• Anthony Summers, Les vies secrètes de Marilyn Monroe

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    D’Anthony Summers, j’ai parlé il y a quelques semaines de l’excellent ouvrage qu’il a écrit sur J. Edgar Hoover pour en dire tout le bien que j’en pensais. Son ouvrage sur Marilyn Monroe est tout autant intéressant, sauf que le personnage de Marilyn est bien sympathique que celui d’Hoover, ce qui n’est pas difficile. Sauf aussi qu’il est un peu plus connu. De sa vie tumultueuse à sa mort mystérieuse, le grand public connait beaucoup de choses. Les scandales sexuels, ses mariages, ses tentatives de suicide sont autant d’aspects de sa personnalité qu’Hollywood vendait comme une manière de promotion de ses films.

    La question qui pose à la lecture de cet ouvrage est la suivant : Marilyn a-t-elle existé, autrement que comme un fantasme sexuel ? Volontiers exhibitionniste, elle représentait la femme fatale et innocente à la fois, s’étalant dans les journaux sur son enfance malheureuse, sur ses difficultés d’aimer.

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    Un physique quelconque 

    Jeune elle avait pourtant un physique des plus quelconques. Mais elle sut le transformer sciemment en une bombe sexuelle admirée par les Américains, et aussi un peu partout dans le monde. Cependant, il serait assez limité de ne regarder que du côté du travail de Marilyn en ce sens. Si elle est capable de prendre de l’importance, tout en tournant avec des réalisateurs de première qualité, c’est aussi parce que ce qu’elle exprime correspond à l’évolution radicale de la société américaine. Elle sera de celles qui vont affirmer une sexualité libre et spontanée dans une Amérique guindée en proie aux démons de la lutte anti-communiste.

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    Avec Groucho dans Love happy, 1949

          Avec Marilyn Monroe, il n’y a pas de coupure entre le personnage public et les rôles qu’elle incarne. En dehors des studios, elle met en scène le personnage de Marilyn Monroe, comme s’il ne lui appartenait pas, comme si elle ne l’habitait pas. Beaucoup dénonceront cette attitude un peu schizophrène. Quoiqu’il en soit, elle se montre à la fois très pugnace pour obtenir de l’avancement, mais aussi très fine pour gérer les moyens de se faire de la publicité. Evidemment elle n’hésite pas à payer de sa personne, et ses amants sont aussi bien le résultat d’un désir, que la nécessité d’obtenir ce qu’elle veut dans le système.

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    Asphalt jungle, John Huston,  1950

     Sa vie était marquée d’un déséquilibre conséquent, elle venait d’un milieu très pauvre, sans père reconnu, et sa mère avait été internée à plusieurs reprises. Mais malgré cela elle n’avait rien d’une imbécile. Bien au contraire, non seulement elle se cultivait beaucoup, s’intéressant à la littérature, aux arts en général, mais elle affichait aussi des idées politiques de gauche, à une époque où cela aurait pu être dangereux. Le FBI possédait déjà sur elle des dossiers, bien avant qu’elle ne fréquente les frères Kennedy. Certainement que son positionnement progressiste explique aussi son attraction pour Arthur Miller désigné comme membre du parti communiste américain et qui sera convoqué par l’HUAC, il ne donnera d’ailleurs aucun nom.

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    Clash by night, Fritz Lang, 1952 

    Tous ceux qui l’ont connue lui accordent de l’intelligence et de l’instinct, une volonté de se cultiver. Il est d’ailleurs remarquable que dès qu’elle fut devenue une tête d’affiche, elle ne tourna qu’avec de grands réalisateurs, leur donnant aussi l’occasion de renouveler leur thématique, voire leur façon de filmer.

    Tous les témoignages avancent qu’elle était une actrice très difficile pour les metteurs en scène, toujours en retard, ayant un trac terrible avant de tourner, elle était pourtant aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie. C’est d’ailleurs son rôle de psychopathe dans Troublez moi ce soir qui la fit remarquer comme une actrice de talent. Comme dans Niagara où elle interprète une femme adultère compliquée et qui court à sa propre perte.

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    Troublez-moi ce soir, Roy Ward baker, 1952 

    Elle ne développa pas seulement des personnages égocentriques et pervers, elle incarna aussi une forme de naïveté attachée à ce qu’on pense être l’innocence des Américaines de basse extraction qui vivent entre les difficultés d’une vie quotidienne un peu misérable et les rêves d’une vie meilleure et confortable. C’est cette image qu’elle présentera dans Bus stop, dans La rivière sans retour, ou encore dans Les misfists.

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          Niagara, Henry Hathaway , 1953

    Il semble pourtant que ce soient ses rôles dans des comédies qui lui aient donné son statut de très grande star. Il y a les comédies légères comme Comment épouser un millionnaire, ou Les hommes préfèrent les blondes, mais aussi les comédies plus grinçantes notamment celles de Billy Wilder, Sept ans de réflexion, et ensuite le triomphe de Certains l’aiment chaud. C’est d’ailleurs ce dernier registre qui est le mieux connu aujourd’hui.

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    La rivière sans retour, Otto Preminger, 1954

          A partir de 1955, elle va diminuer ses apparitions à l’écran. Elle ne se produira plus que dans un film par an, sans qu’on sache très bien s’il s’agit d’une volonté de se faire rare et désirée auprès de son public, ou au contraire si cela vient du fait qu’elle avait de plus en plus de mal à gérer sa carrière et sa vie privée en même temps. Au fur et à mesure que le temps passera, elle aura de plus en plus de difficultés à tenir son rôle d’actrice, et son dernier film sous la direction de George Cukor devra être abandonné, inachevé. Entre temps elle avait multiplié les scandales, comme par exemple sa liaison avec Yves Montand qui défraya la chronique, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis.

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    Sept ans de réflexion, Billy Wilder, 1955 

    C’est qu’en même temps qu’elle devient un symbole sexuel dans le monde entier, symbole dont elle a renouvelé presque toute seule les canons, sa vie privée devient de plus en plus dissolue. Et c’est là que la vie de Marilyn Monroe va prendre les aspects d’un roman noir. Passons sur les frasques de Marilyn avec Joe DiMaggio ou durant son mariage avec Arthur Miller. Après tout, c’est un peu extravagant, mais c’est toujours dans la logique d’Hollywood, mise en scène comprise. Mais elle va commencer à fréquenter à la fois la mafia, Frank Sinatra et surtout les frères Kennedy. Cela devient de plus en plus dangereux et la mènera à sa perte.

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    Bus stop, Joshua Logan, 1956 

    Elle a eu une liaison plutôt torride avec John Kennedy, avant et après qu’il ne soit président. Et elle eut même la prétention semble-t-il d’exercer un chantage sur lui, chantage visant à le faire divorcer d’avec Jacqueline et à l’épouser par la suite. On peut mettre cette extravagance sur le compte d’un caractère de plus en plus déséquilibré. Elle avait à cette époque fait plusieurs tentatives de suicides aux médicaments, et puis elle buvait beaucoup. C’est dans ce contexte d’épuisement physique et moral que la mort de Marilyn intervient. Officiellement c’est une overdose de médicaments qui serait à l’origine de son décès. Mais les détails regroupés et analysés par Andrew Summers, laissent entendre qu’elle a été assassinée. Le dossier judiciaire fut rouvert plusieurs fois, mais de nombreuses pièces à conviction ayant disparu, cela n’aboutit pas.

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    Certains l’aiment chaud, Billy Wilder, 1959 

    Quelles pourraient bien être les raisons d’un tel assassinat ? La première idée est justement qu’elle exerçait une pression très forte sur les frères Kennedy. Et s’il semble bien qu’elle ait été amoureuse de John Kennedy, ce n’était sans doute pas réciproque. Rejetée par John, elle jeta son dévolu sur Robert, alors ministre de la justice. On prêtait à celui-ci un avenir tout aussi glorieux que celui de son frère. Quoiqu’il en soit de nombreux éléments viennent pour épaissir le mystère : quel a été le rôle du FBI et de Hoover pour détourner l’enquête vers un simple suicide ? Jusqu’à quel niveau la mafia était impliquée dans son assassinat ? Cela reste encore à démontrer. Il est vrai qu’en tant que femme et actrice, elle semblait au bout du rouleau, elle perdait la tête, ne semblait plus motivée par sa carrière cinématographique. Ce qui allait finalement assez bien avec l’idée d’un suicide. Mais si le suicide était tout à fait plausible, le problème est qu’il y a trop d’éléments louches dans le déroulement de l’enquête et un simple recoupement des faits permet de contester cette idée.

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    Le milliardaire, Georges Cukor, 1960 

    Ce n’est pas tant la preuve qu’elle aurait été assassinée qui importe, mais le fait qu’elle était au centre d’une vaste conspiration contre les frères Kennedy qui étaient ses amants. Non seulement elle était sur écoute en permanence de la part du FBI, de Jimmy Hoffa et de la Mafia, toutes personnes qui voulaient la peau des Kennedy, mais en outre elle faisait l’objet d’un suivi de la part du FBI pour ses convictions de gauche. C’est le passage le plus hallucinant du livre qui montre combien la politique pouvait rendre fou à peu près n’importe qui. Elle fut donc utilisée, aussi bien par la Mafia, par l’intermédiaire de Frank Sinatra, que par les frères Kennedy qui se la repassaient, comme « un morceau de viande » selon la propre formule de Marilyn. La fin de sa vie est un calvaire, perdant la tête, complètement sous l’emprise des médicaments, elle vivait une solitude extrême. A noter aussi le portrait très émouvant de Joe DiMaggio qui lui sera assez fidèle et qui n’hésitera jamais à lui porter secours dans les moments les plus difficiles. En tous les cas il est clair que si elle conquit Hollywood puis le monde, le prix à payer fut élevé, Hollywood la détruisit complètement, tant sur le plan physique que sur le plan moral. Et si elle n’est pas la seule enfant perdue dévorée par le cinéma, c’est probablement celle qui a le plus souffert.

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    The misfists, John Huston, 1961 

    La mort de Marilyn Monroe plongea le monde entier dans la stupéfaction, alimentant les rumeurs les plus diverses quant à un possible assassinat. Mais curieusement, un demi-siècle plus tard elle reste terriblement présente dans notre paysage culturel. Et si on l’apprécie toujours autant pour son sex appeal, ses films sont maintenant considérés comme des classiques du cinéma hollywoodien et on redécouvre aussi la profondeur de son jeu, bien au-delà de l’image d’écervelée qu’elle aimait à donner aux journalistes. 

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    Something's Got to Give, George Cukor, 1962 

    Marylin Monroe est un personnage de roman noir, à la fois touchant et horripilant. C’était plutôt une actrice de comédies, mais elle a aussi joué dans des films noirs de première qualité. Quand la ville dort de John Huston, et Clash by night de Fritz Lang. Mais dans ces deux films elle n’avait que des petits rôles. Puis ensuite elle se révéla enfin une grande actrice dans Troublez-moi ce soir de Roy Ward Baker, film un peu méconnu dans lequel elle joue le rôle d’une femme déséquilibrée, envahie de pulsions meurtrières. Elle y est à ses débuts et pourtant étonnante. Ensuite il y aura l’excellent Niagara d’Henry Hathaway.

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    Marilyn ici avec Robert et John Kennedy 

    Sa vie fut brève, elle passa comme une étoile filante dans le cœur des hommes. Mais on se souvient d’elle.

    « The killing of a chinese bookie, John Cassavetes, 1976Le témoin de la dernière heure, Highway 301, Andrew Stone, 1950 »
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