• Bloody cocktail, The cocktail waitress, James M. Cain, L’Archipel, 2014

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    James M. Cain est considéré à juste titre comme un des plus grands auteurs de romans noirs aux côtés d’Hammett, de Chandler et de quelques autres comme Jim Thompson ou Charles Williams. Pour mémoire c’est l’auteur de Assurance sur la mort, Le facteur sonne toujours deux fois et Mildred Pierce, ouvrages qui ont servi de support à des films qui sont souvent classés parmis les meilleurs films noirs, voir parmis les meilleurs films tout court.

    Décédé en 1977, c’est seulement en 2012 que The cocktail waitress a été publié. L’histoire du manuscrit est déjà assez extraordinaire. Cet inédit n’est pas un manuscrit inachevé, c’est un roman complet, bien que l’édition finale ait été mise au point par Charles Ardai et non par James M. Cain lui-même. Pour les amateurs de romans noirs, lire un inédit de James M. Cain est en soi un événement. D’autant que la prresse américaine l’a présenté comme ce que James M. Cain aurait écrit de meilleur. Il semblerait en outre que James M. Cain ait travaillé très longtemps sur ce manuscrit, mort à l’âge de 85 ans, il y était encore dessus. La première question qui vien à l’esprit est : pourquoi ce texte n’a pas été publié du vivant de James M. Cain ou avant aujourd’hui ? La réponse est double, d’une part ce manuscrit dans ses multiples versions ne satisfaisait pas l’auteur, et d’autre part il avait été perdu pendant de longues années. Mais s’il est certain qu’un manuscrit de James M. Cain est en soi un événement, qu’en est-il de la qualité ?

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    James M. Cain ici avec Lana Turner qui incarna Cora

     

    L’ouvrage a été salué comme un chef d’œuvre par la critique américaine, l’un des meilleurs ouvrages que Jams M. Cain aurait écrits. Ce n’est pas le cas, il n’égale en rien les précédents ouvrages que j’ai cités au début de ce papier. Il y manque beaucoup de finitions. Il y a pour cela trop d’invraisemblances dans le récit, des contradictions. Mais c’est un très bon roman noir et un plaisir pour ceux qui préfèrent encore ce style aux pavés indigestes et modernes où l’épaisseur et l’amour du détail l’emporte sur le style et l’intérêt qu’on peut avoir pour les personnages.

    L’histoire est celle de Joan Medford, une jeune femme de 21 ans qui se retrouve veuve et qui se fait engager dans un bar à cocktails où elle officie dns une tenue plus que légère. Ça lui rapporte de bons revenus et elle espère ainsi avoir la possibilité de récupérer son enfant, Tad, qui est pour l’instant, sans qu’on comprenne très bien pourquoi sous la garde de sa belle sœur. Elle va faire deux rencontres, l’une avec un jeune homme fringuant et fauché, Tom, et l’autre avec un vieux, Earl White, plutôt riche. Si elle envisage de se marier avec le millionnaire, c’est Tom qui l’attire physiquement. Cette situation va la mettre en porte à faux, puisqu’elle va vouloir à la fois se marier avec Earl pour profiter de son argent et entretenir une liaison avec Tom qui entretemps l’a bien pris pour une connasse en lui faisant endossé la caution d’un de ses amis. Cette caution aurait pu la ruiner, mais Joan a de la ressource et d’ailleurs à l’occasion elle n’hésite pas à flanquer des roustes à l’ineffable Tom.

    Le roman rappelle souvent Mildred Pierce, l’histoire d’une jeune femme ambitieuse qui s’élève à la force du poignet. Mais le ton en est plus glauque, il y a énormément de détails intimes dans les scènes de sexe. C’est un roman écrit à la première personne, la confession de Joan, ce qui permet de rentrer dans les arcanes d’une détermination plus ou moins perverse, plus ou moins criminelle, car si Joan est fortement déterminée par ses conditions matérielles plutôt misérables, elle a une manière de mener sa barque très particulière. Elle se présente d’ailleurs comme une opportuniste cynique.

    Si le début est un peu poussif, la seconde partie est menée tambour battant, notamment la scène extraordinaire de l’aéroport qui nous fait oublier la failité qu’il y a à faire se déguiser en vieillards en même temps Tom et Lacey. Il y a aussi cette opposition entre la richesse et la pauvreté, ou comment cette richesse exerce un attrait malsain sur les pauvres. On reconnaitra évidemment les obsessions de James M. Cain, la cupidité, le goût pour la mise en scène des situations scabreuses. La description de l’entre-deux-mondes, le riche Earl attiré par les endroits louches, comme Tom qui pour exiter Joan l’emmène dans un bar glauque au dernier degré. Le caractère de Joan est compliqué, hésitant entre la morale et l’égoïsme, se laissant berner plus souvent qu’à son tour. C’est de cette ambiguité que James M. Cain tire le meilleur finalement, car cela lui permet de générer des situations à suspense car jusqu’à la fin on attend la chute de Joan. L’action se passe apparemment dans les années soixante puisqu’en effet Joan prend un avion à l’aéroport John F. Kennedy qui ne pouvait pas exister avant la mort du président américain, une époque où les convenances existaient encore dans la bourgeoisie. Il y a d’ailleurs des descriptions très étonnantes des manières des femmes, l’habillement, le maquillage, le comportement sexuel qui me semble très justes. Ce sont d’ailleurs les auteurs de romans noirs mâles qui ont donné des portraits très justes de cette féminité écrasée entre l’ambition et le simple désir de vivre. Je pense à Frédéric Dart, à Sébastien Japrisot ou même encore Jim Thompson qui ont su utiliser la première personne du féminin pour cela, ce qui n’est pas si facile.

    Je ne comprends pas comment le titre The cocktail waitress  a pu se retrouver en français traduit par Bloody cocktail. De même on pourra regretter que le policier qui harcèle Joan change parfois de nom, un coup il s’appelle Young qui en réalité et celui qui est plutôt bienveillant avec elle, tantôt Church, un détective teigneux.

     

    Quoiqu’il en soit, ce n’est pas tous les jours qu’on a à se mettre sous la dent un roman entier et inédit d’un des maîtres du roman noir, il faut donc le lire sans tarder. 

    « Le crime c’est notre bussiness, The Split, Gordon Flemyng, 1968Le rideau déchiré, Torn curtain, Alfred Hitchcock, 1966 »
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