, alors que le spectateur a déjà compris qu’Appel était du côté de la morale, qu’on obtient l’inverse de ce qui est voulu : c'est Morrow qui apparaît comme inconséquent. D’ailleurs la famille Morrow devient au fur et à mesure que l’histoire se déroule sous nos yeux parfaitement antipathique. Tandis que la bande de Tomkins se serre les coudes et prend des risques pour sauver son leader, la famille Morrow se désagrège. D’abord c’est la femme qui pique sa crise de nerf régulièrement, mais ensuite c’est son mari, qui, après avoir fait le fanfaron du genre « j’ai fait la guerre et je n’ai peur de rien », va se déballonner et refuser de témoigner.  C‘est bien en ce sens que c’est un très bon film noir, il montre et refuse de juger, mais ce qu’il montre c’est bien l’ambiguïté des sentiments. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Les Morrow font leurs courses au supermarché 

    Revenons à la question de la force des images, supérieure ici au poids des mots ! Nous voyons le satisfait Morrow s’étonner de la misère du quartier qu’il parcourt, et par opposition, on le verra enfermé dans sa petite maison individuelle et sa famille, se coltiner une femme insupportable parce qu’il lui a fait deux gosses. On le verra aussi gémir doucement quand il trouvera dans son garage sa voiture taguée et avec les pneus crevés. Ce n’est pas qu’ils aient peur qui est remarquable. Tout le monde a peur quand on se fait agresser par une bande de vauriens, mais c’est plutôt le décalage de leur vie morne, cernée par les objets, et le fait que Morrow, l’époux irréprochable ne peut s’empêcher de jeter un regard concupiscent sur le cul de Ruby. Tout soudain, ce personnage de bande dessiné, engoncé dans son petit costume apparaît sournois et malveillant. Tout cela à travers une histoire qui se voudrait édifiante nous donne à voir en creux une critique du mode de vie américain. C’est comme si ce monde des objets avait enlevé sa virilité à Morrow, et que ses exploits guerriers, en Europe ou dans la Pacifique, n’étaient plus que de lointains souvenirs. Comme quoi, si on sait se servir d’une caméra, on peut à partir d’une trame très mince arriver à produire un discours cohérent sur la société. Au passage on remarquera un message antiraciste latent, Emilio qui est tué au début du film est un pauvre Mexicain, sans passé et sans avenir. Apple, le noir de la bande est en réalité méprisé par elle et par son chef. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Les Morrow ont peur 

    C’est un film violent, et dans sa facture, c’est un film néo-noir. L’utilisation de l’écran large, mais aussi le décor des banlieues de Los Angeles avec une opposition entre le quartier où vivent les Morrow et celui ou règnent Tomkins et sa bande. Il y a de très bons mouvements d’appareils qui permettent de saisir la densité de l’espace, par exemple au supermarché avec le malheureux Morrow qui pousse bêtement le chariot ou encore les scènes au tribunal. En termes d’action, c’est très bon, bien rythmé, par exemple le piège qui est tendu à l’agent Hurley qui se laisse appâter par la fausse attaque de Apple sur Ruby. Egalement la course haletante de Torno pour rattraper Tompkins dans les embouteillages de la ville. L’ensemble est bien rythmé, ça dure à peine une heure vingt, mais comme toujours avec Phil Karlson la densité est préféré à la démonstration. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Ann Morrow veut partir 

    Le héros de cette aventure est Jeffrey Hunter dans le rôle de Morrow. Révélé par John Ford dans The searchers et dans Sergeant Rutledge du même John For, il a ensuite peiné à trouver le bon rythme pour rester en haut de l’affiche. King of Kings, cette immonde daube signée Nicholas Ray, fut un fiasco coûteux qui relégua tous ceux qui s’y commirent dans les fonds de la mémoire des agents. Ici il est plutôt bon, en quelque sorte à contre-emploi. Sa femme est interprétée par la sémillante Pat Crowley. Elle joue le rôle d’une ménagère plutôt revêche, et elle le joue bien. Mais elle ne s’imposera pas au cinéma et devra se tourner vers la télévision pour assurer la matérielle. Du côté des délinquants c’est très bien. Dennis Hopper incarne Tomkins, et semble avoir fait chef de gang toute sa vie avec l’aspect névrotique qui va avec. Si les acteurs qui le soutiennent ne sont pas très bons, Susan Harrison dans le rôle de Ruby est excellente. On ne l’a pas vue beaucoup au cinéma, elle n’a fait en dehors de ce film que Sweet smell of succes de Mackendricks aux côtés de Burt lancaster et de Tony Curtis. Elle aussi dut faire son beurre avec la télévision. Frank Silvera est un Torno très crédible et son rôle qui ménage beaucoup  d'ambiguïté est très bien écrit, ce qui lui facilite les choses. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Torno a rattrapé Tomkins 

    Il y a quelques éléments troublants dans ce film. Par exemple les deux acolytes mâles de Tomkins, Muggles et Magician, disent qu’ils n’aiment pas les femmes et semblent avoir plutôt des attirances homosexuelles. Ce qui est un peu audacieux pour l’époque. Mais c’est à peine suggéré. Je n’insisterais pas sur la scène du tribunal qui, si elle est très bien menée sur le plan cinématographique, est totalement invraisemblable ne serait-ce que pour des questions de minutage. Il y a aussi le fait que Ruby est une garce qui en séduisant le pauvre Emilio, le mène à sa perte.  La photo est très bonne, lumineuse exactement quand il faut, avec des noirs et blancs tranchés, et la musique très jazz est aussi un excellent soutien à l’ensemble. 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Au tribunal Ann Morrow s’est évanouie 

    Le film n’a eu aucun succès, il a même perdu beaucoup d’argent et si le public n’est pas venu, les critiques l’ont boudé également, ne comprenant pas l’intérêt du propos de Karlson. Ce film est aujourd’hui introuvable, c’est bien dommage. Il mériterait selon moi une édition en Blu ray pour toutes les raisons que j’ai développées ci-dessus. Remarquez que le cinéma gémit sur la dégradation des mœurs depuis au moins le début des années soixante, et qu’à l’évidence ça ne s’est guère amélioré, malgré les pressantes demandes du procureur de Los Angeles d’aider la justice et la police pour retrouver l’harmonie ! 

    Le témoin silencieux, Key witness, Phil Karlson, 1960 

    Tomkins veut tuer Morrow 




    [2] Dictionnaire des littératures policières, Volume 2, Joseph K., 2007

     

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  • Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    Georges Simenon a été adapté un peu partout dans le monde, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, et jusqu’au Japon, mais c’est surtout en France qu’il s’est imposé comme un grand fournisseur de véhicules pour le cinéma. Célèbre dans le monde entier, il s’était installé un temps aux Etats-Unis. Et si la plupart de ses ouvrages se passent en France, celui-ci va être situé aux Etats-Unis. Il est tout à fait de son temps puisque Les frères Rico parle de la mafia au moment même où, malgré les atermoiements de J. Edgar Hoover qui freine autant qu’il peut les enquêtes, l’opinion s’émeut de sa puissance occulte et réclame qu’on sévisse enfin contre une société parallèle qui mine la prospérité du pays et fait régner la loi du silence. Mais Simenon s’intéressait aussi au cinéma depuis longtemps, bien qu’il ne veuille par s’impliquer dans la production de scénarios. Ce qui veut dire que le film noir, s’il a été un grand consommateur des œuvres de Simenon, a eu aussi une influence sur son style et sur sa thématique. Ce n’est pas et de loin le meilleur de Simenon, mais je suppose que si les studios américains ont acheté les droits, c’est parce qu’il traitait d’un sujet sulfureux pour l’époque, de la mafia, de son organisation sur l’ensemble du territoire. Comme c’est du Simenon et non pas du Mario Puzo, il est à peu près certain que ce ne sera pas très animé, ni même très documenté, et que ça tirera plutôt du côté psychologique, c’est-à-dire des tourments de l’homme moderne face à la transformation sociale. Le label simenonien a aussi l’avantage de donner une forme intellectualisme et de sérieux à l’affaire. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    Eddie Rico mène une petite vie bien tranquille en Floride, il possède une affaire prospère, une très belle femme et une grande villa. C’est un ancien comptable de la mafia. Celle-ci lui demande comme un service d’employer chez lui Joe Wesson qui doit se cacher de la police. Eddie doit accepter. Mais il doit aussi se rendre à Miami pour rencontrer Sid Kubik, un boss de la mafia auquel jadis la mère d’Eddie a sauvé la vie. En fait Kubik recherche les deux autres frères Rico car ils ont été compromis dans des assassinats, et sont une menace potentielle pour l’organisation si la police les arrête et qu’ils parlent. Johnny Rico a épousé Norah Malaks et le frère de celle-ci commence à transactionner avec l’attorney de New-York. Eddie est chargé de retrouver son frère Johnny pour lui faire quitter le pays. Il part à sa recherche à New York, puis à El Camino, où il le retrouve avec Norah qui est enceinte jusqu’aux yeux. Pendant ce temps on comprend que le syndicat a décidé de faire disparaitre Gino qu’Eddie avait brièvement rencontré. Mais il se trouve sous surveillance, et il comprend que tout cela n’est qu’un piège pour que le gang retrouve Johnny et le liquide. Mais il est trop tard, il ne peut pas intervenir, étant sous la gatde de Lamotta et Gomez. Tandis que Norah accouche, Johnny va être éliminé. Eddie se décide finalement à trahir la mafia. D’abord il échappe à la surveillance des hommes de Kubik pour mettre sa femme à l’abri. Puis, il revient vers le frère de Norah, il décide de prendre rendez vous avec le procureur. Mais Kubik et Phil le retrouve chez sa mère à New York. Eddie va se défendre et les tuer tous les deux. Après avoir aidé à démanteler le gang, il va enfin pouvoir revenir vers Norah pour adopter un enfant à l’orphelinat. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957

    Eddie doit engager dans son entreprise un homme de la mafia 

    C’est une histoire très confuse qui manque de cohérence. Simenon est trahi plus encore que dans la forme, sur le fond. En effet, le roman raconte l’errance désenchanté d’un homme qui s’épuise à essayer de comprendre ce qu’il doit faire et qui s’interroge sur son parcours mais aussi sur ses relations avec ses frères. Il subit, n’arrivant pas à se rebeller, et surtout il ne se vengera pas de Kubik. Egalement le héros de Simenon n’a pas l’intention d’adopter un enfant, il a déjà trois filles et cela lui suffit. Mais le pire est sans doute que dans le film Eddie devient un héros qui trahit pour le bien de tous. Cette fin stupide vide le propos de son sens. Si le roman nous présente Eddie comme un ponte de la mafia, un de ses rouages aussi tranquille qu’essentiel, dans le film, il est rangé des voitures et se tient à l’écart des gangs et de leurs hsitoires sordides. Le film part donc du portrait d’un gangster embourgeoisé qui vit dans le luxe et qui n’aime pas être dérangé, et puis il vire à l’apologie de la délation. Dans le roman, les gangsters étaient peut-être des assassins, mais en tous les cas ils n’étaient pas fourbes et vicieux, ils agissaient juste par nécessité de protéger l’organisation. Dès lors, alors que le frère Malaks est présenté dans le livre comme un opportuniste qui vend sa propre famille au procureur pour se faire une carrière, on passe ici sur ses déterminations personnelles. Le parralèle entre le roman et le film est intéressant parce que le premier s’arrête lorsque Johnny – qui dans le livre porte le prénom de Tony – est tué, tandis que le film invente une forme de rédemption pour Eddie. C’est donc, dans le roman, le portrait d’un homme vaincu et non pas comme dans le film un homme qui prend conscience de la nocivité du gang. Mais l’époque voulait sans doute que le délateur soit un héros d’un genre nouveau. C’était indispensable pour consolider le modèle américain. C’est pour cela que certains y ont vu un film anti-communiste.

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957

    Eddie tente de parlementer avec le frère de Norah 

    De là vont découler toute une série de niaiseries. Alors que dans le roman la mère n’a aucune illusion et qu’Eddie sait très bien que dans l’univers où ils ont grandi, le crime est leur seul avenir, ici elle est geignarde et prie la madonne. Et d’ailleurs c’est elle qui dans sa bétise va donner l’adresse de Johnny alors que dans le roman Eddie doit se donner du mal pour retrouver la piste de son jeune frère en allant au fin fond de la campagne pour interroger le père de Norah qui s’en fout de tout, y compris de sa fille et de ce qui peut bien lui arriver. Cette approche déséquilibre complètement le récit qui verse vers le film d’action. Il reste tout de même cette forme de haine particulière entre frères. On sait que Simenon avait un frère particulièrement détesté parce qu’il était le préféré de sa mère, et que ce frère nazi finit très mal en se faisant tuer en Indochine après s’être engagé dans la Légion étrangère pour échapper à des poursuites qui auraient pu le mener devant un peloton d’exécution. Comme quoi même un roman des plus ordinaires et apparence des plus éloigné de la vie de l’auteur est aussi pour partie une biographie[1]. Là ça devient beaucoup plus intéressant, mais le film suggère trop peu cette haine entre frères. Le scénario fait porter le chapeau de cette opposition entre Johnny et Eddie à la jeune Norah qui a déci dé d’amender Johnny et de le faire rentrer dans le droit chemin. Les femmes sont ici un peu des enquiquineuses qui ne comprennent pas bien ce qui se passe et qui continuent à faire des caprices malgré le dramatique de la situation. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    Eddie essaie d’apprendre par sa mère où se trouve Johnny 

    Sur le plan cinématographique, c’est déjà du néo-noir, l’écran est plus large et les espaces moins étriqués. Il est beaucoup fait appel aux décors naturels. Phil Karlson filme la chaleur de Miami ou les lumières de New York. Cette modification dans la manière de filmer le noir est sans doute liée au fait que le temps ayant passé l’Amérique s’est beaucoup enrichie et donc qu’elle a bien moins besoin de dissimuler ses misères. La manière de filmer, vive et dynamique avec de beaux mouvements d’appareil, interroge sur la signification même de cet étalage de richesse matérielle, et donc en creux sur le vide de l’existence. Les éléments de la vie moderne, le téléphone ou l’avion, mettent en scène un homme perdu sans ses objets familiers, coupé des réalités de lui-même. En identifiant les individus par leurs accoutrements vulgaires, c’est bien d’une critique inattendue de la marchandise dont il s’agit. S’oppose ainsi la lumière éclatante de la richesse matérielle de la Floride et le côté sombre de la richesse de cœur de la mère d’Eddie qui vit petitement à New York. Comme quoi il y a parfois plus de fonction critique dans une image que dans un dialogue. Il y a de très belles scènes, notamment quand Eddie se débarrasse de Gomez dans les toilettes de l’aéroport de Phoenix, ou l’affrontement avec Norah. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    Gomez et Lamotta gardent Eddie 

    C’est Richard Conte qui est la vedette de ce film. Il a tourné un nombre incalculable de films noirs, on peut dire que c’est le film noir qui l’a fait. Jusqu’à la fin de sa carrière il incarnera des mafieux, que ce soit dans The godfather ou dans un certain nombre de poliziotteschi. Ici il est très bien dans le rôle de cet homme qui évolue vers la compréhension de son destin, et qui au fil du temps se transforme. Les femmes sont la mauvaise part de la distribution, Dianne Foster est peu crédible dans le rôle d’Alice la femme d’Eddie. Il faut dire que le scénario hésite dans l’écriture de son rôle entre femmes capricieuse et trop gâtée par son mari, et l’épouse s’incèrement inquiète pour lui. Kathryn Grant n’est pas mieux lotie, elle incarne l’épouse de Johnny qui passe son temps à geindre, à s’évanouir et à emmerder le monde. Parmi les gangsters, Larry Gates dans le rôle de Sid Kubik est bon bien qu’il soit plus sou vent employé comme un « bob américain », mais surtout c’est Harry Bellaver dans le rôle de Lamotta qui est le plus intéressant. La mère d’Eddie est jouée par Argentina Brunetti. C’est une des rares interprêtes avec Richard Conte à être d’origine italienne. D’ailleurs Simenon mélange les noms pour laisser croire que la mafia – ou le syndicat – est un mélange d’origines ethniques différentes. Sans doute cela provient-il du lobby américano-italien qui montait au créneau chaque fois qu’on mettait en cause des Siciliens ou des Italiens. Dans le rôle du jeune frère promis à la mort certaine, il y a James Darren, un chnateur qu’on essayait de promouvoir star de cinéma à la manière de Bobby Darrin ou de Ricky Nelson, mais ça n’a pas fonctionné très bien. Il retrouvera Kathryn Grant et Phil Karlson dans Gunman’s walk, un très bon western avec l’immense Van Heflin[2]. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    A Phoenix, Eddie tente de se débarrasser de Gomez 

    Comme on le comprend, ma critique est mitigée. A sa sortie, ni le public, ni la critique, n’ont été convaincus. Mais le film est intéressant pour l’évolution du film noir en général et aussi pour cette tentative un peu ratée d’adaptation d’une œuvre de Simenon au cinéma. L’ensemble est très bien soutenu par la photographie Burnett Guffey. On le trouve facilement sur le marché en DVD dans une bonne copie. 

    Les frères Rico, The brothers Rico, Phil Karlson, 1957 

    Phil et Kubik veulent en finir avec Eddie 

     



    [1] Patrick Rogiers, L’autre Simenon, Grasset, 2015. Georges Simenon avait aussi tenu avant guerre une rubrique intitulée Le péril juif.

    [2] Ce film est aussi une réflexion sur la famille comme l’était Broken lance d’Edward Dmytryk ou Backlash de John Sturges.

     

     

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  •  Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars !

    La crise du COVID-19 et le développement de Netflix ont déjà a moitié tué le cinéma. Il n’y a plus personne dans les salles, et les seuls films qui marchent un peu sont les daubes du type Tenet. J’ai dénoncé ici et plusieurs fois l’assèchement de le création cinématographique, en France, comme aux Etats-Unis. Parmi les raisons de cet assèchement, il y a les nouvelles normes que l’on cherche à imposer en matière de politiquement correct. Evidemment quand on commence à en être à dire en amont de la production comment un film doit être produit, on est mûr pour le fascisme, le vrai. Chaque fois qu’on s’est préoccupé de définir des normes pour ce qui devait être un film, la création cinématographique l’a payé très cher. En 1934 cela a été le Code Hays qui fait qu’aujourd’hui encore on distingue les films pré-code de ce qui s’est fait ensuite. En 1934 il s’agit de protéger la morale des spectateurs en ne leur montrant pas des scènes de nudité, des baisers osés, des criminels récompensés ou des blasphèmes envers Jésus ! On appelle ça le code Hays du nom d’un politicien corrompu jusqu’à l’os William Hays qui présida la MPPDA, il suffisait en effet de lui graisser un peu la patte pour que ses oukases soient assouplis. Ensuite il y eut comme forme de censure indirecte la chasse aux sorcières menée par l’HUAC. Là encore il s’agissait de protéger le spectateur de l’influence des idées communistes qui allaient le détruire et détruire l’Amérique et son mode de vie si spécial. Ayn Rand, celle qui fut le gourou de ce crétin de Ronal Reagan demandait à ce qu’on aille encore plus loin et qu’on dise clairement ce qui était défendu. Voilà son code à elle, alors que par ailleurs elle se déclarait libérale, mais en réalité elle était une délatrice invétérée[1]. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars ! 

    Comme on le voit il s’agit encore de contrôler en amont les représentations collectives que met en avant le cinéma. On doit produire des films qui ne parlent pas explicitement de sexe, qui ne remettent pas en question les religions, qui ne dénigrent pas la richesse et son accumulation. Quel que soit l’angle d’attaque, le but est d’imposer ses idées aux autres. Ça va au-delà de l’idée de défendre sa propre vision du monde : c’est interdire de produire une critique sur le monde dans lequel nous vivons. Il y a deux aspects dans ce débat récurrent sur la censure et sur l’autocensure réclamée. Le premier est philosophique, il s’agit d’imposer l’idée que le monde tel qu’il est ne saurait être meilleur ou amélioré. Il n’est peut-être pas parfait, mais il progresse. Il progresse en accumulant de la richesse pour le bien de tous ou en travaillant pour inclure des minorités dans son système de représentation. En général cette manière de dire que le monde ne peut pas s’améliorer est le signe d’une crise profonde. Aux débuts des années trente, le monde se défaisait sous la pression d’une crise économique sans précédent. Après la mort de Franklin D. Roosevelt et sous le prétexte de contenir l’avancée des communistes dans le monde – prétexte abstrait s’il en est – il s’agissait de défendre la contre-révolution qui visait à détruire les avancées sociales du New Deal. Ce fut le triomphe de John Wayne et de Walt Disney, de l’extrême droite si on veut. Mais cette période était poreuse, la critique de l’American Way of Life revenait par la bande, la production des films noirs de série B, et les réalisateurs qui étouffaient dans ce système de production d’une niaiserie industrialisée, minaient peu à peu les règles. A partir de 1960 et de la réhabilitation de Dalton Trumbo grâce à Kirk Douglas et Otto Preminger[2], le système s’est assoupli et à la fin des années soixante et dans les années soixante-dix, le cinéma a recommencé à avoir de l’allure et de l’intérêt. C’est avec les années quatre-vingts qu’on a recommencé à voir une réaction à cette négativité. Cette réaction s’est d’abord manifestée avec le développement de films ouvertement réactionnaires qui mettaient en scène des « gars » musclés, comme Sylvester Stallone ou Arnold Scharzenegger qui rétablissaient l’ordre politiquement, mais aussi dans les cerveaux des spectateurs. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars ! 

    Le deuxième aspect de ce combat est qu’il existe toujours un groupe de personnes, des bureaucrates, des critiques, des journalistes ou des politiciens, pour prendre les spectateurs pour des imbéciles ou des enfants – pour eux c’est la même chose. Et donc qu’il faut les guider pour ne pas qu’ils soient pollués et qu’ils gardent leur fraîcheur de jeune fille ! C’est la théorie de l’avant-garde en quelque sorte : il y a ceux qui savent ce qui est bon pour eux, pour la société et pour les autres, et ceux qui ne savent pas et qu’il faut prendre par la main et guider afin qu’ils ne s’égarent pas. Ils se posent en éducateurs de la masse, donc ils se présentent comme ceux qui savent par rapport à la masse inerte des consommateurs. Éducateurs donc, mais à l’ancienne manière, à la manière de ces enseignants guère bienveillants des écoles coraniques : si les leçons sont mal apprises, il y aura des sanctions, ils se transforment ainsi en policiers et menacent ceux qui transgresseraient leurs oukases. Mais comme nous sommes dans une soi-disant démocratie, on ne menace pas de prison, le scandale Me Too a déjà eu son lot de victimes exemplaires  propres à satisfaire cet appétit de bien-pensance de cette caste sans imagination ni talent mais qui veut consolider son pouvoir de castration sur celle-ci. Dans le temps les films qui ne plaisaient pas à l’Eglise catholique étaient boycottés, c’est-à-dire qu’on envoyait la National Legion of Decency manifester devant les cinémas où on projetait les films des contrevenants. C’était parfois même violent, et ce fut longtemps dissuasif. On a commencé à s’affranchir de cette ignoble pression quand Otto Preminger, encore lui, ignora les demandes de la censure catholique et sortit The Moon is Blue en 1953 comme il l’entendait. L’Eglise catholique voulait jouer un rôle majeur dans cette croisade contre l’industrie du film, comme si elle jugeait que les studios pratiquaient une autocensure très insuffisante pour être efficace pour des raisons mercantiles[3]. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars ! 

    La censure c’est un éternel recommencement, elle a toujours une bonne raison pour s’exercer et c’est une manière d’exister pour des groupes de pression minoritaires, mais aussi une façon de se rassurer sur la solidité de son pouvoir de nuisance. La censure cinématographique cependant change de forme et s’adapte. Il n’est plus question d’interdire formellement tel ou tel sujet, mais d’imposer la forme même du cinéma. L’Académie des Oscars vient donc d’édicter de nouvelles règles[4]. Ne seront éligibles à l’Oscar du meilleur film que les œuvres qui respectent cette nouvelle loi. Gare aux contrevenants qui seront exclus de cette compétition ! Voilà la règle édictée par ce nouveau fascisme qui ne dit pas son nom :

    « For the 94th and 95th Oscars ceremonies, scheduled for 2022 and 2023, a film will submit a confidential Academy Inclusion Standards form to be considered for best picture. Beginning in 2024, for the 96th Oscars, a film submitting for best picture will need to meet the inclusion thresholds by meeting two of the four standards. » D’obscurs bureaucrates sont à la manoeuvre : Le président actuel de l’Académie, David Rubin, et la directrice générale Dawn Hudson, ont déclaré dans une déclaration commune : « L’ouverture doit s’élargir pour refléter la diversité de notre population mondiale, tant dans la création de films que dans le public qui les regarde. L’Académie s’est engagée à jouer un rôle essentiel pour aider à faire de cet objectif une réalité »[5]. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars ! 

    C’est d’une censure hypocrite et à rebours dont il s’agit. Les critères mis en avant par l’Académie des Oscars reposent sur des quotas, il faut que les acteurs soient représentatifs des minorités ethniques, sexuelles ou qu’ils soient handicapés ! On demande qu’ils soient 30% de la distribution ! Même en Russie soviétique on n’aurait pas imaginé une telle débilité ! Bien évidemment dans les équipes de réalisation et de conception du film ces règles doivent être respectées. Donc si tu veux mettre toutes les chances de ton côté pour l’Oscar il faut que tu trouves un acteur nain, un peu bossu, un peu noir aussi, et que tu fasses tourner l’ensemble par une lesbienne aveugle. Là tu remplis toutes les cases. Les crétins qui ont édictés ces règles ont invoqué clairement la mondialisation pour justifier leur ignominie. Pour l’instant très peu de personnes à Hollywood ont réagi négativement à cette imbécillité américaine.

    Plusieurs remarques doivent être faites :

    - d’abord l’Académie des Oscars dans sa grande tolérance nous dit que ces critères ne fonctionneront pleinement au’en 2024. A cette date les films devront remplir au moins deux des quatres critères retenus, mais il est évident qu’on sera d’abord attentif à l’histoire et aux acteurs. Je ne vais pas faire la liste des films qui seraient exclus par ces critères, après tout dans Citizen Kane je crois me souvenir qu’il n’y a pas de minorité visible ni à l’écran, ni dans l’équipe de réalisation ;

    - ensuite cette nouvelle définition des règles du jeu favorisera d’abord les blockbusters qui ont déjà devancé ce mouvement, le film Tenet de Christopher Nolan en est la démonstration, mais on peut citer aussi les films de Tarantino comme Django unchained et The Hateful eight deux films qui concentrent sur eux-mêmes la médiocrité du respect des nouvelles normes. On pourra donc aussi faire un film de superhéros qui coopèrent pour restaurer l’ordre mondial contre des extra-terrestres avec un chinois, un noir, une lesbienne par exemple. Il suffira de les doter de super-pouvoirs ;

    - il est évident que ce qui va préoccuper de plus en plus les producteurs c’est le marché mondial et non l’idée de faire une œuvre d’art. Tout glamour au cinéma sera exclu bien entendu. Vous me direz que sur ce dernier point le but est déjà atteint, mais là ce sera officiel. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars !

    Parasite de Bong-Joon Ho

    Cette année c’est le film Parasite de Bong-Joon Ho qui a ramassé l’Oscar du meilleur film, un film coréen donc, avec des acteurs coréens. Les producteurs de ce film ne se sont pas préoccupé d’intégrer de la diversité dans cette histoire. Il n’y a pas de lesbienne, pas de noir, pas d’handicapé. Mais les Coréens ont le droit de tourner des films qui reflètent leur culture nationale, pas les Occidentaux. En outre, ce film démontre qu’on n’avait pas besoin d’introduire des normes et des quotas pour couronner un film produit, réalisé et joué par des « Asiatiques » considérés par l’ignoble Académie des Oscars comme représentants de la diversité et des minorités visibles et non pas comme des Coréens. J’ai souvent dit que le cinéma occidental, particulièrement l’américain et le français, était en train de crever sur pied à cause de sa niaiserie. Cette niaiserie est déjà renforcée par les modes de distribution comme Netflix qui vont être attentives à ce que leurs produits soient conformes à ces règles de diffusion mondiale. On a vu ce que cela a donné avec le médiocre film de Martin Scorsese The irishman[6]. Cette campagne idiote de l’Académie des Oscars est tout à fait dans l’air du temps, c’est le complément du déboulonnage des statues, de BLM et des nouveaux titres pour les ouvrages d’Agatha Christie. Mais il y a pire parce que l’Académie des Oscars avait courronné en 1940 Gone with the wind, film aujourd’hui mis à l’index par les nouvelles ligues de vertu qui réclame qu’on ne projette ce film qu’en prévenant le spectateur sur ce qu’il doit en penser. En introduisant des normes pour les firmes à venir, l’Académie des Oscars procède à ce que dans le temps on appelait « son autocritique ». Ce négationnisme sournois montre que nous sommes à un tournant de l’histoire, ce moment où Big Brother nous dit non seulement ce qu’on doit penser, mais aussi comment et avec qui le produire. C’est le résultat d’un mouvement de fond, d’une révolution culturelle qu’on appelle Cancel Culture, et qui est certainement aussi importante que la Révolution culturelle façon Mao Zedong. On sait que cette révolution s’est achevée dans le sang et que ceux qui l’avaient initiée pour des raisons stratégiques et tactiques ont très mal fini. 

    Qui veut la peau du cinéma ? L’Académie des Oscars ! 

    Hollywood et le cinéma en général ont subi plusieurs chocs, le mouvement #Metoo, le COVID-19, et maintenant le souffle de la Cancel Culture qui passe par les oukases imbéciles de l’Académie des Oscars. Et encore je ne parle pas de l’émergence des plateformes de vidéo. Déjà que les salles allaient mal, beaucoup vont sûrement fermer, mais surtout la créativité des cinéastes – il en reste tout de même d’intéressants – risque d’en prendre un vieux coup ! Bien sûr il restera des salles, mais seulement deux catégories : celles qui accueillent les mangeurs de pop corn, à qui on montrera des blockbusters insipides et niais, et puis les salles subventionnées, les médiathèques où on pourra voir dans des bonnes conditions les classiques de cet art en voie d’effacement. Mais il semble que le lien entre un art cinématographique et un public populaire soit définitivement rompu. C’est pourtant cette relation étroite qui avait fait l’originalité de ce seul art qu’aura créé la civilisation industrielle. Mais surtout n’oubliez pas que cette destruction du cinéma a des visées d’abord politiques, obtenir le pouvoir tout en restant minoritaire. La question est que probablement le peuple restera comme d’habitude sur son quant à soi, désapprouvant en silence ce genre de pantomime ridicule.

     

    Annexe les nouvelles normes :

     

    STANDARD A:  ON-SCREEN REPRESENTATION, THEMES AND NARRATIVES
    To achieve Standard A, the film must meet ONE of the following criteria:

    A1. Lead or significant supporting actors 

    At least one of the lead actors or significant supporting actors is from an underrepresented racial or ethnic group.

    Asian
    • Hispanic/Latinx

    • Black/African American

    • Indigenous/Native American/Alaskan Native

    • Middle Eastern/North African

    • Native Hawaiian or other Pacific Islander

    • Other underrepresented race or ethnicity

    A2. General ensemble cast 

    At least 30% of all actors in secondary and more minor roles are from at least two of the following underrepresented groups:

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    A3. Main storyline/subject matter 

    The main storyline(s), theme or narrative of the film is centered on an underrepresented group(s).

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    STANDARD B: CREATIVE LEADERSHIP AND PROJECT TEAM

    To achieve Standard B, the film must meet ONE of the criteria below:

    B1. Creative leadership and department heads  

    At least two of the following creative leadership positions and department heads—Casting Director, Cinematographer, Composer, Costume Designer, Director, Editor, Hairstylist, Makeup Artist, Producer, Production Designer, Set Decorator, Sound, VFX Supervisor, Writer—are from the following underrepresented groups:

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    At least one of those positions must belong to the following underrepresented racial or ethnic group:

    Asian
    • Hispanic/Latinx

    • Black/African American

    • Indigenous/Native American/Alaskan Native

    • Middle Eastern/North African

    • Native Hawaiian or other Pacific Islander

    • Other underrepresented race or ethnicity

    B2. Other key roles 

    At least six other crew/team and technical positions (excluding Production Assistants) are from an underrepresented racial or ethnic group. These positions include but are not limited to First AD, Gaffer, Script Supervisor, etc.

    B3. Overall crew composition 

    At least 30% of the film’s crew is from the following underrepresented groups:

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    STANDARD C:  INDUSTRY ACCESS AND OPPORTUNITIES

    To achieve Standard C, the film must meet BOTH criteria below:

    C1. Paid apprenticeship and internship opportunities 

    The film’s distribution or financing company has paid apprenticeships or internships that are from the following underrepresented groups and satisfy the criteria below:

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    The major studios/distributors are required to have substantive, ongoing paid apprenticeships/internships inclusive of underrepresented groups (must also include racial or ethnic groups) in most of the following departments: production/development, physical production, post-production, music, VFX, acquisitions, business affairs, distribution, marketing and publicity.

    The mini-major or independent studios/distributors must have a minimum of two apprentices/interns from the above underrepresented groups (at least one from an underrepresented racial or ethnic group) in at least one of the following departments: production/development, physical production, post-production, music, VFX, acquisitions, business affairs, distribution, marketing and publicity.

    C2. Training opportunities and skills development (crew)  

    The film’s production, distribution and/or financing company offers training and/or work opportunities for below-the-line skill development to people from the following underrepresented groups:

    Women
    • Racial or ethnic group

    • LGBTQ+

    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing

    STANDARD D: AUDIENCE DEVELOPMENT

    To achieve Standard D, the film must meet the criterion below:

    D1. Representation in marketing, publicity, and distribution 

    The studio and/or film company has multiple in-house senior executives from among the following underrepresented groups (must include individuals from underrepresented racial or ethnic groups) on their marketing, publicity, and/or distribution teams.

    Women
    • Racial or ethnic group:

    Asian

    Hispanic/Latinx

    Black/African American

    Indigenous/Native American/Alaskan Native

    Middle Eastern/North African

    Native Hawaiian or other Pacific Islander

    Other underrepresented race or ethnicity

    LGBTQ+
    • People with cognitive or physical disabilities, or who are deaf or hard of hearing



    [1] On peut se procurer le texte complet de cette débilité à l’adresse suivante : https://archive.lib.msu.edu/DMC/AmRad/screenguideamericans.pdf

    [2] Kirk Douglas, I am Spartacus, Capricci, 2013.

    [3] Gregory D. Black, The catholic crusade against the movies, 1945-1975, Cambridge University Press, 2008.

    [4] https://variety.com/2020/film/news/oscars-inclusion-standards-best-picture-diversity-1234762727/

    [5] https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-oscars-changent-leurs-criteres-de-selection-pour-etre-plus-inclusifs_fr_5f589104c5b67602f5fe475b?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001&fbclid=IwAR3vFqAyugadLdbfibM9iWOfgm7b_9ZUcH-uekpvc7hNBQ0GL4npbOUCVm0

    [6] http://alexandreclement.eklablog.com/the-irishman-martin-scorsese-2019-a177715326

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  •  Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    C’est un film de gangsters et de hold-up, une caper story. Ce qui veut dire qu’on va avoir une préparation minutieuse du coup qui doit être parfait, mais aussi qu’il va y avoir une bande qui se désagrège et qui s’autodétruit. C’est la règle du genre. Mais il va y avoir des aspects très originaux dans cette histoire et les rebondissements sont nombreux. Ce film passe pour un des meilleurs de Phil Karlson, et il est vrai que sur le plan cinématographique, c’est parfaitement maîtrisé du début jusqu’à la fin. Mais le scénario parait un peu insuffisant dans sa seconde partie, et surtout les caractères manquent de profondeur pour certains des protagonistes. Néanmoins il a une importance historique décisive. Quentin Tarantino dit qu’il s’est inspiré de film pour Reservoir dogs – c’est ce qu’il dit mais on n’est pas obligé de le croire parce qu’il est bien moins doué que Phil Karlson. Celui-ci reprend l’idée des masques qui va devenir la norme pour les attaques de fourgons blindés, et qui est dérivée de Criss Cross de Robert Siodmak. Mais il les utilise dans un double sens comme on va le voir. Ces masques seront utilisés aussi dans le film de Sidney Lumet, Anderson tapes[1]. C’est un film assez violent qui n’est pas vraiment tendre avec les méthodes de la police. Et justement un des aspects les plus inattendus de ce film est de montrer que la distance est plus que mince entre les policiers et les gangsters. 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952 

    Le hold-up est parfaitement minuté

    Tim Foster organise un hold-up. Il prévoit d’attaquer un fourgon blindé à la sortie de la banque, au moment où les transporteurs de fonds reviennent vers le fourgon. Pour cela il va réunir un trio de crapules qui sont toutes recherchées par la police pour des affaires plus ou moins graves. Il les rencontre un par un, masqué, de façon à ce que personne ne puisse vendre personne. La seconde idée de Foster est d’arriver avec une fausse voiture de livraison de fleurs quand la première est partie. Tout se passe très bien. Les gangsters agissent vite et vont cacher leur fausse voiture de livraison dans un grand camion pour échapper aux poursuites. C’est le vrai livreur de fleurs, Joe Rolfe, qui va être arrêté et soupçonné de complicité. La police le moleste pour le faire avouer car c’est un ancien taulard. Pendant ce temps les truands se séparent et le chef leur donne un morceau de carte à jouer à chacun, leur disant que le partage se fera plus tard. Finalement Rolfe va être innocenté parce que la police a retrouvé la voiture de livraison qui a servi au hold-up. Mais il a perdu son travail et enrage de ce qui lui est arrivé. Il va donc se mettre en chasse pour retrouver les vrais truands. Pour cela un bistrotier à qui il a sauvé la vie durant la guerre va l’aider en lui donnant de l’argent, et le frère de celui-ci va le mettre sur la piste de Pete Harris, un des membres de l’équipe. Rolfe va se rendre à Tijuana et va finir par repérer Harris à cause de sa passion du jeu. Il le coince, le fait avouer. Ils doivent se rendre ensemble dans une petite localité mexicaine touristique où les Américains pratiquent volontiers la pêche. Mais au moment d’embarquer, Pete Harris se fait repérer par la police et se fait descendre. Rolfe va prendre sa place. Tony Romano et Boyd Kane sont déjà arrivés. Mais ils ne se connaissent pas. Il y a également Tim Foster qui vient ici tous les ans. Et bien sûr lui les connait tous, sauf Rolfe. Le soir on joue au poker, et chacun essaie de deviner qui est qui. Les choses vont se troubler rapidement avec l’arrivée intempestive de la fille de Foster, Helen, qui étudie le droit et qui est venue voir son père qui, on l’apprend alors, est un ancien policier qu’on a mis à la porte comme étant dépassé. Rolfe, Tony et Boyd font connaissance d’une manière plutôt violente. Ils vont finalement avoir tous rendez-vous sur le bateau le Manana. Tim Foster a en fait conçu un plan diabolique : les billets ayant été marqués, il veut faire arrêter les truands et toucher ainsi la prime de la compagnie d’assurance. Pour cela il prévient Andrews qui se chargera d’amener la police. Mais les choses ne se déroulent pas très bien : d’abord parce qu’Helen tombe amoureuse de Joe Rolfe. Ensuite sur le bateau les armes vont parler, Tony Romano et Kane vont mourir, mais aussi Tim Foster qui fera en sorte que Joe touche l’argent de l’assurance. 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    Le chef impose que le partage se fasse plus tard 

    Evidemment à y regarder de près cette histoire est invraisemblable sur tous les plans. On ne comprend pas pourquoi Foster se donnerait tout ce mal avec ses anciens acolytes qu’il pourrait tout à fait laisser tomber une fois le hold-up commis. Certes, il veut prouver qu’il est le plus fort, mais c’est un peu exagéré. Passons, l’invraisemblance est souvent une suite de raccourcis pour mener à terme l’intrigue. C’est plutôt le traitement qui va être intéressant. D’abord dans la vigueur avec laquelle le hold-up est mené. C’est minutieux et ça ne traîne pas, avec un joli ballet de véhicules en tous genres. C’est un très bon hold-up cinématographique qui ressemble par son rythme et son minutage à celui d’Armored car robbery[2] qui a été tourné deux années plus tôt. Ensuite il y a la confrontation de Joe Rolfe avec la police. C’est assez iconoclaste car la police apparaît non seulement comme violente et injuste, mais aussi comme incompétente quand elle torture Joe pour lui faire avouer ce qu’il ne sait pas. Peu lui importe la vérité pourvu qu’elle obtienne des aveux. Joe est un ancien taulard qui en fait a purgé une courte peine pour une peccadille. Mais c’est aussi un ancien héros de la Seconde Guerre mondiale, donc un homme déterminé qui veut prendre sa revanche. Il possède peut-être une morale, mais celle-ci n’est pas conventionnelle. Au fond c’est le même problème que Tim Foster a avec la loi et les institutions qui sont bien trop rigides pour que des caractères forts les adoubent. 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    Joe Rolfe est soupçonné 

    Le scénario a des faiblesses comme on l’a dit dans la détermination de Tim Foster, et cela va induire une cassure dans le film. La seconde partie tourne un peu en rond, les protagonistes du hold-up se cherchent, et on cherche une issue pour clôturer l’histoire. L’histoire d’amour qui se greffe là-dessus tombe comme un cheveu sur la soupe. Et on se demande pourquoi cette fille qui prétend aimer son père, non seulement s’acharne à le perdre, mais en plus ne semblera guère affectée par sa mort brutale. Une fois Tim Foster mort et enterré, elle apparaîtra très souriante et gaie pour se jeter dans les bras de Joe. A croire qu’elle a provoqué la mort de son père pour pouvoir enfin s’envoyer en l’air avec le premier venu. Un homme dont elle ne sait rien, mais dont le côté un peu louche l’attire fortement. Lorsque Joe fera tomber son revolver au bord de la piscine, elle s’en emparera et le caressera comme un objet précieux ! Le symbole est un peu grossier. Certes le père est jaloux de voir sa fille lui échapper, mais il est dans l’obligation de faire contre mauvaise fortune bon cœur. 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952 

    A Tijuana, Joe va retrouver Pete Harris 

    L’ensemble est très violent et très rythmé. Et c’est cette violence qui va démontrer tout le savoir-faire de Phil Karlson. Comme on le sait celui-ci a une grande capacité à filmer dans des espaces réduits, et là encore il arrive grâce à un montage très astucieux à faire sentir le poids de la gifle ou celui des coups de poing que nous voyons arriver en pleine face. La photo de George Diskant est excellente, et contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là, elle manipule correctement la grammaire visuelle du film noir. Par exemple dans ce plan en profondeur de la salle de jeu clandestine où Joe va retrouver Pete Harris. Ou encore dans les interrogatoires policiers que subit Joe. Certes les noirs et blancs sont peut-être moins tranchés, mais il y aune manière de placer les sources lumineuses qui est tout à fait dans la logique du film noir classique. On peut voir et revoir ce film, on en apprendra beaucoup sur l’art du montage ! 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    La partie de poker est tendue 

    L’interprétation est très bonne. D’abord l’excellent Preston Foster dans le rôle de Tim Foster, le policier déchu et inquiet de l’image que retiendra de lui sa fille après sa mort. Il a rarement eu un premier rôle, sauf dans Hunted de Jack Bernhard, un vrai petit film de série B celui-là. Ensuite il y a le monolithique John Payne dans le rôle de Joe Rolfe. Dans le fond il n’a pas besoin de subtilité étant donné sa position dans l’action, et surtout dans le fait qu’il doit dissimuler en permanence ce qu’il ressent, y compris pour Helen pour arriver à ses fins. Les trois gangsters qui accompagnent Foster dans son aventure sont Lee Van Cleef, Jack Elam et ses drôle d’yeux et Neville Brand. Quel trio ! Ce sont des gueules comme on dit, ils n’ont pas besoin d’en faire beaucoup pour exprimer toute leur canaillerie. Ils sont excellents, et Lee Van Cleef n’arrête pas de prendre des baffes avec un sourire carnassier rentré. Il attendra cependant Sergio Leone et Per qualche dollaro in più en 1965, pour devenir, en vieillissant, un héros sympathique. Neville Brand n’est pas seulement une gueule, c’est un excellent acteur, et si ici cela ne se voit pas trop, c’est évident dans The Scarface Mob de Phil Karlson qui sera sans doute son seul grand rôle[3]. Il a beaucoup tourné avec ce réalisateur. Ici il mâche du chewing-gum ! Coleen Gray joue le rôle d’Helen, et franchement ce n’est pas terrible. Elle sourit bêtement en permanence, comme si elle voulait nous démontrer qu’elle a toutes ses dents. Son jeu est minimal et sans relief. Mais enfin comme elle n’est qu’un faire-valoir, on s’en accommode. Il y a par contre des scènes très sensuelles et enthousiasmantes qui tiennent à la serveuse mexicaine jouée par Dona Drake. Celle-ci était une actrice d’origine afro-américaine, mais qui se prétendait d’origine mexicaine. Elle ira même jusqu’à apprendre l’espagnol pour rendre cette légende crédible. C’est une histoire un peu semblable à Imitation of life ! Mais les acteurs sensés ici incarner des Mexicains sont bons, que ce soit elle ou Mario Siletti qui joue Tomaso le propriétaire de l’auberge où le drame se noue. Don Orlando qui était lui aussi d’origine italienne sera le chauffeur de taxi mexicain avec un accent hispanique très prononcé ! 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952 

    Foster voit d’un très mauvais œil que sa fille s’intéresse à Rolfe 

    Si ce n’est pas le chef d’œuvre que certains veulent y voir, Kansas City Confidential est très bon et passe très bien le cap des années. C’est dû essentiellement à la rigueur de la mise en scène. Ce n’est pas un film de série B, et si le buidget n’est pas très important, il n’est pas maigre non plus. Le film a très bien marché, mais à cause d’un imbroglio judiciaire, il est tombé dans le domaine public. C’est pour cette raison qu’on en trouve toute une série de copies de très mauvaise qualité. Celle que publie Sidonis qui se spécialise dans le film noir de ces années-là, est excellente.  

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    Helen arrive juste à temps 

    Le quatrième homme, Kansas city confidential, 1952

    Les gangsters vont sur le bateau pour le partage

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  •  Dominique Maisons, Avant les diamants, La Martinière, 2020

    Evidemment, le sujet ne pouvait que m’intéresser. En effet, on y parle du roman noir d’Hollywood. Ça se passe en 1953, les essais nucléaires ont commencé dans le Nevada, et le gouvernement tente de prolonger la Chasse aux sorcières en renforçant indirectement son contrôle sur le système de production hollywoodien pour mieux en contrôler la formation des rêves et donc contrebalancer le poids des Majors dans le système. Un couple est chargé de cette mission, Annie Morrison et Chance Buckman. Ils vont pratiquer un billard à trois bandes. D’abord mettre la pression sur un prêtre homosexuel, celui ayant le devoir de négocier avec Jack Dragna, un mafieux très violent qui prospère dans le jeu et la prostitution et qui voudrait s’installer dans le cinéma. Le prêtre doit alors le pousser à investir dans les affaires d’un producteur raté spécialisé dans les films à budgets minuscules, Larkin Moffat. Tout cela pourrait fonctionner plus ou moins bien, mais chacun de ces protagonistes possède des défauts rédhibitoires. Chance lui est accroché au jeu comme à une drogue. Le père Starace, un prêtre catholique qui doute, est mené par le bout du nez par son jeune amant latino. Et Moffat a aussi une jeune maitresse, Didi, qui le trompe avec une femme, l’actrice en devenir Liz Montgomerry, et à qui de temps à autre il file une raclée pour lui apprendre la vie. En outre il est coincé entre Dragna qui exige que Moffat cesse toute relation avec Johnny Stompanato, celui-ci qui est proche de Mickey Cohen et qui tourne des films pornos minables dans les minables studios de Moffat. Dragna veut également que ses deux millions de dollars lui rapportent gros. On voit que les conditions d’un drame sanglant sont réunies, parce que deux millions de $ qui se promènent dans la nature ça attire forcément les convoitises ! Et les prétendants sont très nombreux. Ce qui va faire se télescoper toutes ces ambitions, jusqu’à un dénouement des plus sanglants. 

    Dominique Maisons, Avant les diamants, La Martinière, 2020

    Johnny Stopanato et Mickey Cohen 

    Dans ce roman foisonnant, l’ambiance est celle du Grand nulle part d’Ellroy, auteur vers lequel Maisons lorgne ouvertement. Mais on pourrait dire en mieux, en bien mieux. En effet Ellroy défend un point de vue d’extrême droite dans lequel les personnages d’Hollywood qui sont poursuivis par l’HUAC sont des vendus à Moscou ou des homosexuels un peu tarés et donc qu’ils ont exactement ce qu’ils méritent, même si les méthodes pour les chasser sont souvent brutales et en marge des lois. Autrement dit Ellroy rêve d’une Amérique qui n’a jamais existé, tandis que Maisons avance qu’elle est restée toujours elle-même, engluée dans violence native. Mais dans le parallèle qu’on peut faire entre l’ouvrage d’Ellroy et celui de Dominique Maisons, il y a quelque chose de plus important. En mélant trois éléments : les essais nucléaires dans le Neveda, la Chasse aux sorcières et les tentatives de l’armée de contrôler la production cinématographique, l’ensemble présente un processus de régulation étatique visant à instaurer la peur et à obliger les populations à se tenir tranquilles. C’est un système complet de gouvernement. D’ailleurs Maisons fera allusion à l’ouvrage d’Edward Bernays, Propaganda. On sait que cet ouvrage, écrit en 1928 par un neveu de Freud, est un modèle aussi bien pour le marketing publicitaire que pour la propagande politique. De la même manière il parlera des expériences qu’on a tentées dans le cinéma avec ces images subliminales qui éduquent le spectateur sans qu’il s’en rende compte[1]. L’idée est toujours de contrpiler la pensée d’autrui. Mais cet aspect pour important qu’il soit n’est qu’un des aspects de l’ouvrage. Il y en a au moins deux autres : une description du milieu hollywoodien avec ses hypocrisies et ses bassesses, et tout ce qui peut se nouer autour d’une mafia omniprésente dans ce secteur. C’est bien là l’essence du noir, montrer l’envers de l’âme humaine, son mauvais côté si on veut. Et à la vérité, dans ce roman il n’y a pas de personnage qui puisse représenter quelque chose de positif. Quand les protagonistes ne sont pas des salopards et des criminels en puissance, ce sont des imbéciles et des naïfs. Il y a aussi une référence plus indirecte à Chinatown de Polanski, on trouve en effet un détective privé nommé Jack Gittles dans le roman de Maisons, ce qui nous rappelle le Jack Gittes de Polanski. Seul un « l » vient troubler le parallèle. On retrouve aussi les champs d’orangers de Chinatown dans le final. Maisons met en scène une jeune actrice Liz Montgomerry qui sera défigurée. On peu penser que ce nom est choisi en référence à Elizabeth Montgomerry, la fille de l’acteur Robert Montgommery, qui devint célèbre grâce à la série Bewitched, et qui fut une militante pour les droits des homosexueles, et aussi de Lizbeth Scott, lesbienne militante et icone du film noir. Maisons fera aussi le portrait de V. un réalisateur déchu tournant des films scabreux. Ce V. semble être inspiré par Erich Von Stroheim pour partie. Toutes ces références donnent du corps à l’ensemble. 

    Dominique Maisons, Avant les diamants, La Martinière, 2020 

    Dans le désert du Nevada le 17 mars 1953 

    L’écriture est directe, au présent la plupart du temps. Maisons excelle dans les scènes où il faut décrire clairement ce qui se passe pour en donner un ressenti émouvant au lecteur. Par exemple l’explosion de la bombe dans le désert du Nevada, ou encore cette scène de torture où on verra une femme défigurée à l’acide sous la direction de Dragna. Il sait rendre très vivant des événements connus de tous, mais souvent rendus peu sensibles par la sécheresse des faits énoncés. Il y aura donc une grande violence décrite sans concession. Ça saigne et parfois ça vire à l’orgie sanguinolente comme dans un film de Tarantino ! Maisons aime le cinéma américain et le milieu qui le peuple, malgré tout, et il décrira aussi de manière précises les conditions de production et de tournage. Ce gros roman de plus de 500 pages raconte forcément plusieurs histoires en parralèle. C’est la loi du genre. Mais cela permet à Maisons de trouver des relations astucieuses et surprenantes entre elles. Il y aura donc plusieurs retournements de situation plutôt inattendus. L’astuce de ce genre de roman est de mêler des personnages bien réels à des personnages de fiction, sans que cela paraisse trop téléphoné, et Maisons fera d’Hedy Lamarr le fil rouge de son livre, même si elle n’a somme toute qu’un rôle mineur dans le déroulement de l’intrigue. 

    Dominique Maisons, Avant les diamants, La Martinière, 2020

    L’industrie du cinéma permettait aussi à la presse à scandale de prospérer 

    L’ouvrage repose sur une documentation serrée. Il y a tout de même quelques erreurs factuelles par exemple Kim Novak n’était pas d’origine polonaise, mais tchèque. On peut regretter aussi que la fête orgiaque donnée par Errol Flynn dans sa propriété soit copiée de Kenneth Anger, Hollywood Babylon publié en 1959. Johnny Stompanato n’était pas aussi important que cela dans la vie de Mickey Cohen, il doit surtout sa célébrité à la fin de sa vie brutale, tué officiellement par la fille de Lana Turner, Cheryl Crane, mais plus certainement par Lana Turner elle-même. On relèvera aussi quelques anachronismes dans l’emploi du vocabulaire, on ne parlait pas de phalocratie en ces temps, ni même de communautés. De même le jazz en 1953, et surtout en Californie, n’était pas consigné dans les quartiers noirs, même si le racisme était encore virulent et un des moteurs de la police de Los Angeles. Mais ne chipotons pas, dans l’ensemble c’est un très bon roman noir, bien écrit qui tient en haleine le lecteur malgré les 500 pages.

    Dominique Maisons, Avant les diamants, La Martinière, 2020


    [1] C’est le procédé avancé par James VIcary qui consiste à insérer une 25ème image dans un film ou dans un journal télévisé pour faire de la publicité. On ne sait pas qu’elle est létendue de l’utilisation de ce procédé. Il a été déclaré illégal. 

     

     

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