• Blue Collar, Paul Schrader, 1978

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    Paul Schrader est surtout connu comme le scénariste de Martin Scorsese, c’est lui a écrit Taxi Driver, mais aussi La dernière tentation du Christ ou encore Raging bull. il a écrit aussi pour Sidney Pollack, Yakusa, ou pour Brian de Palma, Obsession. Moins connu en tant que réalisateur, il en a pas moins réalisé 17 longs métrages, dont American gigolo, La féline, Mishima ou encore Hardcore et City Hall. Il est le représentant d’un cinéma désenchanté, typique de la fin des années soixante-dix. La révolution sociale n’est plus à l’ordre du jour, et le système économique s’en va vers sa décomposition dans l’indifférence générale des individus qui ne luttent plus que pour leur survie.

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    Les conditions de travail dans l’industrie automobile sont pénibles

     

    Trois amis, ouvriers de l’industrie automobile de Detroit – avant la déconfiture de cette ville, Zeke, Jerry et Smokey, sont aux prises avec des conditions de travail difficiles, une direction hargneuse et tâtillone mais aussi avec les problèmes récurents de fin de mois. Deux noirs, un blanc, un rien branleurs, ils contestent aussi la bureaucratie syndicale corrompue. Coincés de tous les côtés, ils vont finalement décider de cambrioler le syndicat, pensant trouver une forte somme d’argent. Mais ce n’est pas le cas, le casse ne leur rapporte que 600 dollars. Cependant, comme ils opnt embarqué aussi un cahier dans lequel le syndicat note les prêts illégaux qu’il accorde, ils vont dcider de le faire chanter. Ils y ont d’autant moins de scrupules, que le syndicat déclare qu’on lui a dérobé 20 000 dollars pour arnaquer la compagnie d’assurance. Mais les choses vont plutôt mal se passer. Smokey sera assassiné, Zeke se trouvera récupéré par le syndicat qui lui propose un boulot peinard de délégué syndical, et Jerry va, par crainte d’être assassiné, se jeter dans les bras du FBI pour balancer les combines du syndicat.

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    Zeke conteste les orientations et les pratiques du syndicat

     

    Le film a beaucoup plu à sa sortie, on y a vu aussi bien la critique de la condition ouvrière dans une industrie automobile américaine qui paraissait pourtant à l’avant-garde des conditions de travail, mais encore la dénonciation d’une bureaucratie syndicale encroûtée et affairiste. Ce n’est bien sûr pas le premier film sur la condition ouvrière, ni sur l’industrie automobile, mais c’est surtout un film sans illusion, qui ne cherche pas à magnifier cette vie sans espérance, ou à mettre en avant des postures héroïques. Le caractère sombre provient d’abord du renvoie dos à dos de toutes les formes d’institutions, que ce soit l’entreprise où le harcèlement est constant, que ce soit le syndicat qui semble peu intéressé par le sort des ouvriers ou encore du FBI dont les buts sont obscurs. Mais bien sûr le film renvoie aussi à la passivité et au manque de conscience de classe de la classe ouvrière. Il n’y a pas une image très positive à en tirer.

    Dans ce contexte, le casse et ses conséquences dramatiques n’est qu’un élément sur une pente fatale qui entraîne les trois ouvriers vers leur destruction physique aussi bien que morale.

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    Zeke, Jerry et Smokey ont fait la fête

     

    Le film balance entre la comédie amère, les scènes cocasses abondent, et le drame. Sa réussite provient certainement d’avoir su conserver la tension entre ces deux pôles. Des scènes très drôles il y en a, que ce soit Zeke qui apostrophe le syndicat, ou encore les trois amis qui s’en vont faire la fête, sniffer de la coke et baiser. Mais les scènes dramatiques sont tout aussi forte, notamment la mort de Smokey, ou la peur qui s’empare peu à peu de Jerry.

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    Smokey sera assassiné

     

    Si beaucoup privilégient Paul Schrader scénariste, il ne faut pas oublier que c’est également un réalisateur très doué, qui ne filme pas n’importe comment ou platement. Ici, bien sûr, il va user d’un style très proche du documentaire, piéger la saleté et le délabrement de la ville, la pauvreté des logements, la misère des consommations. L’image ne sera donc pas tellement policée, léchée, au contraire, elle a un côté brut. L’intérieur de l’usine est filmé de cette même manière, privilégiant finalement les objets par rapport aux individus, dénonçant ainsi la déshumanisation latente du capitalisme moderne. Volontairement les scènes d’action qui sont finalement plus nombreuses qu’on pourrait le croire, sont escamotées, parce que justement l’action est juste la conséquence de la matérialité de l’existence et non pas l’inverse.

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    Jerry et Zeke finiront par se battre

     

    Les acteurs sont plutôt bons. Harvey Keitel, habitué de ce genre de rôles, Yaphet Kotto, et dans une moindre mesure Richard Pryor qui en fait tout de même un peu trop dans le genre grimacier. On sait que le tournage du film a été difficile notamment à cause de l’opposition entre Harvey Keitel et Richard Pryor. Ça ne se voit pas trop à l’écran, probablement parce que dans le déroulement de l’action, les relations entre Zeke et Jerry se dégradent fortement.

     

    On retiendra quelques scènes étonnantes, par exemple celle d’un ouvrier, très gros, qui se bagarre avec la machine à distribuer les boissons et qui sera mis à pied pour avoir détruit le matériel.  La fiesta chez Smokey avec de la coke et des filles plus que complaisantes.

    « Eric Maravélias, La faux soyeuse, Gallimard, Série noire, 2014Deux adaptations de The hunter de Richard Stark »
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