• Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

     Bien que ce film ne soit pas un des plus importants dans l’œuvre de Preminger, il tient pourtant une place à part dans l’histoire du cinéma. Il inaugure le film de tribunal en donnant la première place à l’avocat. L’avocat n’est plus celui qui va défendre le héros – généralement le faux coupable – mais c’est le héros du film lui-même. En vérité il signifie que la place de l’avocat va être de plus en plus décisive dans la vie civile des Américains. En quelque sorte on passe du détective à l’avocat dans une forme d’embourgeoisement du roman policier. Le roman qui a servi de base au film de Preminger a été écrit par un avocat John D. Voelker sous le nom de Paul Traver. Ce sera un immense succès de librairie, rien qu’aux Etats-Unis il se vendra à plus de 4 millions d’exemplaires. Il est remarquable par la minutie un peu maniaque dans la description des rituels d’un procès. Ça donne un gros pavé de 400 pages. Mais sous les dehors d’un thriller assez rébarbatif, l’histoire recèle de nombreuses ambiguïtés qui en font tout l’intérêt.  

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

    Paul Biegler est un ancien procureur qui s’ennuie en essayant de faire son métier d’avocat, c’est un vieux garçon passionné par la pêche. Mais il va sortir de sa torpeur quand il est contacté par Laura Manion qui lui demande de défendre son mari qui est en prison pour le meurtre de Quill qui aurait violé sa femme. Il va rencontrer le meurtrier, c’est un militaire plutôt arrogant qu’il hésite à défendre. Manion ne nie pas le crime, il le justifie seulement par le fait que sa femme a été violée. Paul va cependant accepter de le défendre parce que manifestement il est attaché à Laura Manion, une fille un peu frivole et directe qui pense à s’amuser. Au tribunal deux thèses vont s’affronter, celle de Paul qui plaide la démence passagère, et celle de Lodwick et Dancer, les deux procureurs qui affirment que le meurtre a eu lieu de sang-froid, et qu’en réalité Manion était très jaloux de l’inconduite de sa femme. Chacun va produire son expert psychiatrique pour soutenir sa théorie, et chacun va chercher des témoins plus ou moins inattendus. Dancer va faire sortir de prison un témoin qui est manifestement un menteur et qui affirme que Manion voulait se débarrasser de sa femme. Mais Paul grâce à son associé Parnell, un avocat ivrogne, va découvrir que la fille de Quill travaille à l’auberge de son père assassinée, elle va venir témoigner et en prime elle a retrouvé dans le débarras à linge sale, le slip de Laura, probablement déposé par son père. Paul va gagner son procès. Mais quand il va essayer de se faire régler ses honoraires sous la forme de billets à ordre, les Manion sont partis ! L’expérience a cependant donné le goût à Paul et à son acolyte Parnell de reprendre le chemin des prétoires. 

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959  

    Paul Biegler retrouve la frivole Laura devant la prison 

    L’histoire en elle-même est assez médiocre. Cependant, elle a posé des problèmes à la censure qui n’en voulait pas parce qu’on y parle de viol, de slip arraché, puis disparu, mais aussi parce que Laura apparaît comme une femme libre. Le militaire qui a tué n’est pas très sympathique non plus. C’est une manière d’éviter le manichéisme. Du reste c’est ce que dira Paul à la fille de Quill qui défend son père bec et ongles : personne n’est totalement bon ou totalement mauvais. Le personnage le plus complexe est sans doute celui de Laura. C’est une fausse ingénue qui s’amuse à allumer les hommes qui passent à sa portée. Mais la morale du film est claire, ce n’est pas une raison pour la violer. Le fait que Manion soit déclaré non coupable est aussi une manière de justifier qu’un homme puisse venger sa femme, venger son honneur, ou simplement indiquer à un homme violent qu’il y a des limites qu’on ne doit pas franchir. Que ce soit Paul Biegler, ou Dancer, les avocats sont toujours à la limite de la tricherie. Dancer suscite un faux témoignage de Duane Miller, mais Paul ne vaut pas mieux en bousculant la fille de Quill. Le but est de gagner, sans penser à la justesse de la cause. Paul Biegler et Parnell sont d’abord deux vieux garçons qui s’ennuient et toute forme de distraction sera la bienvenue dans la grisaille de leur quotidien. Manion est semble-t-il un homme violent qui n’hésite pas à corriger sa femme à l’occasion, mais celle-ci ne peut s’en éloigner. C’est un couple bizarre, on ne sait pas s’il y a de l’amour entre eux.

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959  

    Paul hésite à défendre l’arrogant militaire

    La réalisation de Preminger s’appuie d’abord sur un souci maniaque de réalisme. Le film a été tourné sur les lieux même de l’action, en décor naturel, dans le Michigan. Preminger disait qu’il avait été parfaitement bien accueilli dans la ville de Big Bay et que les gens se sont mis en quatre pour l’aider du mieux qu’il pouvait à la réalisation de son film. Il va donc restituer l’atmosphère d’une toute petite ville de province. La difficulté va survenir quand il s’agit de filmer les audiences. En effet elles représentent sans doute les ¾ de la durée du film qui dure 2 heures 40. Il ne faut pas ennuyer le spectateur, ni laisser l’impression qu’on se trouve face à du théâtre filmé. Il faut donner un rythme aux audiences qui fasse progresser l’histoire. Cela passe par les différentes phases des interrogatoires de témoins, mais aussi dans la manière de filmer. Comme je l’ai dit à d’autres occasions, Preminger a une capacité étonnante de filmer dans des espaces restreints. Il arrive à donner de la profondeur de champ par exemple en alignant l’un derrière l’autre l’avocat de la défense et l’avocat général. Il multiplie aussi les angles qui permettent de saisir aussi bien l’attitude nonchalante du juge que les échanges de regards entre les deux époux. C’est cette maitrise du rythme qui fait oublier les insuffisances du scénario. Il n’y a pas de suspense en ce sens qu’on sait qui est le coupable et les raisons qui l’ont poussé à tuer.

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

    Pendant les débats, Paul fabrique des appâts pour la pèche 

    L’interprétation est excellente. James Stewart dans le rôle d’un faux naïf est l’avocat Biegler. C’est bien sûr autour de lui que le film s’est monté. On peut le trouver un peu monolithique, mais il est toujours comme ça. Ce côté désuet qu’il a toujours eu, même jeune, renforce le côté vieux garçon de Biegler un peu ronchonneux. Ensuite il y a l’excellente Lee Remick dans le rôle de la sulfureuse Laura. Elle est éclatante et trouve là un de ses meilleurs rôles dans les nuances d’une femme énigmatique qui semble finalement manipuler tout le monde. On appréciera ses transformations, quand elle passe d’une tenue à une autre, quand elle a ou pas ses lunettes, elle change chaque fois de personnalité. George C. Scott est l’avocat Dancer, il tient très bien sa place, il a l’air suffisamment hargneux et ironique quand il continue à plaider tandis qu’il annonce en aparté à son collègue que le procès est perdu. Il dégage une puissance inquiétante qui met mal à l’aise dans l’interrogatoire des témoins. Arthur O’Connell est le comparse Parnell, l’ivrogne de service, et comme tel il cabotine pas mal. Mais après tout les ivrognes sont aussi de grands cabotins ! Bien qu’il n’ait qu’un petit rôle, Ben Gazzara qui incarne Manion, fait remarquer toute sa classe. C’est un très grand acteur qui à mon sens n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Ici il fait étalage d’un jeu sophistiqué et complexe. Et puis, il y a le juge Weaver qui est incarné par un vrai avocat, une célébrité des prétoires puisqu’il s’agit de Joseph N. Welsh, l’avocat qui a tenu tête à Joseph McCarthy et qui l’a fait plier, mettant fin pratiquement à la chasse aux sorcières. Pour Preminger c’est un beau symbole, lui qui s’est battu tout au long de sa vie contre la censure et qui fera réhabiliter l’année suivante le grand Dalton Trumbo.

     Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959  

    Le juge Weaver appelle la défense et l’accusation à plus de retenue 

    Le film fut un énorme succès public et critique. La musique du film est due à Duke Ellington qu’on voit d’ailleurs pianoter aux côtés de James Stewart : c’est encore une manière de pousser le jazz vers une reconnaissance qu’il n’avait pas encore tout à fait. Le générique est dû comme d’habitude à Saül Bass, ce qui donne un côté un peu plus sophistiqué à l’ensemble. La photo est de Sam Leavitt qui avait travaillé avec Preminger sur The man with the golden arm et sur The court-martial of Billy Mitchell. Il suivra ensuite Preminger dans l’aventure d’Exodus. L’ensemble a cependant un peu vieilli, on a tellement vu de film de procès que plus rien ne nous étonne en la matière, mais cela se regarde très agréablement, on a même l’impression qu’on connait tout du système judiciaire biscornu américain.  

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

    Dancer a trouvé un témoin de dernière minute  

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

    Dancer essaie de déstabiliser Laura 

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959

    Photographie de l’équipe du film avec au premier plan John Voelker 

    Autopsie d’un meurtre, Anatomy of murder, Otto Preminger, 1959  

    Preminger sur le tournage

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  •  L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Ce film est d’abord l’adaptation d’un roman de Nelson Algren. C’est un intellectuel américain, d’origine juive et ouvrière, membre du parti communiste américain. Très engagé, il sera l’objet de poursuites de la part du FBI et de l’HUAC. A Paris il fréquenta les milieux existentialistes. Il était devenu aussi l’amant de Simone de Beauvoir pendant une quinzaine d’années à travers une liaison flamboyante[1]. Il a écrit de nombreux romans très critiques sur l’Amérique, et aussi A walk on the wild side qui sera porté à l’écran en 1962 par Edward Dmytryk, un autre ancien communiste qui passera ensuite de l’autre côté. En 1942, il avait écrit une nouvelle, He swung and he missed, qui inspira l’excellent The set up de Robert Wise[2]. Nelson Algren était considéré comme un grand écrivain américain, nombreux de ses romans ont été d’ailleurs publiés chez Gallimard dans la fameuse collection Du monde entier. Tout cela est assez connu, mais ce qu’on sait moins c’est que les droits de The man with the golden arm avaient été achetés par John Garfield qui voulait produire un film à partir de cette histoire qui devait lui rappeler l’excellent Body and soul[3]. Mais la censure s’y opposait. Il faut donc d’abord comprendre que ce film est une bataille contre la censure, ce qui convient très bien, on le comprend, à l’état d’esprit d’Otto Preminger. Cette manière d’aborder les problèmes de société est très typique de la gauche radicale Hollywoodienne. Nelson Algren devait participer à l’écriture du scénario, mais cette expérience fut plus que décevante pour lui, et il se retira de l’entreprise, considérant que ce film n’avait rien à voir avec son récit. L’importance de ce film est que pour la première fois la question de la drogue et de son usage est envisagée du point de vue des usagers eux-mêmes, et non comme un simple dysfonctionnement des institutions de la société, dysfonctionnement contre lequel il faut lutter. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Frank Machine rentre chez lui après avoir subi une cure de désintoxication à Lexington. Dans cet hôpital, il a appris à jouer de la batterie et espère bien pouvoir en faire son métier, abandonner le jeu et la drogue. Il retrouve Zosh, sa femme qui simule la paralysie consécutivement à une accident que Frankie avait provoqué en état d’ébriété. C’est une femme tyranique qui encourage Frank à retourner vivre du poker de façon à gagner encore plus d’argent. Mais Frank s’accroche à son rève et espère gagner un peu d’argent pour payer les soins de Zosh. Il rencontre cependant ses anciens amis, Louis, le dealer, mais aussi Schiewfka qui veut le réemployer pour le jeu clandestin. Il veut s’éloigner d’eux, comme sa voisine Molly, avec qui il a eu une brève liaison dans le passé, l’encourage. Comme il doit passer une audition, son copain Sparrow va lui procurer un costume et une chemise qu’il va voler. Ce vol attire l’attention de la police sur Frank qui se fait coffrer. Schiewfka propose de payer sa caution, à condition qu’il revienne s’asseoir à la table de poker. Face à ses angoisses et à ses peurs, Frank va replonger, et dans la drogue, et dans le jeu. Il va rater son audition, se disputer avec Molly qui s’enfuit et le laisse sur place. Frank qui a perdu gros au jeu, s’enfuit, il va se réfugier chez Molly. Celle-ci va l’aider à se désintoxiquer. Mais tout le monde cherche Frank. Louie se rend chez Zosh, et surprend celle-ci en train de marcher. Pour qu’il ne révèle pas son astuce, elle le pousse dans les escaliers et le tue. La police va à son tour chercher Frank car elle le soupçonne du meurtre. Mais Frank va se rendre chez Zosh, il est sevré, il veut maintenant quitter sa femme et refaire sa vie avec Molly. Zosh refuse qu’il la quitte, sur un coup de colère elle se lève et montre qu’elle marche, juste au moment où la police survient. Pour ne pas affronter les conséquences de ses actes, elle se suicidera. Frank et Molly vont partir ensemble. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Zosh semble heureuse de retrouver Frank  

    Evidemment, si on compare le livre et le roman, on se rend compte qu’il s’agit de deux œuvres très différentes, dans l’esprit comme dans la lettre. Le roman est beaucoup plus sombre, sans espoir, puisque ce n’est pas Zosh qui se suicidera, mais Frank, et puisque c’est aussi Frank qui tuera Louie dans la bagarre. Preminger laissera à la fin une ouverture qui permet de penser que Molly et Frank s’en tireront. Il reste que Frank Machine est un homme faible, manipulé par son épouse tyrannique, travaillé par ses démons, sa condition matérielle misérable ne lui permet pas de sortir la tête de l’eau. C’est un homme entre deux femmes, mais ce n’est pas un trio adultérin. Frank se détache de sa femme parce qu’il cherche une femme forte qui le soutienne et l’encourage. Zosh travaille sa culpabilité et l’entretient. Elle vit à ses crochets. Molly c’est l’inverse, au contraire elle entretient son amant, Drunkie John, et rêve de prendre en charge l’infantile Frank. Elle se comporte un peu comme une pute au grand cœur, comme une maman protectrice ! A la fin, si Frank échappe à la tutelle de Louie et de Schiewfka, c’est uniquement pour passer sous les fourches caudines de Molly. La morale de cette sinistre histoire est donc très ambiguë. L’homme au bras d’or renvoie évidemment aux capacités de Frank à donner les cartes, voire à tricher, mais aussi au fait que son bras nourrit aussi son dealer puisqu’il se pique. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Schiewfka veut que Frank retourne travailler pour lui  

    Bien que le film ait été un gros succès à sa sortie, il souffre d’un manque de notoriété évident, même si les cinéphiles lui tressent des louanges. Cela vient me semble-t-il à la fois de la manière dont c’est tourné, mais aussi de la crainte que le sujet indique pour le spectateur. La drogue, ou plutôt le drogué, n’est pas un produit spectaculaire. Si les films sur le trafic de drogue donnent lieu à des grands films salués et admiré, par exemple French connection, il est beaucoup plus difficile de s’attaquer et d’expliquer la personnalité d’un drogué. En 1971 Jerry Schatzberf dans The Panic in Needle Park s’attaquera à un sujet similaire. Et si ce film a connu un grand succès d’estime – c’est du reste le premier rôle d’Al Pacino au cinéma – il est lui aussi un peu oublié. Il est vrai que ce type de films met en scène des personnages peu sympathiques et encore moins optimistes, et que le plus souvent ces histoires se trament dans des quartiers pourris. Le second point est que c’est un film tourné entièrement en studio, et que cela donne un côté un peu théâtral à l’ensemble, mais aussi claustrophobique, on ne verra jamais le ciel dans un décor triste et crasseux. Malgré cet inconvénient, le film recèle des scènes extrêmement puissantes, non seulement parce que les dialogues sont brillants et enlevés, non seulement par leur caractère dramatique, mais aussi par les capacités de Preminger à utiliser la grue dans des espaces étriqués pour saisir le mouvement et éviter de donner à l’ensemble un aspect statique. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Louis permet à Frank de replonger 

    Pour cela Preminger s’appuie sur l’excellente photo de Samuel Leavitt avec qui il avait déjà travaillé sur Carmen Jones l’année précédente, mais qui surtout s’était fait remarquer en photographiant l’excellent The thief, un film noir complètement muet tourné en 1952[4]. Il retravaillera avec Preminger sur Anatomy of murder en 1959, puis sur Exodus en 1960. Mais il sera aussi chef opérateur sur The crimson kimono de Samuel Fuller en 1959[5]. Preminger et lui retrouveront donc quelques tics particuliers au film noir, comme ces ombres dans les escaliers, ou le plan général quand on saisit les mouvements de Zosh qui se déplace vivement sur son fauteuil à roulette. La manière dont sont filmées les scènes de poker fera école et se retrouvera un peu plus tard ans The hustler de Robert Rossen[6], les fumées de cigarettes renforcent l’aspect claustrophobique du film. Ces scènes vont au-delà de ce qui est convenu dans le film noir et qui capte une atmosphère de réunion sous la lampe comme dans Asphalt jungle de John Huston, 1950, ou sa copie The killing de Stanley Kubrick, 1956. Les séquences très tendues où les personnages s’affrontent, ne doivent pas leur efficacité seulement à la solidité dans la direction des acteurs, mais également à un montage serré qui fait se succéder les plans moyens et les plans rapprochés, comme par exemple quand Frank revient chez lui, et que Zosh se manifeste en le serrant contre elle, en l’attirant au-dessus d’elle comme pour s’en emparer. On a noté que Preminger utilise beaucoup la grue, c’est une habitude chez lui, cela lui permet d’opposer dans un vaste mouvement l’arrivée débonnaire de Frank, et la réalité sordide du quartier dans lequel il va plonger. Les scènes qui représentent la souffrance d’un drogué en manque, apparaissent un peu plus convenues. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Molly encourage Frank à abandonner la drogue  

    La distribution est amenée par un trio éclatant. Frank Sinatra dans le rôle de ce loser de Frank Machine. Il est très bon, d’ailleurs il est toujours bon quand il joue dans des films dramatiques et tourmentés comme dans So came running de Vincente Minelli qu’il tourne en 1958, ou dans The manchourian candidate de John Frankenheimer qui date de 1962. Il arrive très bien à passer des phases de désespoir et de laisser-aller (quand il suit comme un petit chien son dealer) et les phases d’espoir dès qu’il se retrouve au contact de Molly. Molly c’est la flamboyante Kim Novak. On n’a jamais su si elle était vraiment une grande actrice, en tous les cas sa forte présence suffit à dessiner le portrait d’une femme énergique et déterminée, bonne par choix de vie. 1955 c’était l’année de ses vrais débuts, si en 1954 elle avait fait le très bon Pushover[7] sous la direction de Richard Quine qui était son amant, en 1955, elle tournera coup sur coup Five against the house de Phil Karlson[8] et Picnic de Joshua Logan, puis The man with golden arm. Zosh est interprétée brillamment par Eleanor Parker, grande actrice aujourd’hui injustement oubliée mais qui a fait une carrière exceptionnelle. Forte tête d’Hollywood, elle eut de nombreuses démêlées avec les studios, la Warner l’a mise à pied, elle a été éclatante ans Caged[9]. Même si son rôle est un peu moins important que les deux premières cités, il n’en est pas moins décisif, elle arrive à donner de l’humanité à un personnage mesquin et mauvais, menteur et calculateur. Les seconds rôles sont aussi très bien dessinés à commencer par Darren McGavin qui joue le dealer ambigu, car s’il est lui aussi néfaste à Frank, il a également ses moments d’humanité et dans un sens, il comprend même la volonté de Frank de tout plaquer, mais il doit aussi préserver ses intérêts. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Molly s’éloigne de ce milieu interlope  

    Deux éléments essentiels marquent la production de ce film, d’abord le générique particulier de Saül Bass. C’est son premier travail pour le cinéma, Otto Preminger affirme que c’est lui qui l’a incité à travailler sur les générique[10]. Il le réutilisera par la suite, et Hitchcock s’inspirera justement de Preminger en la matière puisqu’il le lui empruntera. Mais à l’époque c’était très novateur d’utiliser ce type de graphisme pour le générique. Ensuite, il y a la musique d’Elmer Bernstein. C’est du bon jazz, musique que Preminger aimait et qu’il utilisera encore dans Anatomy of murder. Ce type de musique allait très bien avec la personnalité de Sinatra. On verra dans le film d’ailleurs de nombreux musiciens de jazz. Shorty Rogers en chef d’orchestre, Shelly Manne bien sûr qui doublera également Sinatra pour le jeu de batterie et la caméra s’attardera longuement sur le saxophoniste Jack Montrose. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Molly veut aider Frank à se désintoxiquer  

    Sans être le meilleur film de Preminger, on peut le tenir pour un excellent film, entre deux genres, le drame social et le film noir. Je trouve qu’il a fort bien passé les années. Il n’existe pas de copie de ce film en Blu ray, du moins en France, c’est dommage, bien qu’on trouve encore sur le marché de bonnes copies en DVD, mais souvent avec une image recadrée en 16/9. Le film a pris au fil du temps une allure de classique, et c’est justifié. 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955 

    Louie s’aperçoit que Zosh marche 

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955

    L’homme au bras d’or, The man with golden arm, Otto Preminger, 1955

    Preminger dirigeant Sinatra et Kim Novak

     



    [1] Irène Frain a romancé cette liaison dans Beauvoir in love, publié en 2012 chez Michel Lafont. Gallimard avait publié Lettres à Nelson Algren en 1997. Simone de Beauvoir avait parlé de cette relation qui la changeait du très peu physique Sartre dans La force de l’âge, mais sans donner de détails.

    [2] Cette nouvelle a été traduite en français sous le titre Du miel pour Rocco, Mystère magazine no 133, février 1959

     

    [3] http://alexandreclement.eklablog.com/sang-et-or-body-and-soul-robert-rossen-1949-a114844804

    [4] http://alexandreclement.eklablog.com/l-espion-the-thief-1952-russell-rouse-a114844924

    [5] http://alexandreclement.eklablog.com/le-kimono-pourpre-the-crimson-kimono-samuel-fuller-1959-a130376798

    [6] http://alexandreclement.eklablog.com/l-arnaqueur-the-hustler-1961-a114844798

    [7] http://alexandreclement.eklablog.com/du-plomb-pour-l-inspecteur-pushover-richard-quine-1954-a132467178

    [8] http://alexandreclement.eklablog.com/on-ne-joue-pas-avec-le-crime-five-against-the-house-phil-karlson-1955-a119674556

    [9] http://alexandreclement.eklablog.com/caged-femmes-en-cage-john-cromwell-1950-a114844926

    [10] Autobiographie, Lattes, 1981.

     

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •   Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952

    Parmi les films noirs que Preminger réalisa, celui-ci n’est pas le plus marquant, et surtout il a été tourné dans des conditions épouvantables, le film étant produit par la RKO du sinistre Howard Hugues. On dit que les scènes étaient écrites la nuit pour être tournées le lendemain. Ce n’est donc pas un sujet que Preminger avait pris le temps de travailler. L’histoire ne lui plaisait pas. Mais malgré tout, si on passe outre les incongruités du scénario, il y a quelque chose d’attachant dans ce film. Le titre anglais, Angel face, est évidemment un renvoi à Fallen angel qui avait été quelques années plus tôt un grand succès de Preminger. 

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952 

    Frank va être fasciné par la personnalité de Diane 

    Frank Jessup est ambulancier, avec son collègue Bill, il est appelé au chevet d’une femme très riche qui semble avoir été traumatisée par des émanations de gaz. Quand ils arrivent sur place, la police est là avec un médecin, et Catherine Tremayne est hors de danger. Cependant, elle prétend qu’elle a subi une tentative d’assassinat. Frank ayant trouvé la deuxième clé du gaz, repoussée sous une buche dans la cheminée, il semble qu’elle se trompe. Frank et Bill s’apprêtent donc à repartir. Mais Frank va remarquer au rez-de-chaussée de la belle maison une jeune femme qui joue du piano. Il est attiré par elle. Cette Diane Tremayne est la belle fille de Catherine. Elle fait une crise de nerfs, et Frank la gifle pour la calmer, mais elle la lui rend. Les ambulanciers repartent, Diane les suit et rejoint Frank dans un bistrot d’où il cherche à appeler sa petite amie Mary. Celle-ci a préparé le repas du soir. Il se prétend fatigué et décline l’invitation. En fait il préfère rester avec Diane. Malgré ses réticences, Frank se laisse séduire par cette jeune femme riche et belle. Il l’emmène dîner, puis ils vont danser. Elle a fini de le séduire en lui faisant conduire sa belle automobile. Il lui avoue qu’il aimerait pouvoir ouvrir un garage car il est passionné de mécanique. Elle se propose de l’aider, mais il refuse. Le lendemain Diane rencontre Mary et lui explique qu’en réalité Frank n’était pas fatigué, mais qu’il était avec elle. Mary est choquée et comprend tout de suite que Diane veut la manipuler. Elle se fâche avec Frank. Celui-ci est rejoint par Diane qui lui propose de l’engager comme chauffeur. Il cède. Il va faire ainsi connaissance avec la riche Catherine Tremayne qui en fait entretient tout le monde et surtout le père de Diane, un écrivain de renom, mais qui ne gagne plus rien car il est en panne d’inspiration. Catherine semble vouloir aider Frank à monter son garage. Cependant il commence à s’apercevoir que Diane lui ment et qu’elle cherche aussi à le manipuler. Il est hésitant parce qu’en même temps il sent que Mary est en train de lui échapper et qu’elle se tourne vers Bill son collègue ambulancier. Diane va mettre au point l’assassinat de sa belle-mère en trafiquant son automobile. Dans l’accident son père va décéder également. Il s’ensuit un procès, mais un avocat malin conseille à Frank et Diane de se marier pour attendrir le jury et éviter de se trouver dans l’obligation de témoigner l’un contre l’autre. Ils vont être graciés. Mais dès lors Frank veut se séparer de Diane. Il pense à se remettre avec Mary. Ça ne marche pas parce qu’entre-temps celle-ci s’est mise en ménage avec Bill. Pendant ce temps, Diane va tenter de se confesser auprès de son avocat qui lui explique qu’une affaire comme la sienne ne peut pas être rejugée. Frank revient vers Diane et prépare sa valise en lui signifiant qu’il va partir au Mexique et qu’il ne veut voir plus personne. Diane lui propose de l’accompagner à la gare de bus. Il accepte. Mais dans un ultime geste de défi, elle passe la marche arrière et envoie l’automobile dans le décor. 

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952 

    Diane tente de semer le trouble dans l’esprit de Mary 

    Les invraisemblances dans ce scénario mal fagoté sont nombreuses, tant sur le plan factuel que sur le plan psychologique. Tout le monde se rend compte en effet que Diane mène un jeu particulièrement trouble, mais on la laisse faire, sans même s’éloigner d’elle. Catherine sait qu’elle a voulu l’assassiner, cependant elle la conserve sous son toit comme si de rien n’était. Frank aussi perce à jours les intentions mauvaises de Diane, mais il ne dit rien, Mary également. Egalement la façon dont Diane sabote la boîte de vitesse de la voiture de sa belle-mère est invraisemblable. En vérité le scénario part dans tous les sens. Dans la première partie du film il y a une sorte de quadrille entre Mary et Frank, Frank et Diane, Bill et Mary qui laisse penser que le thème central est la jalousie et la lutte pour le pouvoir entre les femmes et les hommes. Ces derniers, à l’image de Frank, apparaissant faibles et irrésolus. Le père de Diane est aussi très faible, le voilà qu’il quémande honteusement un peu d’argent à sa femme. Et puis dans la deuxième partie le film s’attaque à la névrose de Diane et s’intéresse à sa folie. Elle devient en effet obsédée par Frank, ne supportant pas qu’il puisse manifester une once d’indépendance vis-à-vis d’elle. Mais cet aspect psychologique du film est un peu saboté par l’intérêt que Preminger va porter au procès à travers des développements qui s’inspirent trop directement de The postman alway rings twice de James M. Cain. Du côté de Frank, on peut poser le problème du point de vue de la lutte des classes. En effet bien qu’il ait une méfiance instinctive pour le pouvoir pécunier de Diane, il se laisse tout de même corrompre. L’automobile qui est encore à l’époque un objet de consommation manifestant un clivage de classes est au cœur même de l’histoire. On verra les domestiques asiatiques partir fièrement au volant d’un vieux tacot poussif. Et c’est encore l’automobile cet objet d’aliénation moderne qui sera le châtiment de Frank. 

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952 

    Frank aime les belles voitures 

    La qualité de la réalisation va se ressentir de ces hésitations. Bien qu’on ait engagé pour photographier le film Harry Stradling, très célèbre pour avoir photographié des films comme A streetcar nammed desire de Kazan, ou Johnny Guitar de Nicholas Ray, elle est assez pâlotte et s’éloigne clairement des standards du film noir. Il n’y a pratiquement pas d’extérieur, à part quelques transparences presqu’aussi médiocres que chez Hitchcock. Peminger qui est connu pour la fluidité de ses mouvements de caméra multiplie ici les séquences statiques en cadrant systématiquement deux personnages et laissant filer les dialogues, ce qui donne un côté assez théâtral. Le procès est filmé avec un peu plus de grâce, mais c’est le genre de scènes qu’on a vues des dizaines de fois, avec gros plan de l’avocat, puis panoramique sur la salle ou sur le jury. Cette manière de travailler fait que le film hésite entre le thriller et le film noir, autrement dit si on considère que la névrose de Diane est le contrepoint de la figure de la femme fatale, alors la mise en scène est inadéquate. Il est curieux que personne ne se soit aperçu de cela. En 1963, soit dix ans tout de même après sa sortie, Jean-Luc Godard considérait qu’il s’agissait là du 8ème meilleur film de tous les temps[1] ! Rien ne justifie ce jugement extravagant. Bien au contraire, du reste Preminger refusera dans ses mémoires d’en parler, comme si ce film n’existait pas.

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952 

    Malgré ses réticences, Frank se laisse séduire 

    En vérité si le film tient debout et ne lasse pas le spectateur, c’est essentiellement dû à l’interprétation. L’opposition entre la frêle Jean Simmons et le grand et massif Robert Mitchum fonctionne très bien. Robert Mitchum est Frank bien sûr. A cette époque il a une grande habitude des rôles d’hommes faibles. Il avait déjà joué un rôle similaire dans Out of the past, le chef d’œuvre de Jacques Tourneur[2] et dans Where dangers lives de John Farrow où il interprétait un médecin embarqué dans une histoire mexicaine avec une psychopathe[3]. Ici il joue sur l’ambigüité du personnage qui ne sait pas choisir avant tout parce qu’il est un opportuniste. S’il est attiré malgré tout par Diane, c’est aussi parce qu’elle est riche, quoique dépravée. Il est cynique et intéressé. Sans scrupule il croit qu’il pourra retourner facilement chez Mary et la séduire à nouveau. Jean Simmons qui tournera plusieurs fois avec Mitchum était à l’époque la petite amie d’Howard Hugues – quelle idée ! – mais elle est excellente comme souvent. Elle dégage une grande énergie, et surtout dans la seconde partie du film, elle fait étalage d’une paranoïa solide. Mona Freeman dans le rôle de Mary est remarquable, à la fois blessée par le comportement de Frank et solide dans l’adversité. Elle est la première à éventer les combines de Diane. Mais elle se lassera de la désinvolture de Frank et se rangera avec Bill, abandonnant toute idée romantique quant à la passion amoureuse. Si Herbert Marshall dans le rôle du père Tremayne est sans saveur particulière, celui de sa femme tenu par Barbara O’Neil est plus intéressant et plus contrasté. Elle laisse voir suffisamment d’humanité dans la gestion de toutes les personnes qui gravitent autour d’elle. Et bien sûr Leon Ames dans le rôle de l’avocat Barrett est très bon, dans ce genre de personnage il faut toujours un acteur énergique. 

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952

     Au procès ils seront acquittés 

    Bien accueilli à sa sortie par la critique et par le public, sauf en France où le film fit un score plutôt médiocre, Angel face a pris une place importante dans l’histoire du film noir. Pourtant si le rythme est soutenu, et si on ne s’ennuie pas à une nouvelle vision, son intérêt reste limité. Flirtant avec une approche psychanalytique assez sommaire, Diane a été traumatisée par la mort de sa mère et ne supporte pas qu’on lui ait pris son père, le film manque d’unité, tant sur le plan des idées développées que sur le plan de la réalisation. 

    Un si doux visage, Angel Face, Otto Preminger, 1952

    Diane est venue se confesser à son avocat



    [1] Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Belfond, 1968.

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/la-griffe-du-passe-out-of-the-past-jacques-tourneur-1947-a118298548

    [3] http://alexandreclement.eklablog.com/voyage-sans-retour-where-danger-lives-john-farrow-1950-a114844834

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950

    Moins connu que Laura, Where the sidewalk ends est pourtant un excellent film noir, très tourmenté, jouant en permanence sur l’ambigüité de ses personnages. Il y a même une sorte de pureté thématique et filmique dans ce film qui fait défaut dans Laura. Entre Laura et ce film, beaucoup de choses ont changé. Le film noir s’est installé dans le paysage culturel aux Etats-Unis, mais aussi à l’étranger et particulièrement en Europe. Et puis de plus en plus on prend l’habitude d’intégrer le film dans un environnement urbain réaliste, non truqué par une reconstitution en studio. Cette fois Otto Preminger va s’appuyer sur un roman noir de William Stuart, un écrivain très peu connu qui bifurquera ensuite vers le cinéma et la télévision. Un seul de ses romans a été traduit en français, il s’agit justement du titre qui a inspiré Where the sidewalk ends, l’excellent Night cry. Ce sera aussi l’occasion de reformer une équipe qui a déjà fait ses preuves, et notamment le couple Dana Andrews, Gene Tierney. C’est un film dur dans lequel les sentiments ont bien du mal à s’exposer. Un film newyorkais en quelque sorte où l’environnement urbain va jouer un rôle décisif. Le scénario assez compliqué est signé Ben Hecht, le même qui travailla pour Hitchcock, Spellbound et Notorious, ou pour Dmytryk pour Cornered. Il retravaillera encore pour Preminger, ce sera Whirpool et Angel face. Il a été un pilier important du film noir.  

    Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950

    Mark Dixon est un policier violent et un peu trop autonome que son chef se croit obligé de dégrader pour laisser la place à son rival, le lieutenant Thomas, un flic un peu borné, mais discipliné. Dixon fait la rue en compagnie de Paul Klein, son ami. Il est obsédé par un gangster, Scalise qui jusqu’ici a pu échapper aux poursuites. Ils vont croiser Bender, un demi-sel, ami de Scalise auquel ils demandent des renseignements. Mais une fois qu’ils ont le dos tourné, Bender s’empresse de prévenir Scalise qui tient une partie de dés clandestine. Le riche Morrison a été amené ici par Ken Payne et sa femme, la belle Morgan. Mais Morrison gagne, s’ensuit une dispute entre Morgan et Payne, celui-ci la gifle et elle s’en va. Payne s’en prend ensuite à Morrison et l’assomme d’un coup de poing. Mark Dixon et son collègue vont se rendre à cette partie clandestine comme on le leur a demandé par radio. Morrison et mort d’un coup de couteau. Mark comprend que Scalise veut faire porter le chapeau à Payne. Le lieutenant Thomas demande à Dixon et Klein de retrouver Payne. C’est ce qu’il va faire, mais Payne et saoul et se bat avec Dixon qui lui donne un coup de poing et le tue. Dixon va dissimuler le cadavre, mais le père de Morgan va intervenir parce qu’il a appris que Payne a frappé sa fille. Mais comme il ne trouve personne chez Payne, il s’en retourne. Dixon va tout faire pour qu’on croie que Payne est parti. Le lieutenant Thomas va cependant démontrer que Payne a été tué et emporté ailleurs. Tandis qu’un flirt s’ébauche entre Dixon et Morgan, la police soupçonne son père d’avoir tué Payne et l’arrête. Dixon va chercher à aider Morgan, à trouver un avocat, et parallèlement il va mettre la pression sur Scalise et ses hommes. Il retrouve finalement Bender, convient d’un rendez-vous avec Scalise. Avant de s’y rendre, il envoie à son chef une confession à ouvrir après sa mort dans laquelle il avoue avoir tué Payne. La rencontre avec Scalise se passe très mal, Dixon manque d’être tué. Mais la police intervient car un de ses complices a parlé. Tandis que Scalise et ses amis tentent de s’échapper par le monte-charge, Dixon le bloque en coupant l’électricité. La police arrête Scalise, et Dixon est félicité. Mais Dixon exige que son chef lise sa confession. Il va donc être arrêté. Mais Morgan qui a beaucoup d’admiration parce qu’il a sauvé son père de la prison, affirme qu’elle l’attendra.

     Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Le louche Bender cherche à échapper à l’emprise de Mark Dixon 

    Evidemment on ne cherchera pas la vraisemblance dans ce récit. Il y a bien trop d’éléments hasardeux qui s’accumulent sur les épaules de ce pauvre Dixon. Mais il y a cependant une vérité des caractères et des situations. Le film se veut une réflexion sur la culpabilité de Dixon, un policier violent, critiqué par ses chefs. S’il s’acharne en effet à poursuivre de sa vindicte Scalise, c’est parce qu’en réalité son père était un gangster et que toute sa vie il a essayé de s’en démarquer. Il s’agit bien plus que d’une difficulté d’être honnête quand on a un père voyou, il s’agit aussi de renier son père. On peut penser que c’est ça qui lui mine le caractère à Dixon. Il se présente en effet comme seulement intéressé dans la vie par la traque des gangsters. L’affaire qui l’amène à cacher la mort de Payne va le transformer en ce sens qu’elle va lui permettre de régler son passé. Et cela d’autant plus que les sentiments qu’il éprouve pour Morgan l’y entraînent. Sa confession à son supérieur est une sorte de psychanalyse. L’ambigüité marque également le personnage de Morgan. Elle est séparée de Payne, mais elle sort avec lui et accepte d’entrainer des pigeons à des parties de dés. Elle est très attachée à son père, mais elle ne lui dit pas toute la vérité, et c’est bien elle qui l’a mis en danger en fricotant avec Payne et en avouant à son père qu’il l’avait frappée. Mark Dixon poursuit une quête solitaire, il est en marge de la police dont il accepte difficilement la discipline, mais il n’appartient pas non plus au milieu interlope de la ville. Il y a dans l’affrontement entre Scalise et Dixon, une sorte de jeu et d’admiration réciproque quoique le gangster ne comprenne pas très bien pourquoi il le poursuit avec autant d’assiduité. Dixon est un homme faible, en ce sens qu’il ne connait pas ses limites et qu’il réagit à ses impulsions premières. C’est seulement à partir de sa rencontre avec Morgan qu’il va s’humaniser, sortir de sa solitude. 

    Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Mark Dixon cherche à coincer Kenneth Payne qui est soupçonné de meurtre 

    On voit que Mark Dixon est un personnage complexe qu’il ne faut pas juger tout de suite et sans réflexion. Ce n’est pas vraiment un héros à la recherche du mieux, mais il n’est pas non plus corrompu. C’est un flic tourmenté dont le tourment est justement exacerbé par le métier qu’il fait. Ce qui change par rapport à Laura par exemple, c’est que l’enquête de Dixon n’est plus en vase clos. Elle s’insère dans la complexité de la ville. Elle représente le monde interlope de la nuit, avec toute la crasse et la violence qu’elle peut charrier. Cette ambiance nocturne renforce autant qu’elle explique le caractère sombre de Dixon. Elle engendre de l’agressivité et une agitation sans repos. C’est je crois la première incursion de Preminger dans ce sens-là, et d’ailleurs c’est un des films de Preminger qui est le moins bavard. Dixon répugne à parler, il ne donne jamais d’explication, sans doute parce qu’il en est incapable. On note que tous les personnages gravitent autour de lui, comme s’il était le seul intérêt du metteur en scène.

     Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Dans la bagarre, Kenneth Payne est tué 

    Il y a donc une vraie évolution dans la manière de Preminger d’aborder le film noir, et cela va se traduire par des modifications fondamentales. La plus évidente est qu’il va introduire de nombreuses scènes de rue, souvent on en montre la crasse et le délabrement. La patrouille de Dixon débouche sur des artères surpeuplées éclairées au néon. Il ira récupérer aussi le sinistre Bender en l’arrachant de cette foule qui ne le protège pas vraiment et en l’enfournant dans le taxi. De même il y aura très peu de scènes éclairées à la lumière du jour. En ce sens la photographie de Joseph LaShelle respecte encore plus que dans les autres films de Preminger les codes du film noir, comme cette manière de situer le point lumineux parmi les ombres de la nuit. Il y a également une volonté de saisir les personnages dans leur intimité. Dixon pénètre chez Morgan après avoir reçu une raclée de la part des sbires de Scalise. Il dérange évidemment son propre désordre de la nuit. Il fera de même en se rendant chez son ami Klein pour lui emprunter de l’argent. On saisira le couple Klein dans son logis assez pauvre, la femme décoiffée, en chemise de nuit. Il y a également la saisie de ces ombres fuyantes qui sont comme la contrepartie du cauchemar de Dixon. La scène du bain turc est filmée en saisissant les volutes de vapeur qui rendent l’action irréelle. Preminger multiplie aussi les angles et les modifications de la focale, passant du plan d’ensemble au gros plan notamment pour faire mieux ressentir l’isolement de Dixon, ou encore pour l’opposer au visage ouvert et lumineux de Morgan. Car Dixon ne sourit pas, il souffre et on souffre avec lui en se demandant comment il va bien pouvoir s’en tirer.

     Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Mark se débarrasse du corps 

    L’interprétation c’est la reconstitution du couple Dana Andrews-Gene Tierney, entre 1941 et 1950 ils auront tourné quatre films ensemble, Laura était déjà leur troisième. Mais il faut bien le dire, c’est Dana Andrews qui occupe la première place. Il est assez différent de ce qu’il a fait avant, et je crois qu’il trouve là un de ses meilleurs rôles. Il découvre en effet une fragilité inattendue, même s’il affiche par la force de l’habitude une hargne et une volonté sans faille. Il doute et ça se voit. Il s’éclaircit tout de même au contact de Morgan, introduisant de l’humanité dans son jeu. Morgan c’est Gene Tierney. Son rôle est assez bref, mais outre qu’elle illumine le film par sa beauté, elle montre une large palette de son talent. Elle est sans doute meilleure que dans Laura. Les seconds rôles sont très travaillés, particulièrement les policiers un peu fatigués. On retrouvera entre autres dans le rôle de lieutenant Thomas, un débutant, Karl Malden qui allait devenir le grand acteur que l’on sait. Bert Freed est Klein, l’alter ego de Dixon, l’ami qui essaie de le freiner un peu. Les gangsters sont pas mal aussi. Gary Merrill introduit une manière intéressante de jouer Scalise en lui donnant un côté précieux et joueur, éloigner de la brute humaine. A ses côtés il y a encore Neville Brand, un habitué de la série B, dans le rôle de Steve qui finira par vendre toute la bande, et puis l’excellent Don Appell dans le rôle de Bender. On ne peut pas les citer tous, mais ces figures très emblématiques du film noir sont très bien dessinées, notamment le père de Morgan, le vieux chauffeur irascible qui admire tant Mark Dixon. L’ensemble de la distribution est très homogène.  

    Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950

    Mark Dixon interroge la belle Morgan Taylor 

    Preminger a voulu très certainement durcir son style, être moins bavard, moins théâtral et c’est réussi, il n’y a rien de précieux dans son film. Il y a de très belles scènes d’action, très fluides et très violentes, que ce soit les bagarres avec Payne, ou avec la bande à Scalise dans le bain turc, ou la scène de fuite dans le garage par le monte-charge. Les coups pleuvent dru et semblent très réalistes, de même les gifles que reçoit Morgan de la part de celui qui est encore son mari. Ces scènes dans ses autres films, Preminger les évitait, notamment dans Fallen angel où la violence n’est pas représentée – on ne verra même pas le cadavre de Stella.  Ce caractère cru va d’ailleurs très bien avec cette volonté de montrer la ville comme une source de violence potentielle et physique. Cette violence lui permet de représenter les scènes avec Gene Tierney dans le restaurant de Martha par contraste comme des oasis de douceur, le plus souvent brisés par les nécessités du devoir. 

    Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Le lieutenant Thomas arrête le père de Morgan, pensant tenir le coupable 

    Le film qui était doté d’un budget conséquent, n’a pas reçu un très bon accueil de la critique au moment de sa sortie, et son succès public n’a pas été grandiose. Il aura fait tout de même son million de dollars de bénéfices aux Etats-Unis. On y retrouve les tics habituels de Preminger à cette époque comme les multiples fondus-enchaînés, mais il est possible que sa violence, surtout venant d’un policier sensé protéger les citoyens ait rebuté les spectateurs. Pourtant avec le temps ce film se bonifie, je trouve que c’est même un des meilleurs films de Preminger. Les multiples rééditions de ce film en DVD puis en Blu ray ont permis de le réévaluer, d’en comprendre toutes les finesses aussi bien de l’intrigue que de la réalisation proprement dite. Il est maintenant très courant d’en dire du bien, après qu’on l’ait plutôt regardé comme un simple film policier, bien fait, mais banal. 

    Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950 

    Morgan est abattue

     Mark Dixon détective, Where the sidewalk ends, Otto Preminger, 1950

     Mark Dixon a un rendez-vous dangereux avec Scalise

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •   Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949

    C’est un film assez banal que Preminger va tourner pour la 20th century Fox chez qui il était sous contrat. Il fallait bien qu’il fournisse son quota de films s’il voulait s’en libérer. Whirlpool est tourné dans la foulée de Fallen angel. Il fallait évidemment trouver un sujet et une équipe. Otto Preminger va choisir un roman de de Guy Endore – né Samuel Goldstein – et qui sera poursuivi lui aussi par l’HUAC. Il était en effet membre du parti communiste. Mais ce n’est pas pour ça qu’il est connu, c’est pour ses histoires de loup-garou. On vient d’ailleurs de rééditer en 2016, en français, Le loup-garou de Paris chez Naturellement. Il fut aussi un ardent combattant de l’anti-racisme. Methinks the lady qui sera réédité plusieurs fois sous des titres différents présente la particularité d’être écrit à la 1ère personne, mais comme si l’héroïne s’adressait à elle-même. Le récit est également saturé de réflexions plus ou moins pertinentes sur le sexe et la psychanalyse. Relier le crime et la psychanalyse était du reste à la mode à cette époque. 

     Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Ann Sutton se fait arrêter par l’inspecteur d’un grand magasin dans lequel elle a volé une broche de 300 $. David Korvo qui assiste à cette arrestation intervient pour éviter à Ann d’être jugée et donc d’avouer sa kleptomanie à son mari, un brillant psychanalyste. Il va en profiter pour nouer une relation avec Ann en lui faisant croire qu’il peut la soigner et donc qu’elle est malade. Malgré ses doutes sur les intentions du docteur Korvo, elle va se laisser prendre. On s’aperçoit que Korvo est une sorte de charlatan, un peu astrologue, un peu hypnotiseur qui oasse son temps dans des mondanités qui lui amènent des clients. Ann qui est sous son emprise se dispute avec Theresa Randolph qui est aussi une cliente du docteur Sutto et une ancienne patiente de Korvo qui tente de la mettre en garde contre lui. Tandis que William Sutton le mari d’Ann est à San Francisco pour une conférence, Ann va voler les disques où sont enregistrées les conversations entre le docteur Sutton et Theresa Randolph. Ann est sous hypnose, elle va cacher les disques chez Theresa Randolph qu’elle va découvrir assassinée, étranglée. Rapidement la police se trouve sur les lieux et tout va accuser Ann qui manifestement ne se souvient plus de rien. William Randolph revient de San Francisco pour seconder sa femme dans l’épreuve. Tout semble accuser Ann. De fil en aiguille les enquêteurs se mettent aussi sur la piste de Korvo car on apprend qu’il devait rembourser 60 000 $ à Theresa Randolph qui s’apprêtait à porter plainte contre lui. Mais Korvo a un alibi en béton puisque tandis que Theresa Randolph se faisait assassiner, il se faisait opérer de la vésicule biliaire dans un hôpital. Sutton va essayer de trouver les disques, mais il se rend compte qu’ils ont été volés. Il va donc vouloir mettre Ann à l’épreuve en la faisant retourner sur les lieux du crime, espérant qu’ainsi elle livrera la vérité et dira où les disques ont été cachés. Korvo est à l’hôpital, Colton va lui rendre visite. Mais il manque d’arguments. Peu après une infirmière apprend à Korvo que la police recherche les disques dans toute la ville. Korvo s’autohypnose pour chasser la douleur et s’en va retourner chez Theresa Randolph pour récupérer les disques. Il commence à les écouter, mais Colton et le couple Sutton débarquent en même temps. Korvo ne peut plus s’échapper, et malgré la menace de son revolver, il ne s’en sortira pas. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Ann Sutton se fait arrêter alors qu’elle vient de voler une broche 

    Le scénario est dû à Ben Hecht, avec qui Preminger retravaillera. En vérité le scénario avait été signé Lester Barrow parce que Ben Hect, très engagé à l’extrême gauche, était un ardent défenseur de la cause sioniste, ce qui ne plaisait guère aux Anglais[1]. Il fera de même pour Where the sidewalk ends qu’il signera du nom de Rex Connor, sans doute pour les mêmes raisons. Ann est une kleptomane et elle préfigure clairement Marnie de Hitchcock. Mais le film va rapidement d’éloigner du drame et avancer vers l’énigme distractive. L’histoire accumule les incongruités, par exemple l’affolement de Korvo quand il pense qu’on va retrouver les disques. La facilité avec laquelle Korvo séduit et manipule Ann. Mais laissons cela. Le thème central n’est pas le fait qu’Ann aurait été traumatisée par le comportement de son père comme il est dit, mais bien plutôt qu’Ann est une femme sous influence et c’est cela qui rend son combat pathétique. D’abord celle de son père, puis celle de Korvo, et son mari se reproche curieusement de ne pas l’avoir lui-même manipulée pour la sauver d’elle-même ! Si la kleptomanie est considérée comme une maladie, ce n’est pas parce qu’on vole un objet dont on a nul besoin, mais parce que le vol est destiné à s’affirmer, à se donner une identité et donc peut-être même à se faire prendre et punir pour redonner la place qui est destinée au voleur. Korvo semble d’ailleurs faire un diagnostic juste, Ann est une femme délaissée et pas heureuse. Elle ment à son mari et elle se ment à elle-même. Korvo et William Sutton se livrent à un combat sans merci pour la possession d’Ann. Si Sutton en possède le corps, Korvo voudrait bien en posséder l’âme. Ann est donc une parfaite femme-objet. Elle n’existe pas vraiment, sauf quand elle transgresse les règles. Colton arbitre cette bagarre et sa préférence va du côté de Sutton, parce qu’il a perdu sa femme et donc parce qu’il redoute sa solitude autant qu’il a la nostalgie de la vie de famille. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Ann s’est endormie 

    C’est seulement dans ses rapports à l’ambigüité des personnages que Whirlpool peut être vu comme un film noir. Les références un peu farfelues à la psychanalyse, ne sont là que pour faire ressortir cette ambigüité. Si Korvo est une canaille, William Sutton apparaît comme un bouffon. En effet non seulement il ne s’est jamais rendu compte des troubles de comportement de sa femme, ce qui paraît étonnant pour un psychanalyste de renom, mais ensuite cet incapable prétend reprendre les choses en main et guérir Ann ! Elle redeviendra d’ailleurs très passive à la fin du film, alors qu’elle avait manifesté tout de même pas mal de volonté. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    David Korvo prétend soigner Ann 

    Preminger s’est ici appuyé sur un grand photographe, Arthur C. Miller. Celui-ci a tourné avec les plus grands réalisateurs d’Hollywood. Mais à l’évidence il n’était pas fait pour le film noir. On ne trouvera dans ce film pratiquement aucun code visuel du film noir. On pourrait dire que c’est aussi pour ça que le film n’est pas assez sombre et qu’on a du mal à s’attacher aux personnages. Pour le reste, c’est très bien filmé, les cadres sont travaillés, les mouvements d’appareil sont comme toujours chez Preminger remarquables, notamment quand il utilise la grue dans des petits espaces pour donner plus de densité à l’histoire. Mais ça donne un aspect bien léché qui nous laisse un peu froid. Peu de scènes sortent du lot. Peut-être les moments où Ann se trouve interrogée par la police. Même les scènes à l’hôpital restent assez faibles, avec des décors trop stylisés. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Ann prétend ne se souvenir de rien 

    C’est évidemment l’interprétation qui va sauver le film de l’ennui. D’abord Gene Tierney qui, dans le rôle d’Ann Sutton, domine de toute sa grâce tourmentée. Elle est Ann, à la fois passionnée et troublée. C’était la deuxième fois qu’elle travaillait avec Preminger, elle fera encore deux films avec lui, le superbe Where the sidewalk ends et beaucoup plus tard, en 1962, Advise and consent. Elle est excellente. Richard Conte dans le rôle de son mari est bien moins convaincant, on a l’impression qu’il ne sait trop ce qu’il doit faire. Il est moins bon que d’ordinaire.  José Ferrer qui était encore un acteur débutant incarne le louche David Korvo. Il fait une belle composition, mélangeant allégrement le sadisme et la séduction, la position fragile de l’escroc et la détermination du criminel. Charles Bickford dans le rôle du policier Colton est sans cabotinage un très crédible policier qui tente de respecter les obligations de sa charge et d’introduire aussi un peu d‘humanité. Je le trouve excellent avec sa silhouette qui se voute comme s’il portait toute la misère du monde sur ses épaules. On note qu’il avait déjà tourné avec Preminger, c’était dans Fallen Angel, confirmant ainsi le goût de Preminger pour travailler toujours un peu avec les mêmes équipes. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Elle ne peut éviter l’emprisonnement 

    Manifestement ce n’est pas un film qui reste gravé dans les mémoires, malgré des qualités évidentes sur le plan cinématographique. Et ce n’est pas ce que Preminger retenait de plus intéressant dans sa carrière, le succès a été mitigé et la critique réservée. Néanmoins, malgré toutes ces réserves, c’est un film très agréable à regarder avec un très bon rythme, mais on attend tout de même un peu plus d’un grand réalisateur comme Preminger. Ce sera chose faite et bien faite avec son prochain film, le magnifique Where the sidewalk ends. 

    Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Colton commence à douter de la sincérité de Korvo

     Le mystérieux docteur Korvo, Whirlpool, Otto Preminger, 1949 

    Korvo les menace avec un revolver

     

    [1] A cette époque, la gauche américaine et européenne n’était pas anti-sioniste, bien au contraire.

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique