• Cette année est le dixième anniversaire de la mort de Frédéric Dard. Les hommages ont été très nombreux. Outre la conférence que nous avons donnée à la Bibliothèque de l’Alcazar, l’autre événement important a été le colloque de la Sorbonne qui s’est tenu du 18 au 20 mars. Ce colloque, organisé sous al direction de F. Rullier-Theuret, était une nouvelle tentative destinée à prendre San-Antonio, plus que Frédéric Dard, pour un auteur post-moderne, sorte de continuateur du nouveau roman.

    rullier-theuret.jpg

    C’est d’abord à travers les écrits signés San-Antonio et non pas Dard que celui-ci est devenu un écrivain reconnu et étudié. Mais qu’étudie-t-on chez San-Antonio ? D’abord la façon dont il a de se jouer des formes fictionnelles, de les tordre, de les détruire même, de les passer à la moulinette. Les néologismes sanantoniens, les interventions incessantes de l’auteur au cœur du récit, l’ironie constante participent de cette mise à distance. Les actes du colloque seront bientôt disponibles.

    jeannerod.jpg

    Dans la foulée du colloque, Dominique Jeannerod a publié un ouvrage sur l’ensemble de la carrière de Frédéric Dard. Débordant le cadre trop convenu de l’étude des San-Antonio, il essaie de réhabiliter l’ensemble de la carrière de Frédéric Dard, en essayant de considérer l’ensemble de sa littérature, publiée sous des pseudonymes divers et variés, mais aussi son implication dans l’écriture dramatique et l’écriture de scénarios. Parsemé d’échecs et de réussites, c’est la mise en perspective d’un parcours probablement unique dans la littérature. L’ouvrage est très bon, on lui reprochera simplement de ne s’être fondé que sur ce que la famille de Dard a reconnu comme pseudonymes et prête-noms. Nous nous sommes appliqués au contraire à élargir la connaissance de l’œuvre de Frédéric Dard et mis en lumière l’ensemble de son travail dans la littérature fantastique, travail très important qui le rapproche parfois des grands conteurs du XIXème comme Maupassant, Schwob ou encore Gauthier.

    Dard-clement.jpg

    Mais il n’y a pas que les universitaires à s’intéresser à Frédéric Dard. Le personnage de l’écrivain avait une excellente présentation télégénique. C’est ce qui lui a permis de devenir un abonné de « nos étranges lucarnes ». Le personnage intéresse au-delà de ce qu’il peut écrire. Dans ce registre, on trouvera l’ouvrage de la fille de Frédéric Dard, Joséphine, c’est un album de documents et de témoignages plutôt bien présentés. On regrettera cependant que ce soit autour d’un ouvrage somme toute mineur que les médias organisent des débats et des émissions ayant pour sujet Frédéric Dard. Il est même assez gênant de voir Guy Carlier, le second époux de Joséphine Dard, envahir les plateaux comme s’il était concerné.

    Dard-josephine.jpg

    oeuvres-tome-1.jpg

    Parallèlement les éditions Robert Laffont ont entrepris de rééditer les San-Antonio de petit format dans la collection Bouquin. A raison de 9 à 10 épisodes par volume, il devrait y en avoir une vingtaine. Les deux premiers volumes sont parus, mais déjà ils font polémique. Outre que les couvertures sont d’une grande laideur, les ouvrages ne tiennent pas tout à fait la promesse d’une réédition dans les éditions originales. La carrière du commissaire San-Antonio s’étend de 1949 à 2000. Or dans les rééditions successives, le Fleuve Noir a tripatouillé les versions originales, soit pour les moderniser, soit pour les rendre plus politiquement correctes. Bien que cette réédition ait été faite sous la direction d’un spécialiste de Frédéric Dard, manifestement dans le premier tome on n’est pas revenu aux originaux. Serge Amoré de l’Association des Amis de San-Antonio qui avait présenté un texte sur ses modifications vient de relever l’ensemble des erreurs commises sur le Forum Internet de cette association.

    Comme on le voit il reste un grand chemin à faire avant que Frédéric Dard n’entre dans la Pléiade comme un des plus grands écrivains du XXème siècle.

     

    Bibliographie

     

    Alexandre Clément, Frédéric Dard, San-Antonio et la littérature d’épouvante, Les polarophiles tranquilles, 2009.

    Joséphine Dard, Frédéric Dard, mon père, Michel Lafon, 2010.

    Dominique Jeannerod, San-Antonio et son double, PUF, 2010.

    Françoise Rullier-Theuret, Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque, Academia Bruylant, 2008.

    San-Antonio, Œuvres complètes, Tome 1 et 2, Robert Laffont, 2010.

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Samedi 27 février 2010 17 heures

    Médiathèque de l’Alcazar Marseille

    Salle de conférence

    Conférence par Thierry Cazon et Alexandre Clément

     

    Georges Simenon et Frédéric Dard sont les deux plus grands auteurs de la littérature populaire française du XXème siècle. Ils ont construit une fortune et vendu des millions d’exemplaires de leurs œuvres à travers le monde.

    Mais les rapports entre les deux hommes ont été très compliqués : commencée comme une relation de maitre à élève, elle vira rapidement à la confusion et la rancœur.

    Frédéric Dard adapta La neige était sale, roman de Simenon, au théâtre. Mais si la pièce fut un énorme succès, l’affaire se conclut par une brouille définitive. Dard a considéré que Simenon l’avait maltraité. Il entreprit donc de se venger… d’une manière littéraire !

    C’est cette étrange et surprenante histoire, digne d’un roman policier, que Thierry Cazon et Alexandre Clément vont raconter dans le détail, révélant des aspects de l’histoire littéraire assez insolites et qui changèrent aussi bien le cours de la carrière de Georges Simenon que de Frédéric Dard.

    conférence alcazar

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique