• Au nom de la loi, In nome della legge, Pietro Germi, 1949

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    C’est un film qui historiquement a un rôle important, puisqu’il s’agit du premier film que les Italiens tournèrent sur la Mafia. Il faudra du reste très longtemps pour que les autres cinéastes américains comme italiens arrivent à faire prononcer ce mot par un acteur. En outre le film a la particularité d’avoir été tourné en Sicile, sur les lieux mêmes de l’action, ce qui donne un cachet d’authenticité.

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    Deux voleurs de mules assassinent un convoyeur

     

    Le scénario ressemble à un western, plus qu’à un film noir, mais c’est une nouvelle preuve de l’influence du cinéma américain dans l’œuvre de Pietro Germi. Un jeune juge vient prendre son poste dans une ville qui semble être très loin de la civilisation. Rapidement il va se retrouver à peu près seul pour lutter contre la violence endémique de Capodarso. Il s’affronte aussi bien à la puissance de la Mafia qui fait régner l’ordre d’une certaine manière, qu’à la loi du silence, mais aussi à la corruption du capitaliste local, le Baron Lo Vasto, qui par ses combines malsaines prive les travailleurs pauvres de la région du salaire nécessaire à la survie des familles. Mais la dégradation des mœurs se traduit aussi par cette jeune Bastianedda que sa mère veut voir marier de toute force à un homme violent et rude, alors qu’elle est amoureuse de Paolino, un gentil petit jeune homme. Guido subira toutes les avanies, et les notables locaux veulent le faire muter. Le Baron attentera même à sa vie. Tout cet ensemble le poussera à quitter la ville avec la Baronne dont il est tombé amourreux, mais le meurtre de Paolino le révolte et finalement il décide de rester pour mettre de l’ordre.

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    Le juge Guido Schiavi arrive à Capodarso, il croise son collègue qui s’en va

     

    C’est un film qui laisse un peu le spectateur sur sa faim, essentiellement parce que la fin du film est assez absurde, on y voit le chef de la Mafia être finalement convaincu de se ranger du côté de l’Etat. On ne sait pas si cette concession manifeste est la contrepartie de la possibilité de tourner en Sicile même, ou si elle est la preuve de la naïveté des scénaristes. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque la Mafia n’est pas dépeinte comme un instrument despotique qui appuie les grands propriétaires fonciers dans leurs luttes contre les syndicats, mais plutôt comme une sorte de réaction spontanée à l’injustice d’un Etat centralisateur et lointain. Cette ambiguité dans le traitement de la Mafia comme phénomène social sera répercutée d’ailleurs par des écrivains comme Leonardo Sciascia par exemple. Roberto Saviano représente aujourd’hui, à mon sens, une approche plus juste du phénomène mafieux, une sorte de capitalisme assez pur finalement. Ici la bande mafieuse est représentée par de bons gros paysans qui ne font qu’appliquer une loi seulement un peu différente et un peu plus brutale que celle de l’Etat. Tomaso Buscetta, mafieux plus ou moisn repenti, racontait dans ses mémoires qu’il avait identifié le juge Falcone comme une copie du juge Guido Schiavi. Mais il rappelait aussi que le film de Germi que les mafieux connaissaient bien, était désapprouvé par justement parce qu’il présentait des mafieux pactisant avec les services de l’Etat, alors qu’il va de soi que pour eux les seules relations qu’ils peuvent entretenir avec des fonctionnaires sont des relations de domination.

    Mais si la fin est manifestement baclée, il y a tout de même de très bonnes choses qui valent le détour. A commencer par cette utilisation des décors naturels de la Sicile qui en montre l’écrasante chaleur et la grande misère. Cette contrée aride et quasi désertique renforce bien sûr le point de vue social. Les chevaux, les mules donnent un côté tout à fait westernien au film. Les hommes de la mafia sont d’ailleurs des hommes à cheval, le cheval étant un signe distinctif, une sorte de promotion sociale.

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    Dans la petite ville la pauvreté est omniprésente

     

    Film à petit budget, il s’appuie d’abord sur un scénario de Fellini, Monicelli et Germi lui-même. Mais ce scénario justement pour des raisons budgétaires va utiliser au mieux les décors réels, poussiéreux et chaotiques. Cela donne une manière de filmer particulière, avec des déplacements rapides de caméra, une certaine profondeur de champ aussi. Cette manière de s’immerger dans le décor naturel est renforcée par l’utilisation des habitants locaux, des amateurs donc qui donnent une couleur locale bienvenue, et qui font ressortir encore mieux l’opposition entre le jeune juge, assez borugeois finalement, le straits fins, les yeux clairs, habillé avec une élégance sévère, et l’ensemble de la population aux visages burinés, mal rasés, vêtue presque de hardes.

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    Les édiles de la ville manifestent une grande indifférence à l’arrivée de Guido

     

    Cependant, comme le scénario est tout à fait ambigu quant au rôle et au statut de la Mafia, l’approche de Germi de la Sicile l’est tout autant. Il y a à la fois une attirance certaine pour ce pays, Germi est un Italien du Nord, et en même temps un peu de mépris ou de condescendance pour son peuple et sa violence. On comprend que la Sicile est un peu en retard en termes de civilisation par rapport au reste de l’Italie. La Sicile n’est pas un pays différent, mais plutôt un pays mal fini. Heureusement qu’il y a des juges, des fonctionnaires,  comme Guido qui apportent un peu de lumière dans ces endroits obscurs.

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    Le maréchal des carabiniers se heurte à un tueur de la mafia

     

    Il est évident que pour Germi la forme est au service du fond, et donc il ne cherchera les mouvements compliqués de caméra, ou les angles qui rehausserait l’esthétique du propos. Ce qui l’intéresse, c’est la clarté de l’exposé et celle-ci s’appuie sur une forme de matérialisme appliqué à la Sicile. Cela ne veut pas dire cependant qu’il n’y a pas de belles scènes, au contraire, mais elles ne masquent jamais le propos. Parmi  celles-ci, je retiendrais bien sûr le meurtre de l’ouverture du film, ou encore le croisement des deux jusges, l’un qui part, l’autre qui arrive. Egalement l’apparition très inquiétante de la bande de Passalacque en haut de la colline, à cheval, le fusil en bandoulière. Les rapports entre la Baronne et le jeune juge sont un peu moins bien réussis, alors qu’ils sont sensés introduire un peut d’émotion.

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    La jeune et belle Bastianedda a peur d’être obligée d’apouser Francesco Messana

     

    Les acteurs sont intéressants. Massimo Girotti interprète le jeune juge intègre, il a tout à fait la raideur qu’on s’attend à trouver chez ce genre de personnage qui se sent investi d’une mission de correction et de rachat de l’humanité. Charles Vanel est très bien en chef mafieux, sauf qu’on est habitué à se voix et que le doublage en italien est un peu gênant tout de même. Tous les autres acteurs sont assez peu connus et n’ont pas fait une grande carrière. Parmi ceux-ci on retiendra le nom de Saro Urzi qui interprète le fidèle policier qui épaule Guido, et encore Camillo Mastrocinque qui est le Baron Lo Vasto.

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    Le jeune magistrat et la baronne sont attirées l’un par l’autre

     

    Quoi que l’on pense des fautes dans le scénario, ce film précise comment la Mafia était perçue à cette époque lointaine, on est à la fois très loin du glamour du Parrain (le film emblématique des mafieux) et très loin aussi d’une série télévisée comme Corleone qui à l’inerse insiste sur la violence et la cupidité de la Mafia.

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    Le meurtre de Paolino va renforcer la détermination de Guido

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    Passalacqua, le chef mafieux, va se ranger à la loi

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          Pietro Germi sur le tournage d’In nome della legge

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