• Ces derniers temps Frédéric Dard auteur de romans noirs, différents des San-Antonio, se retrouve mis à l’honneur. Dominique Jeannerod avait mis dans sa présentation des romans de la nuit l’accent sur le fait que Dard était sous son nom véritable au Fleuve Noir un des rares écrivains français à s’inscrire dans une tradition américaine, influencée entre autre par James M. Cain. La machine fut lente à démarrer. En 1951 il publia le très médiocre Du plomb pour ces demoiselles. Puis, en 1956, s’inspirant de la pièce qu’il avait écrite pour le Théâtre du Grand Guignol, ce fut Les salauds vont en enfer. Pour qui sait lire, il était évident que le roman était directement écrit à partir de la pièce.

    Nouvelles de Frédéric Dard, auteur de romans noirs 

    Justement Hugues Galli, Thierry Gauthier et Dominique Jeannerod ont eu l’excellente idée de publier le texte intégral de la pièce dans une édition critique. Ce n’est pas seulement une manie de collectionneur, c’est également une manière de souligner l’importance de l’œuvre dramatique de Frédéric Dard. Avant d’ailleurs de se faire un nom en tant que romancier, il eut ses premiers succès à la scène avec l’adaptation de l’œuvre de Simenon, La neige était sale. Cette œuvre dramatique de Dard est considérable, officiellement elle compte vingt pièces jusqu’en 1986. Il y en a certainement plus avec quelques titres signés Frédéric Valmain ou Eddy Gilhain. Il donna avec la complicité de Robert Hossein une nouvelle jeunesse au théâtre du Grand Guignol. Les salauds vont en enfer est une œuvre clé, non seulement parce qu’elle a été dans l’ordre une pièce de théâtre, un film puis un roman, mais parce qu’elle marque l’avènement d’un style singulier, reconnaissable par son ton rapide et désabusé, une forme de neurasthénie. Il va de soi qu’une publication intégrale de l’œuvre dramatique de Frédéric Dard serait tout à fait nécessaire, malgré des hauts et des bas. En attendant cette publication tombe à pic.

    Nouvelles de Frédéric Dard, auteur de romans noirs  

    A partir de 1956 Frédéric Dard trouve sa vitesse de croisière. Il publie environ 4 San-Antonio par an et 4 Frédéric Dard dans la collection Spécial police. Et comme ça jusqu’au début des années soixante. Les Frédéric Dard marchent d’ailleurs très bien, aussi bien que les San-Antonio, et ils ont l’avantage de pouvoir s’adapter facilement au cinéma. Cette prolifération lui permet de peaufiner un style et une thématique. Parmi les réussites de cette période il y a C’est toi le venin que Dominique Jeannerod a inclus dans sa sélection des « romans de la nuit ». Ce roman fut adapté au cinéma par Robert Hossein en 1959 qui avait déjà porté à l’écran Les salauds vont en enfer. C’est une réussite et ce fut un grand succès public aussi bien pour le film que pour la musique.

    Nouvelles de Frédéric Dard, auteur de romans noirs 

    A cette époque beaucoup de jeunes réalisateurs font leurs classes dans le film noir, notamment Louis Malle ou Edouard Molinaro. Ce dernier adaptera en 1958 un autre roman de Frédéric Dard, Délivrez nous du mal sous le titre Le dos au mur. Les ans ont passé et il est assez facile de voir quels sont les films qui sont encore visibles aujorud’hui. Ascenceur pour l’ échaffaud de Louis Malle reste surtout pour son extraordinaire musique. Mais Toi… le venin possède une beauté formelle que la réédition de ce film en version Blu ray fait très bien ressortir. En tous les cas elle montre que Robert Hossein possédait tout à fait les qualités d’un grand metteur en scène de cinéma. La version Blu ray donne à voir une très belle image, et en outre on a en prime une interview de Marina Vlady.   

    Ci-dessous on trouvera le texte de Frédéric Dard qu’il écrivit sur Robert Hossein au moment de la mise en scène des Salauds vont en enfer au Gran-Guignol

    Nouvelles de Frédéric Dard, auteur de romans noirs

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    Pour faire plaisir à une belle femme, San-Antonio accepte à titre officieux de partir à la recherche de son mari disparu. Celui-ci, Noël Réveillon, est un gros industriel qui fait dans la conserve de sardines. Il va donc envoyer d’abord Bérurier sur ses traces, puis comme celui-ci disparaît à son tour, il charge Pinaud de l’affaire. Mais Pinaud ne donnant pas non plus de ses nouvelles, San-Antonio est bien obligé de s’en charger lui-même. Il va donc enquêter sur ces disparitions multiples, accompagné de Madame Réveillon. Ça consiste à refaire le chemin de ses deux acolytes, entre Paris et Boulogne. Il retrouvera ses équipiers et résoudra le mystère.

    Typique de ces années-là, cet opus de la grande saga sanantonienne, c’est déjà le 31ème, et le 30ème publié au Fleuve Noir. Il met en scène un nombre de personnages très réduit dans un roman bref et peu dense. A cette époque Bérurier n’est encore qu’un pauvre flic cocu, aigri par ses déboires conjugaux, peu porté sur le sexe finalement. C’est San-Antonio qui tienne le rôle du mâle en rut. Il n’a pourtant que deux aventures, l’une avec madame Réveillon, l’autre avec Marthe la bonne de l’hôtel où il débarque, la bonne que tout le monde semble se taper. Ces amours ancillaires étaient à cette époque une figure de style récurrente chez San-Antonio.

    Comme on le voit le roman ne se distingue pas par sa noirceur comme certains San-Antonio, l’intrigue est mince, les caractères assez peu fouillés. Ce qui en fait son prix c’est plutôt son insertion dans une époque et bien sûr le ton léger et ironique. Cette manière de ne pas se prendre au sérieux survole une intrigue policière qui après tout en vaut une autre, mais dont on se souvient pourtant. Il y a aussi cette manière très personnelle qu’il avait dans les années 50/60 d’inscrire ses histoires dans une ambiance de province très française aussi. On sait à quel point Frédéric Dard voulait être considéré d’abord comme un auteur français.

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    On trouvera quelques références culturelles intéressantes, l’une qui va à Roger Vailland, écrivain très en vogue dans les années cinquante et soixante, et l’autre aux Editions le Carrousel, sous-marque du Fleuve Noir où Frédéric Dard édita probablement sous le nom d’Odette Ferry une novellisation fort intéressante du film de Billy Wilder Le gouffre aux chimères. Il dit comme ça en passant qu’il aimerait bien se faire éditer par les Editions du Carrousel !

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    Curieusement le roman de B. Traven, La charrette, m’a rappelé l’excellent ouvrage de Frédéric Dard, La dynamite est bonne à boire qui date de 1959. Il semble avoir été écrit dans la foulée d’un voyage entamé en 1958 aux Etats-Unis et au Mexique. Ce voyage amènera Dard à écrire d’autres titres qui se passent sur le continent américain et qui débordent vers le Sud, comme Ma sale peau blanche, pour la collection « Spécial Police », ou sous le nom de Patrick Svenn Vengeance de l’inconnu. On va trouver dans La dynamite est bonne à boire des histoires de mules, mais aussi des histoires de mineurs qui vont tout perdre dans un système d’endettement semblable à celui que Traven décrit. Il est probable que Dard ce soit inspiré de Traven, même si la dynamique du récit est différente, on y trouve les mêmes oppositions de classes et la même misère dont on ne peut sortir. Après tout le film de John Huston, Le trésor de la Sierra Madre, avait été un très grand succès et avait mis en lumière l’écrivain Traven. Cet ouvrage est un de ceux qui montrent aux sceptiques que Dard avait aussi une conscience sociale, même si il ne la portait pas en bandoulière, et même si elle n’était guère structurée autour d’une vision politique subversive comme chez B. Traven.

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    L’action se passe apparemment, sans que ce soit dit aux confins du Pérou. Santos est un très jeune garçon qui s’est fait enrôler dans le travail harassant d’une mine d’argent d’où il n’a aucune chance de s’en sortir. Les mineurs y usent leurs forces et surtout se font voler par l’administration de la mine. Mais dans cette atmosphère morose, Santos va trouver la lumière et l’amour dans la femme du capataz, cette espèce de contremaître qui règne sur la petite communauté des mineurs. Consuelo veut aussi fuir, ancienne prostituée, plus âgée que Santos, elle est sensible au charme de celui-ci. Tout va se dénouer quand Santos décide de se pendre. Il n’en mourra pas et avec un borgne, compagnon de misère, ils décident de voler deux mulets pour passer au Chili. Consuelo qui lui a confié toutes ses économies – de l’argent détourné des poches de son mari – le rejoindra par la suite. Cette fuite va prendre des allures de cauchemar. Poursuivis par les soldats lancés à leurs trousses, un indien tentera de leur voler leurs mulets. Santos le tuera. Mais les surprises ne sont pas finies, Oruro se retourne contre Santos et menace de le tuer car il a passé un accord avec le capataz qui veut lui aussi la peau de Santos puisqu’il sait maintenant que Consuelo a décidé de s’enfuir avec lui. La fin sera elle aussi inattendue.

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    Les mines d’argent du Pérou sont toujours de haut-lieux de la misère

     

    C’est un roman un peu étonnant dans la série des « spécial police » signés Frédéric Dard qui sont le plus souvent excellents, mais généralement urbains et nocturnes. En effet pour reprendre la terminologie de Dominique Jeannerod, ce n’est pas « un roman de la nuit », mais plutôt un roman solaire. La chaleur cette fois mine tout, dessèche les corps et les cerveaux. Les vautours poursuivent les fuyards sur les crêtes de la Cordillère des Andes. C’est un roman âpre et dur, violent.

    L’écriture est remarquable, sobre et précise. Dard arrive avec une économie de mots aussi bien à camper le décor de cette aventure de la misère avec une description précise de la psychologie et des sentiments des principaux protagonistes. L’autre point fort du récit est le retour du mulet chargé d’un cadavre enveloppé dans un poncho. C’est le point de vue de la bête qui a peur dans la montagne, guettée par les vautours qui ont repéré le cadavre. Le retour à la mine est un calvaire décrit un  peu à la manière de Louis Pergaud dans De Goupil à Margot. Il y a une compassion étonnante dans ces passagers singuliers où Dard décrit la souffrance de plus en plus insupportable du mulet.

    Une place importante est accordée à la pendaison de Santos. Cette forme de suicide hanta tellement Frédéric Dard, on la retrouvera dans un San-Antonio, Du sirop pour les guêpes, en 1960, et lui-même se laissera aller à cette fantaisie en 1965 – aventure qu’il conta dans C’est mourir un peu manquant y laisser sa vie. Santos aussi s’en tirera et y trouvera une sorte de rédemption. Ce petit ouvrage en effet brasse de très nombreux thèmes que Frédéric Dard avait l’habitude de traiter dans les années cinquante, l’amitié trahie, mais aussi la possibilité de refaire sa vie grâce à la lumière que peut apporter l’amour passion d’une femme.

    Cet ouvrage a eu une douzaine de rééditions, la dernière datant de 2013. Ce qui est la preuve qu’il a bien traversé les années et que son public se renouvelle. Et après tout il vaut mieux lire ou relire La dynamite est bonne à boire que la dernière livraison du sinistre Houellebecq.



     

     

    Dominique Jeannerod, Les romans noirs d’un auteur fleuve, in,  Romans de la nuit, Fleuve noir, 2014.

    Roman pour lequel il avait eu le prix Goncourt en 1910 et que Frédéric Dard avait certainement lu dans sa jeunesse.

    Cet ouvrage paru chez Plon en 1967. Il n’eut pas de succès, et ne fut jamais réédité, probablement parce que Dard n’avait pas envie de revenir sur un passé douloureux.

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    On profitera de ce début d'année 2015 pour lire et relire San-Antonio. Hugues galli, éminent universitaire dijonais publie les actes du colloque de Dijon du mois de mai dernier. Il n’y a pas besoin de raison pour lire San-Antonio, c’est sûr, mais cet ouvrage fort savant n’est pas triste du tout. Par delà le plaisir qu’on prend à lire et à relire San-Antonio, il y a un écrivain de toute première importance. Qu’on le regarde comme un reflet de son époque, ou comme un artisan au style très personnel, il a conquis finalement de haute lutte une place parmi les très grands écrivain. S’il ne l’a pas tout à fait exprès, il est clair aussi qu’il s’est donné du mal pour se distinguer du tout venant de la littérature polardière, variant ses manières d’écrire comme ses thématiques.

     

    Je ne citerais pas tous les excellents camarades qui ont permis la rédaction de cet ouvrages, j’aurais peur d’en oublier. Les thèmes abordés sont très divers, cela va des problèmes de traduction que pose le langage particulier de San-Antonio aux problèmes de correspondance de son œuvre avec son époque et ses représentations, ou encore les différentes formes d’écriture que la signature de San-Antonio a utilisées. Mais tout est intéressant et passionnant et confirme combien nous avons raison de nous intéresser à Frédéric Dard et son œuvre. 

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    Les aventures de San-Antonio et de ses acolytes sont à la fois un compte rendu minutieux de l’histoire de la France de la Libération jusqu’aux années 2000, et une visite guidée de cette géographie qui a fait l’identité très particulière de la France. Frédéric Dard, bien qu’une grande partie des aventures de San-Antonio se situe à l’étranger, est d’abord un auteur français, du reste les aventures de San-Antonio sont très difficiles à traduire dans une langue étrangère. Contrairement à Georges Simenon qui produisait un style assez neutre et facile à traduire, Dard, sous le nom de San-Antonio utilise un style et un vocabulaire des plus compliqués. Et d’ailleurs cela a été en s’aggravant au fil du temps !

    Au début, il maniait seulement des formules argotiques, dans la lignée de Simonin par exemple, et il ne se différenciait d’Audiard que dans la forme des intrigues, Audiard n’ayant aucune capacité à construire une histoire. Mais fort heureusement Dard s’est laissé aller à recréer son propre langage, et c’est aussi en cela que le personnage de Bérurier lui est utile, puisque c’est en effet par la bouche de ce personnage que le langage san-antonien est le plus éclaté.

    Ici il s’agit d’une visite à Riquebon – on peut penser qu’il s’agit de Quiberon – à un centre de thalassothérapie. On aura droit aux tempêtes sur la côte bretonne et aussi à la cuisine locale. Dirigée par un ami du commissaire, cette boutique connait une série d’assassinats atroces, et San-Antonio est convié à discrètement lui mettre un terme. Les choses vont se compliquer car cet ensemble de meurtre ne semble pas avoir les mêmes origines et les mêmes intentions. On y trouvera des femmes très frivoles, l’une étant une ancienne des Brigades rouges, l’autre la propre épouse de l’ami de San-Antonio, et encore la secrétaire du directeur de l’établissement dont le mari est empêché de la bistouquette.

    En désespoir de cause, San-Antonio fera appel à toute son équipe, Bérurier, Pinaud, Blanc, et résoudra l’énigme en déjouant un attentat qui faisait mine de prendre Richard Nixon pour cible. La logique est toujours un peu la même pour les aventures de cette époque, on multiplie les pistes et les coupables effectifs de façon à rendre l’histoire la moins linéaire possible, et on dénoue l’affaire de la manière la plus inattendue qui soit. Ici, il faut bien le dire, le dénouement finale est expédié rapidement sans trop s’attarder sur la vraisemblance. Mais ce n’est pas vraiment ce qu’on cherche n’est-ce pas.

    En tous les cas au niveau de l’étude des caractères, on trouve un San-Antonio bien naïf, des femmes calculatrices et cruelles, promptes à se moquer des sentiments amoureux qu’elles déclenchent par leur beauté, n’obéissant finalement qu’à leur cupidité.

    Cet épisode utilise un Bérurier déchaîné accompagné de Violette, une luronne rouquine spécialiste du triolisme. Cela donne lieu évidemment à des scènes scabreuses dont la répétition peut paraître lassante, mais qui sont sauvées par la verve du narrateur. Et c’est effectivement là qu’on comprend qu’un tel roman, malgré la complexité de l’intrigue perdrait tout son intérêt dans une adaptation cinématographique. Le Bérurier a bien changé, si dans ses premières apparitions il était seulement un comparse un peu niais, beaucoup cocu, dans les ouvrages des années quatre-vingt-dix, c’est un sauvage libertin qui passe son temps à faire des discours sous le regard à la fois fasciné et ennuyé du commissaire. Au moins un quart de l’ouvrage procède de la retranscription des élucubrations de Bérurier, et en plus il se permet de diriger l’enquête en lieu et place de San-Antonio.

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    Cet opus était vendu un peu plus cher que les autres de la série au motif qu’il était un peu plus épais aussi, c’est pourquoi il était barré d’un sous-titre « super San-Antonio ». Pour compléter la pagination, aller à 350 pages, il y avait à la fin une sorte de supplément reprenant l’histoire des origines de Bérurier, ce qu’on trouve pourtant déjà dans Le standinge ou dans Si « queue d’âne » m’était conté. La fin de ce chapitre supplémentaire laissait entendre qu’il allait continué à développer d’autres épisodes de la vie saugrenue de Bérurier, mais Frédéric Dard ne le fit pas. Il a probablement eut raison.

     

    Le roman est dédicacé à Albert Benloulou, ce qui n’est pas rien !

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