• A double tour, 1959


     

     

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    A double tour est le troisième film de Chabrol, et son premier film noir, adapté d’un roman de Stanley Ellin. Il intervient après le succès critique et commercial du Beau Serge et des Cousins. Produit par les frères Hakim, il bénéficie d’un budget conséquent, c’est une production franco-italienne, ce qui explique la présence d’Antonella Lualdi sur l’affiche alors qu’elle n’a qu’un rôle des plus restreints dans le film.

    Henri Marcoux, la quarantaine bien sonnée, est amoureux d’une belle et jeune italienne, mais il est marié et n’ose pas quitter sa femme et ses enfants. Laszlo Kovacs, son ami un peu pique-assiette et anticonformiste, amoureux de la fille de Marcoux, le pousse pourtant dans ce sens. La tension monte d’un cran, jusqu’au moment où Leda va être retrouvée assassinée dans la maison voisine.

    Le film se veut à la fois une sorte de suspense (qui a tué ? Marcoux osera-t-il quitter sa femme ?) et le portrait psychologique d’une famille de la riche bourgeoisie aixoise en train de se défaire. Mais au final, ce n’est ni l’un ni l’autre ! On comprend en effet tout de suite que c’est le fils de famille un peu dérangé, n’écoute-t-il pas de la musique toute la journée ?, qui est le coupable. Quant aux scènes de ménages entre Jacques Dacqmine et Madeleine Robinson, elles sont répétitives et statiques. Tout cela est bien insuffisant pour ressembler à une critique « acerbe » de la bourgeoisie. C’est banal et ennuyeux.

     

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    Le scénario tient sur un timbre-poste, mais la réalisation souffre de très graves lacunes. Je ne parle pas des fautes de raccord quand vers la fin du film, après s’être battu avec Laszlo, le fils Marcoux apparaît avec une veste reboutonnée un coup à gauche, et un autre coup à droite. L’alternance des scènes dans la propriété en dehors d’Aix-en-Provence et celles qui sont tournées dans la ville ne donne aucune respiration à l’histoire, rien ne les justifie, hormis la volonté de laisser croire qu’on est au cinéma et pas au théâtre. Il n’y a pas de logique à la démarche finale du fils Marcoux qui va se dénoncer. La femme de chambre jouée par Bernadette Lafont n’a pas de signification particulière : ce n’est même pas une fausse piste. Les scènes avec Antonella Lualdi, coproduction franco-italienne oblige, paraissent très surajoutées. D’ailleurs le film aurait pu être diminué de moitié sans que sa signification ne change. Les scènes tournées sur le cours Mirabeau où l’on peut voir Belmondo cabotiner à outrance en jouant les pochards, n’apporte rien non plus[1].

     

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    Revisiter un tel film des décennies plus tard est assez cruel. Les auteurs de la Nouvelle Vague, Chabrol et Truffaut principalement, avaient la prétention d’avoir renouvelé l’approche du film noir à la française. Mais chaque fois les défaillances techniques viennent démentir les intentions : c’est du cinéma de débutant ! Voir par exemple Antonella Lualdi dans un champ de coquelicots pour symboliser la passion est du dernier ridicule !

    La direction d’acteurs est très théâtrale, principalement pour les acteurs déjà chevronnés qu’étaient alors Madeline Robinson et Jacques Dacqmine. Si Belmondo en fait des tonnes, il apporte tout de même un certain dynamisme à l’ensemble. Avant de tourner pour Godard A bout de souffle qui se voulait aussi une sorte de modernisation du film noir, c’était le premier grand rôle de Belmondo. Il y porte d’ailleurs le nom de Laszlo Kovacs, nom d’emprunt qu’il utilisera dans le film de Godard à la place de Michel Poicard. André Jocelyn qui semble n’avoir tourné qu’avec Chabrol, n’a guère d’épaisseur. Bernadette Lafont s’en tire assez bien en jouant les bonniches délurées, mais Antonella Lualdi est complètement sous-utilisée. Ce qui est dommage étant donnée sa beauté.

    On accordera une mention spéciale à la musique qui, comme souvent chez Chabrol est non seulement démonstrative, mais de très mauvais goût.



    [1] Il y a des plans de la ville d’Aix qui sont en décalage complet avec l’architecture de la ville. Belmondo fait trois fois le tour de la ville pour aller de la Rotonde à la place de la mairie alors qu’il doit se rendre à l’extérieur d’Aix ! Cette faute de goût à laquelle ne seront sensibles que les Aixois, démontre la volonté de Chabrol de produire des images touristiques !

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