•  No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963

    Coproduction franco-espagnole, No temas a la ley, est un film à tout petit budget dans lequel on retrouvera quelques habitués du cinéma de Frédéric Dard, et d’abord Victor Merenda. Le film est basé sur un très bon roman qu’on dit être d’Yvan Noé, un vieux réalisateur dont le principal de la carrière s’est réalisé avant la guerre dans des comédies légères. On attribue également le scénario à Yvan Noé en 1963 donc alors qu’Yvan Noé est mort cette année-là. C’est tout juste si ce n’est pas un mort qui a travaillé la main dans la main avec Merenda ! Evidemment nous n’aurons probablement jamais la preuve que Dard a travaillé au roman et sur le film. Cependant comme on va le voir plusieurs indications donne du corps à cette hypothèse. J’ai lu les cinq romans policiers signés Yvan Noé, et le style fait penser à celui de Frédéric Dard, la phrase est sobre, le vocabulaire est précis et l’intrigue bien construite. Le titre parait aussi être décalqué de Raccrochez c’est une erreur dont la version française avait été écrite par Odette Ferry.

      No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963

    Jean Farrand est un ancien joueur de football français qui a fait sa carrière à Barcelone et qui maintenant dirige une agence de voyage. Il accompagne sa femme qui va prendre le train pour aller se soigner à Megève. En s’en retournant il roule doucement sous la pluie, mais il va heurter une jeune femme, Micaela, et la renverser. Plus de peur que de mal, celle-ci finalement l’invite chez elle, puis après lui avoir servi à boire, elle lui signale qu’elle a perdu dans l’accident un bijou de prix. Ferrand ne barguigne pas, il lui fait un chèque royal, s’étant culpabilisé de cet accident un peu absurde. Puis il rentre chez lui. Le lendemain, alors qu’il part à son bureau, il se rend compte qu’il a oublié sa montre chez Micaela. Il va y retourner, mais l’immeuble est envahi par la police car Micaela a été assassinée. Dès lors il va se retrouver en fuite, car tout l’accuse, et principalement la montre oubliée marquée à son nom. Dans sa fuite il va trouver cependant de l’aide d’abord sa secrétaire qui ment ouvertement à la police, puis un détective Bruno qui va se lancer sur la piste de Micaela qui semble être coutumière de l’entôlage. Mais alors qu’il s’approche du but, Bruno va être tué par celui qui suit sans relâche Ferrand. Traqué de toute part, Ferrand va rencontrer le véritable assassin et le tuer en légitime défense. Pendant ce temps, Flora est revenue de Megève car elle a compris que son mari ne peut pas être l’assassin. La police est partagée sur la culpabilité de Ferrand, si l’inspecteur le croit coupable, par contre le commissaire trouve que l’accumulation d’indices est un peu trop grossière pour être réelle. Dans un final assez curieux, Ferrand sera finalement disculpé et pourra retrouver sa tendre épouse.

    No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963  

    Ferrand a renversé Micaela 

    Outre l’accident de voiture qui est semblable à celui qu’on trouve dans L’homme de l’avenue, il y a d’autres similitudes avec des œuvres de Dard, et particulièrement avec des épisodes de Kaput. Par exemple le chantage que le propriétaire de l’hôtel tente d’exercer, ou encore la façon dont Ferrand se planque pour la nuit en louant les services d’une prostituée. C’était une habitude de Dard que de recycler les bonnes idées et c’est ce qui lui permettait de produire beaucoup et vite.

    Le scénario du film a été transposé de Paris à Barcelone sans doute pour des questions de co-production. Ce film ressemble dans son modèle de production à ceux que Dard a écrits pour José Antonio de la Loma. Des acteurs de second ordre dont la carrière piétine à Paris, un bricolage au niveau de la réalisation accompagnent un tout petit budget. Tentations de José Antonio de la Loma débute d’ailleurs avec une idée empruntée au premier épisode de Kaput, La foire aux asticots. Les simplifications abusives qu’on a opéré pour le film mettent un peu plus en valeur les personnages secondaires comme Flora, l’épouse, ou la secrétaire de Ferrand, un peu comme si on doutait de pouvoir centrer le film sur le seul personnage de l’ancien sportif. La fin est également complètement bâclée et on ne saura jamais pourquoi le commissaire ne croit pas à la culpabilité de Ferrand, il n’y a en effet pas de preuve qui le disculpe sérieusement.

     No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963 

    La police cherche Farrand 

    Si le scénario est bancal, quoiqu’il s’appuie sur un solide roman, la réalisation frise la nullité absolue. Merenda pouvait faire illusion avec Sursis pour un vivant, essentiellement parce qu’il s’appuyait sur un scénario un peu plus travaillé, un très bon photographe et sur des acteurs chevronnés. Ici la mise en scène est des plus plates, cadré de près les acteurs ont l’air peu à l’aise, ça manque de nerf. Même le décor de l’immeuble où habite Susana qui a été construit par Gaudi ne donne aucun cachet particulier au film. Souvent tourné dans les décors naturels de Barcelone – on verra même le Camp Nou – cela reste étriqué. Merenda ne savait sans doute pas faire bouger une caméra. Tout est statique dans ce film. Les scènes qui sont censées dévoiler les jeunes femmes frisent le ridicule, certes nous sommes encore à l’époque de Franco, mais cela ne suffit pas. Et encore je passe sur la prostituée que lève Ferrand pour pouvoir se planquer.

     No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963 

    Flora apprend que son mari est recherché pour meurtre 

    Le film n’est pas aidé non plus par les acteurs en bois qui ont été engagés pour cette réalisation. Frank Villard qui avait tenu le premier rôle dans la pièce Bel Ami que Dard avait adaptée de Maupassant, était aussi dans la distribution du Crime ne paie pas est incapable de tenir un premier rôle. Au lieu d’être effrayé, il a l’air complètement ahuri. Les acteurs espagnols ne sont pas à l’honneur, que ce soit Marisa Prado qui incarne Flora, ou même Maria Mahor qui tient le rôle de Micaela. Et je ne dis rien de l’acteur qui joue Toni et qui est censé être un tueur diabolique. Mais plusieurs acteurs surnagent de ce naufrage : d’abord Fernando Sancho dans le rôle du propriétaire de l’hôtel. Il se recyclera ensuite dans des westerns spaghetti tournés en Espagne où il jouera les méchants mexicains. Il y a ensuite Dario Moreno qui fait ce qu’il peut pour donner un peu de vie à son rôle de détective et enfin Dany Carrel dans le bref rôle de la secrétaire dévouée. On notera la curiosité de l’apparition de Broderick Crawford, cet immense acteur qui s’illustra dans le film noir fait seulement un clin d’œil amical.

    No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963  

    Bruno va aider Ferrand à découvrir la vérité 

    On classera ce film au rang des curiosités cinématographiques, comme un exemple de ce qui ne faut pas faire pour gâcher un bon scénario. Ce film au destin incertain, mollasson en diable, aura subi toutes les avanies : la réédition en DVD dans la collection bien nommée Les invisibles du cinéma français est d’une qualité médiocre pour ne pas dire plus. Mais enfin on s’en contentera en attendant que cette même firme nous ressorte les films de José Antonio de La Loma. On l’y encourage vivement !

     No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963 

    Ferrand est face à l’assassin

     No temas a la ley, Le cave est piégé, Victor Merenda, 1963 

    Eugenio veut faire chanter Farrand

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  • Loving, Jeff Nichols, 2016

    Le scénario est basé sur une histoire vraie qui est devenue aux Etats-Unis une cause célèbre emblématique de la lutte contre la ségrégation. Richard Loving vit avec Mildred Jeter. Celle-ci tombant enceinte, ils décident de se marier. Mais ils ne peuvent le faire en Virginie qui interdit les mariages interraciaux. Ils vont donc aller concrétiser leur union à Washington. Déjà alors que le ventre de Mildred ne cesse de s’arrondir, ils font des projets. Richard qui est maçon a acheté un terrain et veut construire une maison pour toute sa famille. Sans trop se préoccuper de la loi, ils mènent leur petite vie paisible, jusqu’au jour où le shérif vient les arrêter comme des criminels et les mettre en prison. Ils paieront les cautions nécessaires, mais le juge leur interdit de se trouver ensemble ans l’Etat de Virginie pendant les 25 prochaines années ! Autant dire qu’ils doivent déménager et s’établir en dehors de l’Etat. C’est la mort dans l’âme qu’ils doivent quitter leur famille. Mais le temps passant, alors que leur famille s’est agrandie, Mildred va vouloir revenir dans son pays. Dès lors ils n’ont plus comme choix que d’utiliser l’aide de l’ACLU pour tenter de casser le jugement qui les a éloignés de leurs racines. Pour cela il leur faudra aller jusque devant la Cour Suprême. Ils gagneront et cela modifiera radicalement la loi dans les Etats encore ségrégationnistes. Richard reviendra sur les terres où il a acheté un terrain et construira la maison de leur rêve de ses propres mains.

    Loving, Jeff Nichols, 2016  

    Richard monte des murs 

    Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas un film sur le caractère borné et inhumain des lois racistes qui sévissaient encore aux Etats-Unis dans certains Etats. Il y a eu sur ce thème quelques films américains qui peut-être ont aidé à faire bouger les choses. Parmi ceux dont j’ai le souvenir il y a Night of the quarter moon de Hugo Haas qui date de 1959[1], donc contemporain de l’affaire Loving si on veut. L’imbécilité de ces lois raciales n’est ici que le cadre d’un film à la gloire de la famille et de l’amour. Que le titre soit Loving est d’ailleurs tout un programme. Jeff Nichols met d’abord en scène la solidité d’un couple qui permet de triompher de toutes les absurdités de la vie sociale. En effet on ne verra à l’écran jamais le couple se déchirer, avoir des opinions divergentes, malgré la lassitude des longues procédures et de l’angoisse de l’échec. Au contraire c’est dans leur entente que se trouvent les raisons de leur triomphe. On remarquera au passage que c’est un couple très traditionnel : le mari maçon travaille dur et entretient sa famille, la femme s’occupe des enfants, cuisine et s’occupe de son ménage. La seule chose qui devait semblait étrange aux habitants de Virginie est que le mari était blond comme les blés et la femme noire. L’autre originalité du scénario c’est qu’il est aussi comme une ode au prolétariat. Richard a pris l’habitude de longue date de travailler aussi avec des noirs, mais ces noirs sont d’abord des prolétaires, c’est-à-dire des gens dont les désirs sont très modestes et simples, des gens « sains ». D’ailleurs ils ne songent pas à enfreindre la loi, au contraire, c’est seulement quand cette loi apparaît injuste (illégitime on dirait aujourd’hui) qu’ils la contournent avant de la combattre frontalement. Avant tout ils recherchent leur tranquillité et Richard aura bien du mal à admettre qu’il faille passer des années et des années pour obtenir gain de cause.

    Le scénario conserve beaucoup de subtilités. Ainsi la police et le juge qu’on peut considérer comme les ennemis des Loving, ne sont pas des caricatures, ils se servent de leur éducation spécifique pour soutenir leur propre rationalité. On remarquera que le shérif n’est pas méchant, « j’ai pitié de vous » dit-il à Richard avec sincérité, alors qu’il s’apprête à lui pourrir la vie et pour longtemps. Les arguments du juge pour condamner les Loving reposent sur une lecture singulière de la Bible, expliquant que les races ayant été séparées par Dieu, il n’y a aucune raison de les réunir ! Peut-être que cette approche religieuse et bornée de la réalité nous fait mieux comprendre pourquoi les Etats-Unis sont empêtrés aujourd’hui avec un président clownesque qui reprend les vieux poncifs conservateurs de ce pays.

     Loving, Jeff Nichols, 2016 

    Alors que Mildred est enceinte, ils comparaissent devant le juge pour avoir violé la loi de Virginie 

    C’est un film avec un budget assez moyen. La réalisation est claire et limpide, bien léchée si on peut dire, avec une belle photo. Mais contrairement à ce qui a été dit au moment de sa projection à Cannes elle présente quelques lacunes. La principale est que Mildred et Richard veulent vivre à la campagne et ils souffrent dès lors qu’ils sont obligés de s’exiler à la ville, or Jeff Nichols n’use pas correctement des beaux paysages de la Virginie pour appuyer ce désir. Il en tire seulement des sortes de chromos sans profondeur. Par exemple il glisse très vite sur la campagne sous la neige. Et pourtant malgré cette rapidité dans l’usage des décors naturels, le rythme reste très lent, manque de vivacité. La contrepartie de ce parti pris est que Nichols multiplie les gros plans et les cadrages serrés, ne laissant guère son film respirer. C’est le cas aussi bien dans les scènes avec les avocats, que dans les scènes où Richard partage des moments d’amitiés avec des noirs dans les bars. On peut juger aussi que Richard monte toujours le même mur en tant que maçon, alors que sans doute dans la réalité il doit avoir une approche de son métier un peu plus complète.

     Loving, Jeff Nichols, 2016 

    L’avocat vient de sauver une nouvelle fois le couple de la prison 

    En vérité la force du film repose essentiellement sur l’interprétation et donc sur les deux acteurs qui incarnent le couple Loving. Joel Edgerton est impressionnant dans le rôle du taciturne Richard. S’il est peu bavard, il arrive cependant à faire passer ses sentiments dans des gestes très particuliers, très simples aussi. Il avait déjà travaillé avec Jeff Nichols, mais ici il est complètement transformé, méconnaissable. La variété de son jeu est impressionnante, je pense à tout ce passage où il se saoule après avoir remporté avec ses amis une course automobile. Il va passer de l’incompréhension à la détresse et finira par se réfugier dans les bras de son épouse. Ruth Negga incarne Mildred avec beaucoup de tendresse et de finesse, elle est excellente aussi, tout le long du film elle s’émancipe non seulement en tant que femme, en prenant de plus en plus de responsabilité dans son couple, mais aussi en tant que noire en acceptant la bataille contre une loi inique. Les deux acteurs arrivent très bien à rendre cette timidité latente des classes dites inférieures face aux journalistes ou à la justice. Tous les autres acteurs sont bons bien sûr, mais ils ne sont là que pour mettre en valeur le couple Loving, que ce soit les avocats ambigus de l’ACLU, le juge qui débite des sornettes pour justifier l’injustifiable, ou encore que ce soit le shérif.

    On peut dire que le film est un biopic, avec reconstitution d’une époque révolue. C’est souvent difficile, mais ici c’est assez réussi. Rien ne sonne vraiment faux, au contraire. Même Joel Edgerton se met à ressembler à son modèle. Et le physique très singulier de Ruth Negga participe de cette épreuve de vérité.

     Loving, Jeff Nichols, 2016 

    Richard travaille dur et Mildred est son réconfort 

    C’est un film qui force l’empathie pour les héros malheureux d’une loi inique. A ce titre il nous permet de ne pas désespérer du genre humain. On peut trouver évidemment ça un peu niais, ou au contraire réjouissant par les temps qui courent. En tous les cas, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, c’est un très bon film qui a une vraie force et une vraie originalité. Il y a une vraie tendresse non seulement entre les époux, mais aussi du réalisateur envers le couple Loving, et cela se voit et se ressent. En même temps c’est aussi un témoignage indirect sur ce que furent ces années qui accompagnèrent l’arrivée au pouvoir de John Kennedy, il souligne en effet le rôle des manifestations de masse dans le développement d’une conscience sociale, mais aussi le rôle des frères Kennedy qui, quoi qu’on dise, ont contribué à dépoussiéré l’Amérique. 

    Loving, Jeff Nichols, 2016 

    L’avocat Bernard Cohen leur explique la tactique qu’il va utiliser

     Loving, Jeff Nichols, 2016 

    A Washington le couple devient célèbre

     Loving, Jeff Nichols, 2016 

    Les vrais Loving photographiés par Life

     

     


    [1] Film aujourd’hui invisible et oublié mais dont j’ai gardé l’excellent souvenir.

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  •  La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    A cette époque-là, Dard travaillait à la commande et beaucoup pour un peu n’importe qui. La fille de Hambourg est une commande de José Benazeraf qui commençait à s’exercer au métier de producteur, et qui passera quelques années plus tard à la réalisation de films très curieux qui mêlaient des trames de films noirs à un érotisme soft et qui ensuite sombra dans le porno hard et sans intérêt. A l’initiative de ce curieux personnage, Dard fit donc le voyage jusqu’à Hambourg pour visiter la ville et essayer d’en tirer un scénario. Le travail ne s’est pas déroulé dans la sérénité. Les disputes entre Dard et son producteur furent nombreuses et principalement pour des raisons pécuniaires.  Le film fut un échec et Dard le considérait comme très mauvais, attribuant cela à sa propre paresse, sans chercher à en faire porter la faute sur le producteur et sur le metteur en scène. Pour la petite histoire c’est à cette occasion qu’il en ramena le roman Coma qui est un des meilleurs opus du cycle des « romans de la nuit ». Même si le film n’est pas excellent, il recèle cependant quelques scènes, quelques idées d’atmosphère, intéressantes. Encore que pour les apprécier, il faille sans doute être un peu obsédé par la littérature dardienne et sa périphérie, un peu maniaque tout de même.

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Quand Pierre était prisonnier Maria lui donnait des cigarettes 

    Pierre a connu Maria en 1943, à Hambourg, alors qu’il était prisonnier de guerre et qu’il travaillait sur le port. Elle lui portait des cigarettes ce qui le soulageait de sa peine. Il a gardé d’elle un souvenir ébloui, et bien que, la guerre terminée, il ait continué sa vie, il ne l’a pas oubliée. Quinze ans plus tard, il revient dans cette ville qui est en pleine reconstruction. Il débarque d’un navire, Le nantais, avec deux copains pour y faire une virée dans les quartiers un peu chaud. Mais Pierre tente fiévreusement d’abord de retrouver Maria. Ce qui se révèle impossible car la ville a changé du fait de sa nécessaire reconstruction et les personnes ont été déplacées. En désespoir de cause il rejoint Georges et Jean-Marie. Tous les trois vont admirer les filles dans les vitrines, puis se rendre dans un cabaret où le clou du spectacle est un combat de catch féminin dans de la boue ! Le hasard faisant bien les choses, Pierre tombe exactement sur Maria qui fait partie de ce spectacle un peu dégradant et vulgaire. Ils vont donc renouer des relations aussi brèves qu’ambiguës. D’abord parce que Pierre se révèle très jaloux et décontenancé par la transformation de Maria. Ensuite parce que celle-ci a été aigrie par la vie, et maintenant elle s’active dans le demi-monde, entre prostitution et petites combines sur le port. Dans un premier temps elle tient Pierre à distance, mais bientôt celui-ci va l’accompagner dans sa virée dans les bars louches du port. Il y a les trafics et les démêlées avec la police et la douane. Les petites disputes entre les deux amants. Mais Pierre sait qu’il ne pourra rester à Hambourg, d’ailleurs il apprendra à Maria qu’il est lui-même marié en France. Entre temps il a dépensé pour la tirer d’embarras tout l’argent que ses copains lui avaient confié. Comme le bateau doit repartir le lendemain matin, Pierre un peu amer décide de quitter Maria et de partir à la recherche de ses amis. Ils sont sans un sou, et Georges est complètement ivre. Ils se tirent difficilement d’embarras sous la menace d’un maquereau local qui s’estime volé. Georges et Jean-Marie vont rejoindre le bord, tandis que Pierre va vouloir refaire une ultime visite à Maria. Mal lui en prend, il tombe en effet sur le maquereau atrabilaire qui le poignarde à mort. Pierre a encore la force de se faire conduire chez Maria. Celle-ci cependant a perdu entre temps le goût de vivre et se paie un suicide médicamenteux. Pierre en effet lui a révélé par son retour le vide de son existence. Les deux amants vont mourir séparément des deux côtés de la porte de l’appartement de Maria.

     La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Pierre va chercher Maria dans Hambourg en pleine reconstruction 

    L’idée générale en vaut bien sûr une autre et rappellera Francis Carco ou Pierre Mac Orlan qui furent aussi un peu des maîtres pour Frédéric Dard, mais le premier constat c’est que le film part un petit peu dans tous les sens. On en oublie l’intention première, la quête d’une femme qu’on a aimé, non pas pour ce qu’elle est vraiment, mais plutôt pour ce qu’on a imaginé qu’elle pourrait être. C’est ça qui était intéressant, et puis tous les efforts que Maria tente de faire pour se mettre à la hauteur finalement de cette image. Autrement dit l’amour c’est d’abord un rêve qui appartient à la personne amoureuse, et il arrive très rarement que ce rêve corresponde à quelque chose de réel, même en faisant des efforts. Pierre est finalement très déçu lorsqu’il a fini de consommer sa brève nuit d’amour avec Maria, nuit qu’il avait certainement fantasmée durant quinze ans. Le fait d’avoir situé cette histoire dans le port d’Hambourg était aussi une excellente idée parce que la nuit y développe une poésie particulière, et ce d’autant que la ville se modernise et tente tant bien que mal d’oublier son passé lié à la guerre et à la défaite. Mais pourtant l’ensemble ne fonctionne pas très bien, principalement parce que l’histoire tourne en rond et ne progresse pas alors même que s’accumule les incidents de parcours. On comprend bien l’idée de faire accompagner Pierre de deux copains dans cette quête, c’est destiné à montrer le décalage entre des ambitions concrètes et un peu vulgaires et la soif d’absolu.

    La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958  

    Dans un cabaret Pierre retrouve Maria 

    Yves Allégret n’a pas une très grande réputation, on lui reconnait pourtant quelques belles incursions dans le film noir : Dédé d’Anvers, Manèges ou encore Une si jolie petite plage. Il mettra en scène Johnny Banco qui est une adaptation d’un roman signé Frédéric Valmain, Le flamenco des assassins[1]. On sait aussi que Dard et Allégret se fréquentaient très régulièrement. Dans La fille de Hambourg, il ne semble pas que le talent d’Yves Allégret soit en cause, c’est un très bon technicien qui, sans doute par paresse n’a pas fait une meilleure carrière. Au contraire, c’est plutôt bien filmé. Il y a d’abord une très belle utilisation des décors naturels, et une aisance à en saisir la lumière. C’est un film que se veut nocturne et qui s’achèvera à l’aube grise. L’idée même de cette dérive de Pierre qui fait le choix de suivre Maria dans ses pérégrinations tortueuses est excellente puisqu’elle permet de faire vivre le peuple de la nuit d’un grand port. C’est donc plutôt le rythme qui ne suit pas. Les longs tête à tête trop bavards de Pierre et de Maria accroissent ce sentiment de lourdeur. Ça manque d’émotion, comme ça manque d’érotisme, les scènes de lit sont assez manquées.

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Pierre suit l’errance de Maria dans ses louches combines 

    A mon sens c’est l’interprétation d’Hildegarde Neff dans le rôle de Maria qui est le plus problématique et qui plombe le film. Sans humour, sans glamour, et même sans romantisme, elle reste bien trop froide et rigide pour nous intéresser vraiment. On l’aurait plutôt vu jouer une espionne allemande, une Greta, dans les premiers San-Antonio. Certes on comprend bien que son rôle exige une forme de dureté puisque c’est cette dureté qui assure sa survie, mais elle n’arrive jamais à s’humaniser, même quand elle pleure ! A ses côtés on va retrouver quelques habitués du cinéma de Dard. Et en premier lieu Daniel Gélin qui joue Pierre. Il n’est pas très à l’aise, passant d’un personnage jaloux et vindicatif à un amant passif qui subit sans broncher les pires avanies tout en fumant cigarette sur cigarette. Jean Lefebvre est l’ami de Pierre, le lunaire Georges, un peu insouciant, un peu à côté de lui-même. Daniel Sorano dans le rôle de Jean-Marie est très bon, il complète la partie française de cette coproduction. Peut-être qu’un peu plus de poésie aurait pu surgir de ce film avec une meilleure direction d’acteurs.

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Pierre raccompagne Maria chez elle 

    La critique a été sévère avec ce film, peut-être trop. Il reste cependant de très belles scènes, l’ouverture qui rappelle l’époque où Pierre était prisonnier, avec de belles idées pour donner de la profondeur de champ, ou encore la recherche des deux amants du côté des chantiers navals qui présentent une activité assez étrange au milieu de la nuit. En général c’est très bon lorsque les deux amants sont dans des situations extérieures, comme le bouge où Maria va chercher son manteau de fourrure. Ça rappelle L’opéra de quatre sous de Brecht, et je pense que c’est ce que visait Allégret. Les personnages qui les entourent sont drôles, peu conventionnels et finalement très vivants. Il est vrai qu’on a un peu de mal à suivre le développement des louches combines de Maria et même l’action de la police ! Sur le port alors que la police trouve un révolver dans une serviette en cuir, un personnage s’évade par la fenêtre, sans que la police ne s’en préoccupe pour autant. La perquisition de l’appartement de Maria est aussi très étrange.

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    La police perquisitionne l’appartement de Maria 

    S’il y a de très bonnes idées, au final, ce n’est pas un bon film. Dard en avait un peu honte, et chaque fois qu’il en parlait, il se rabaissait volontiers en même temps qu’il rabaissait le film. Il y a cependant une très belle photo d’Armand Thirard, et aussi une excellente musique. Malgré cet échec et malgré les disputes, José Bénazéraf et Dard retravaillerons ensemble pour le tournage de L’accident mis en scène par Edmond T. Gréville et adapté d’un autre très bon roman de Dard du cycle des romans de la nuit.

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Maria cherche Pierre sur les chantiers navals

      La fille de Hambourg, Yves Allégret, 1958

    Pierre a été mortellement blessé  

     


    [1] Fayard, 1961. Bien que je ne considère pas tous les Valmain comme étant de la plume de Dard, il me semble bien que celui-ci l’est.

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  • Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959 

    C’est un film plutôt étrange. Adapté d’une nouvelle d’André Maurois, écrivain très célèbre dans les années cinquante-soixante, mais aujourd’hui complètement oublié, le scénario est dû à Frédéric Dard, mais il se murmure qu’il aurait aussi remplacé au pied levé Victor Merenda malade pour la mise en scène. Dard a en effet travaillé plusieurs fois avec Victor Merenda, notamment sur La nuit des suspectes, aussi nommé 8 femmes en noir, et aussi probablement sur Le cave est piégé, tiré d’un roman, Ne raccrochez pas, que pour ma part je pense être de la plume de Frédéric Dard bien qu’il soit signé Yvan Noé[1]. Dard avait probablement connu Merenda sur le tournage de M’sieur la Caille où il était assistant réalisateur. La nouvelle Thanatos Palace Hôtel avait été publiée en 1937 dans le journal littéraire Candide, avant donc qu’André Maurois ne rentre à l’Académie Française[2]. Cette nouvelle a été republiée dans toutes les langues un peu partout, et on la trouve dans le recueil Pour piano seul[3]. André Maurois était un écrivain assez traditionnel, auteur de romans, mais aussi de biographies sur Victor Hugo, Georges Sand ou encore Tourgueniev et le Maréchal Lyautey. Je suis persuadé que l’idée d’adapter cette nouvelle célèbre vient directement de Frédéric Dard, tant elle aborde des thèmes qui seront les siens dans ses œuvres fantastiques.

      Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959

    Jean Monnier est un écrivain un peu neurasthénique qui allant d’échec en échec pense au suicide. Il a un accident de voiture, et il va être contacté par un curieux démarcheur qui lui propose de venir se faire suicider contre espèces sonnantes et trébuchantes à la pension Edelweiss. La curiosité, plus que l’envie de mourir va conduire Jean à se rendre dans cette curieuse pension planté en haute montagne dans un territoire quasi désertique. Arrivé sur place il va rencontrer le curieux propriétaire de cette pension, Borcher, toujours armé d’un fusil de chasse, et les pensionnaires qui, les uns après les autres vont disparaître. Parmi eux il y a la belle Nadia qui en réalité ne veut plus mourir. Jean se propose de venir à son aide, et cela leur permet de nouer une véritable histoire d’amour. Cependant, ils se rendent compte que de quitter la pension est non seulement périlleux, mais aussi plutôt difficile. Il faudrait prendre un téléphérique, mais la clé est en permanence dans les poches de Borcher. Pourtant ils vont y arriver, mais arrivés de nouveau à Paris, alors que Nadia et Jean pensent avoir la paix, Borcher réapparaît et veut récupérer Nadia qui va le suivre sans piper mot. Jean va retourner à la pension où il finira par percer le mystère.

     Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959 

    Jean Monnier est présenté aux autres pensionnaires 

    Les différences entre le scénario de Dard et la nouvelle de Maurois sont nombreuses et portent aussi bien sur la forme que sur le fond. Ecrite en 1937 la nouvelle  est imprégnée des années de crise. Jean est un financier français exilé aux Etats-Unis et qui vient d’être ruiné par l’effondrement de la bourse. Comme en plus il a été lâché par sa femme, il est au comble du désespoir. Dans le film, c’est un simple écrivain attiré par l’insolite. De même dans la nouvelle, s’il rencontre une femme qui va lui redonner le goût de vivre, il n’échappera pas pour autant à son destin. Celle-ci, Mrs Kirby-Shaw, n’est en réalité qu’un instrument de l’institution Thanatos Palace Hôtel qui veut, qu’avant de mourir les clients n’aient plus l’envie de suicide qui est comme on le sait incompatible avec la religion catholique. Ce qui veut dire que dans l’esprit de Maurois, les petits bonheurs fragiles de la vie n’empêche pas l’inéluctable. A l’inverse, dans le film, les deux amants iront vers la vie avec passion et insouciance, tandis que la pension Edelweiss est en réalité une sorte de décor qui camoufle une escroquerie mise en place par Borcher. Ce changement permet de faire passer l’histoire du niveau de la réflexion métaphysique à celui du conte noir, avec in fine un retour vers le réel.

     Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959 

    Ils sont tristes de la disparition du ténor 

    Il s’agit donc bien d’une recréation très personnelle de Frédéric Dard. Et bien sûr tout ce qui sépare Maurois de Dard, c’est cette imprégnation que ce dernier à de la culture du roman noir et du film noir. Chez Maurois, il n’y a nul mystère, chez Dard il y a une intrigue qui doit se dénouer. Le film possède un certain nombre d’atouts, d’abord il est très bien photographié par Quinto Albicoco qui par la suite deviendra un réalisateur estimé. Les décors sont sobres, et les paysages de montagne bien utilisés. Il a cependant le défaut d’être un peu trop théâtral, trop de dialogues où on cherche le bon mot. Et puis il y a aussi ce côté Agatha Christie, à la manière de Dix petits nègres, les clients disparaissent les uns après les autres. Et on se demande qui sera le suivant. Tous les personnages sont typés : il y a l’artiste peintre raté, personnage qu’on retrouvera dans Rendez-vous chez un lâche par exemple, le général allemand nostalgique de la défaite de son armée. Le curieux est qu’à la fin on se rendra compte que tous ces idéal-types font partie du décor. Il sera bon pour ceux qui s’intéressent à la périphérie de la littérature dardienne de voir ce film, non seulement en ayant lu la nouvelle de Maurois, mais aussi en lisant ou relisant Sursis pour un mort signé Marcel G. Prêtre[4], on y trouvera des parentés.

     Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959 

    Le général Funck a mis son bel uniforme pour mourir 

    La mécanique propre à l’histoire ne permet pas de s’attarder sérieusement sur les caractères. Finalement on ne sait pas grand-chose à la fin du film sur Jean Monnier ou sur Nadia. Borcher lui représente le destin massif et cruel, incontournable qui nous attend à tous les coins de rue. Il essaie par contre de conserver un ton grinçant, ironique, pour dévider cette fable. On notera qu’à cette époque Dard se pose déjà la question de la négritude – c’est un thème qui le poursuivra toute sa vie – l’employé fidèle et dévoué de Borcher est un noir taciturne que Monnier croit pouvoir acheter facilement en lui offrant sa montre, un peu comme les missionnaires pensaient corrompre les noirs avec quelques verroteries très clinquantes. Or c’est le noir Bougron qui au contraire le remet à sa place et se moque de lui.

    Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959  

    Monnier affronte Borcher 

    La réalisation est  cependant un peu décousue comme si Merenda ne maîtrisait pas vraiment la grammaire cinématographique, et donc on tombe dans la répétition : Monnier espionne le couloir plusieurs fois dans le film. Borcher répète plusieurs fois qu’il n’y a rien à faire qu’un contrat est un contrat et qu’il entend le respecter. Le manque de mouvement de la caméra rend l’aspect théâtral plus marqué qu’il ne conviendrait. De même que l’escapade à Paris vers la fin du film, si elle aère un peu l’ensemble, ne paraît pas très nécessaire, elle ne fait pas progresser l’histoire. On peut dire qu’il y a un quart d’heure de trop. Mais on peut passer sur ce point. Par contre le fait qu’on hésite une nouvelle fois entre le conte cruel et la comédie de situation est sans doute plus problématique. Il me semble que cela crée un déséquilibre important et que pour cela le film manque de densité.

     Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959 

    Borcher s’agace des revendications de Nadia et de Jean 

    L’interprétation est issue d’abord de la nécessité d’une coopération franco-italienne. Visant le marché européen, on va mêler des acteurs de différentes origines. Mais le noyau dur c’est l’affrontement entre Henri Vidal et Lino Ventura, deux habitués à cette époque de la cinématographie de Dard. Vidal est bon dans le rôle de Monnier, il lui apporte cette légèreté naturelle qu’il devait sans doute posséder dans la vie. Lino Ventura incarne le sombre Borcher. Il est encore une fois très bon, même si en pianiste raffiné il n’est pas très crédible. Mais quand il s’impose par la force à Vidal, on y croit. En effet, il est la destiné de la condition humaine, brutal et sans détour. Howard Vernon incarne le général allemand ivre de sa défaite, c’est un rôle qu’il a eu tellement l’habitude de jouer, qu’on se dit qu’il a été fait pour lui. Les autres acteurs ne sont pas très importants et font ce qu’on pourrait appeler de la figuration intelligente. Dawn Addams est assez pâlotte dans le rôle de Nadia qui a si peur de mourir. Mais il est vrai qu’elle n’a jamais marqué les films dans lesquels elle a tourné. Elle retrouvera un peu plus tard l'univers de Frédéric Dard dans Les menteurs, film d'Edmond T. Gréville. Les acteurs italiens qui servent particulièrement à peupler la pension Edelweiss sont plutôt bons, mais ce sont des acteurs de second ordre qui n’ont pas grand-chose à faire. John Kitzmiller dans le rôle de Bougron est plus étonnant. C’était un ancien soldat américain qui choisit de rester en Europe après la Libération et qui fit une petite carrière au cinéma. Il jouera plus tard dans la curieuse adaptation allemande de La case de l’oncle Tom, un film de Geza Radvany qu’on a déjà rencontré comme metteur en scène de Douze heures d’horloge.

    Sursis pour un vivant, Victor Merenda, 1959  

    Borcher veut empêcher les départs de la pension 

    On dit qu’André Maurois détesta l’adaptation cinématographique de sa nouvelle, on peut le comprendre en pensant que son objectif a été radicalement transformé. Le film ne fut pas un grand succès ni commercial, ni critique, et peu de monde s’est attardé sur l’originalité du sujet. C’est donc dans l’ensemble un film honorable et sans prétention qui se revoit sans déplaisir.

     

    Il faut croire que cette nouvelle a beaucoup marqué ceux qui l’ont lue. En effet, en dehors de l’adaptation par Frédéric Dard, on n’en compte pas moins de 6 autres.

    Thanatos Palace hôtel (Suspicion Saison 3 – Episode 15 :), 1965, László Benedek, cette adaptation était placée sous le patronage d’Alfred Hitchcock.

    Palace-Hotel, 1969, Tom Toelle  (Téléfilm)

    Thanatos Palace Hotel , 1973, Pierre Cavassilas (Téléfilm)

    Thanatos Palace Hotel, 1979, James Thor, (Téléfilm)

    Thanatos, 1985, Teresa Alba del Castillo & Christian Gonzalez, (Court Métrage)

    Thanatos, 2006, Otar Bubashvili & Bakur Lashkarava, (Court Métrage)

     

     


    [1] Il est pour moi assez clair que Ne raccrochez pas a été écrit par Frédéric Dard, et il est probable que le scénario du film que Merenda en a tiré soit aussi de Dard. Nous aurons l’occasion d’en parler.

    [2] Il aurait dû cette promotion sociale à l’entregent de sa femme qui plaida sa cause auprès du Maréchal Pétain, bien qu’André Maurois soit d’origine juive. Il était né Emile Herzog, et il avait eu une attitude héroïque durant la guerre de 14-18.

    [3] Flammarion, 1960.

    [4] Ce livre a été publié chez Arnen en 1962 et fut réédité sous le titre de Démoniaquement vôtre au Fleuve Noir en 1983.

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  •  En légitime défense, André Berthomieu, 1958

    Si ce n’étaient des aveux tardifs, on aurait contesté le fait qu’André Berthomieu n’ait été qu’une couverture pour le plume de Frédéric Dard. Mais c’est aujourd’hui une certitude, le scénario a bien été écrit par lui, et donc la novellisation de ce film également. On remarquera le clin d’œil que Frédéric Dard adresse à ses lecteurs en s’auto-dédicaçant l’ouvrage : « A Frédéric Dard qui m’a permis de « piétiner ses plates-bandes ». En toute amitié. A.B. » Le livre est d’ailleurs la transcription littérale du film. Berthomieu était plutôt spécialisé dans la comédie légère avec des petits budgets. Il avait commencé sa carrière dans les années vingt, et il la terminera en 1960 avec un autre film adapté de Frédéric Dard, Préméditation ? En légitime défense est un film assez conventionnel pour l’époque qui prend comme sujet le quartier de Pigalle et sa faune, ses petits gangsters, ses filles de joie. On ne compte plus les films de ce genre, avec des réussites comme Bob le flambeur, mais aussi avec le côté un peu caricatural destiné à épater un public provincial. On ne peut donc guère s’attendre à une histoire très originale et l’ensemble ressemble plus à une commande qu’à une œuvre de création majeure.

      En légitime défense, André Berthomieu, 1958

    Le sujet est des plus simples, un patron de bistrot manifestement égaré à Pigalle, se fait racketter par Albert le Caïd. Cela ne lui plait guère, mais il paie pour avoir la tranquillité et il s’abstient comme le veut la loi du milieu de se plaindre auprès de l’inspecteur Martinet auquel il a jadis sauvé ma vie. Jusqu’au jour où Albert le Caïd lui envoie Bob, un homme de main, pour lui signifier une augmentation de l’écot qu’il doit payer. Il refuse de payer, les choses s’enveniment, et lors d’une dispute il tue Albert le Caïd. Sur les conseils mal avisés de sa fiancée, Pierrot s’enfuie. Son ami, Gustave, qui est aussi un inspecteur de police chevronné, au contraire lui conseille de se rendre et de palider la légitime défense. Il finit par se rendre à ces raisons, et leprocès à lieu. Contre toute attente, c’est Bob le bras droit d’Albert le Caïd qui va innocenter Pierrot. La raison est simple, il veut le voir sortir de prison de façon à venger son ancien patron. Pierrot pour échapper à la vengeance des amis d’Albert va également cherché à se procurer des faux papiers. Mais il devra renoncer, Bob et ses hommes vont l’attirrer dans un piège, sur un parking, et Pierrot ne devra la vie sauve qu’à l’intervention opportune de Gustave.

    En légitime défense, André Berthomieu, 1958 

    Pierrot et Gustave dînent avec Dora 

    L’intrigue, assez conventionnelle, est surtout le prétexte à nous faire naviguer dans le petit monde de Pigalle. On s’attardera sur les petits métiers féminins, les prostituées et les petites danseuses, Dora est elle-même chanteuse à La nouvelle Eve. Le film sera donc parsemé de portraits, le couple d’homosexuels, le barman lunaire, les truands qui passent leur temps à jouer à la belote. Le patron du bistrot qui prend ses repas avec du beaujolais. Bref c’est assez folklorique. Mais au-delà de cet aspect assez peu original pour l’époque, on peut trouver des histoires un peu similaires chez André Héléna par exemple, il y a le caractère de Pierrot. Il se trouve en effet dans la position de Georges Villard dans La revanche des médiocres, porté à l’écran sous le titre de L’étrange Monsieur Steve. C’est un commerçant ordinaire qui se trouve confronté à Albert le Caïd, un homme fort qui a l’habitude de s’imposer par la violence. Après bien des hésitations, il va se révolter contre l’ordre qui lui est imposé. Il hésite entre deux positions, celle du marginal qui fuit la justice en se comportant comme un homme du milieu et celle plus conforme à son caractère un peu mollasson qui est de se rendre aux raisons développées par sa fiancée. Il choisira la voie de l’ordre et de la raison. La morale y trouvera son compte.

     En légitime défense, André Berthomieu, 1958 

    Albert le Caïd se fait menaçant 

    L’histoire est un peu étirée pour donner une durée suffisante au film, par exemple la partie de pêche ne fait pas progresse l’histoire d’un pouce, mais c’est l’occasion pour Dard de parler d’un de ses hobbies. Le plus étonnant est sans doute que Pierrot est un patron de bistrot à Pigalle, mais un homme faible, malgré ses désirs d’indépendance, il écoute toujours ce que les autres lui disent de faire. Le curieux est qu’il écoute Dora alors que celle-ci change d’avis comme de chemise. Il y a là un aspect très particulier de la littérature dardienne : l’homme est le plus souvent indécis, manipulable, et s’en remet pour les décisions importantes à l’avis de sa femme ou de celle qu’il aime. On trouve à cette époque, ce type de caractère dans Rendez-vous chez un lâche, ou encore dans Les yeux pour pleurer. Le fait d’ailleurs que le personnage falot soit interprété par Philippe Nicaud ajoute un air de déjà vu : en effet, c’est lui qui interprétait l’amant mollasson et opportuniste de Gloria dans Le dos au mur. Cet aspect « petit garçon » est encore plus souligné quand il s’en remet à la protection de Gustave et de sa famille. La sensibilité un peu féminine de Pierrot est soulignée lors de la partie de pêche avec Gustave lorsqu’ils perçoivent les rumeurs d’une chasse à courre. On voit que même à partir d’une histoire sans trop d’imagination, Dard recycle aussi une partie de ses propres obsessions.

     En légitime défense, André Berthomieu, 1958 

    Pierrot a tué Albert 

    L’ensemble est assez platement filmé, il ne faut pas compter sur Berthomieu pour voir des mouvements de caméra savants ou des travelings audacieux, quoique les réalisateurs de la Nouvelle Vague ne soient pas non plus des techniciens de qualité. Il faut cependant remarquer la scène de la fusillade à l’intérieur du garage qui fait preuve d’inventivité en montrant Gustave qui poursuit une automobile en prenant l’ascenseur et en tirant de manière continue, jusqu’à finalement liquider Bob d’une balle entre les deux yeux. Il y a aussi quelques idées de décors intéressantes, comme cet atelier d’imprimerie planqué dans un recoin d’une traverse et qui fabrique des faux papiers. Le procès parait long, filmé sans  grâce, avec des effets de manche plutôt téléphonés entre le procureur et l’avocat de la défense qui ne font plutôt perdre le fil de l’intrigue que de la souligner. Du côté cinématographique il n’y a donc pas grand-chose à en tirer. Mais c’est aussi un film avec un assez faible budget à qui on peut pardonner beaucoup de choses.

     En légitime défense, André Berthomieu, 1958 

    Il se retrouve dans le box des accusés 

    La distribution est construite autour d’acteurs chevronnés, mais sans glamour particulier. En tête on trouve Bernard Blier dans le rôle plan-plan de l’inspecteur Gustave. A cette époque il tournait beaucoup, en 1958 il ne tournera pas moins de huit longs métrages ! Il a tout joué, des gangsters et des policiers, des hommes lâches ou courageux. Il a une présence et une voix. Il tient le film. Philippe Nicaud est comme on l’a dit plus haut. Lui aussi tournait beaucoup, avec une prédilection pour les rôles de jeune homme manquant de caractère. Il était plutôt bon acteur, mais manquait beaucoup de charisme ce qui l’a sans doute bloqué dans le cours de sa carrière cinématographique. Maria Mauban interprète Dora. Elle avait remplacé sur ce film Barbara Laage mais elle retrouvera encore un rôle dans un film adapté de Frédéric Dard, Béru et ces dames sous la direction de Guy Lefranc. Elle aussi avait souvent interprété des filles légères ou très délurées. Disons qu’elle tient son rang. Les seconds rôles sont conformes aux standards du film noir façon Pigalle : on trouve Daniel Cauchy dans le rôle de Dédé, Robert Dalban dans le rôle d’Albert le Caïd. Il est étonnant de méchanceté et de hargne, alors que d’ordinaire il est plutôt dans le registre de l’homme ordinaire. Et puis il y a Pierre Mondy dans le rôle de Bob. Il est excellent dans le jeu de la violence rentrée et de l’ironie glacée.

     En légitime défense, André Berthomieu, 1958 

    Bob et Dédé veulent la peau de Pierrot 

    Ce n’est donc pas un très grand film, même si son parfum d’époque lui donne un cachet particulier. Il a eu tout de même son petit succès en France du moins où il a fait plus d’un million d’entrée. La critique l’a évidemment toujours boudé, comme tous les films de Berthomieu. Mais c’est assez représentatif d’un certain cinéma de distraction sans grande prétention et aussi représentatif des besognes auxquelles s’astreignait Frédéric Dard jour après jour pour remplir son escarcelle et déverser sur un public de plus en plus vaste ses excès d’imagination.

     En légitime défense, André Berthomieu, 1958

    Gustave est arrivé à temps

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