• Caged, Femmes en cage, John Cromwell, 1950


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    Une jeune fille de 19 ans est condamnée à la prison pour complicité dans un hold-up qui a mal tourné. Son tort est d’avoir accompagné son jeune mari. Celui-ci a été tué. Un malheur n’arrive jamais seul : en arrivant dans la prison, elle apprend qu’elle est enceinte.

    Rapidement elle va être en butte à la méchanceté de Harper la gardienne en chef qui veut imposer sa loi. Au fur et à mesure que le temps va passer, elle désespère d’obtenir une liberté conditionnelle qui lui permettrait de reprendre une vie honnête et décente et peut-être de retrouver son enfant qui lui a été enlevé. Finalement, elle acceptera de rejoindre le milieu et pourra sortir de prison, mais elle va entamer une carrière criminelle qui sûrement la ramènera en prison.

    Le film est excellent à tous les points de vue. D’abord, c’est probablement le premier film sur les femmes en prison. Ensuite, il n’est absolument pas lénifiant. Mary Allen abdiquera peu à peu ses illusions et rentrera dans le rang, celui de la criminalité. C’est un film amer et sans espoir.

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    Le scénario de Virginia Kellog est bien construit. Il est divisé en deux parties, la première est assez tranquille et si ce n’était Harper, ce serait presque une colonie de vacances. Mais la seconde partie devient beaucoup plus dure, le film devient violent et cruel. C’est probablement cette opposition que le film tire sa force. La prison devient une machine à broyer. L’astuce est de montrer que la directrice est très humaine, elle croie à sa mission et déploie toutes ses forces pour rendre l’incarcération plus agréable à vivre. Elle perdra ce combat, harcelé par la corruption des hommes politiques qui ont manifestement une pierre à la place du cœur. Et la jeune et innocente Mary Allen va devenir de plus en plus dure, elle aura beaucoup appris de la prison, ainsi qu’elle le dit lorsqu’elle fait ses adieux à la directrice.

    En même temps, le film étonne justement par le fait que ce sont des femmes qui sont enfermées, y compris les gardiennes bien sûr. Et celles-ci sont capables d’une violence presque sans limite, même si dans les moments d’abattement elles se laissent aller à pleurer ou à sombrer dans la folie à l’instar de cette femme qui finit par se pendre ou de Kitty qui tue finalement Harper l’horrible gardienne. Le défaut du film est peut-être de trop insister sur l’aventure individuelle de Mary, il y a une contradiction entre le fait que la directrice fait tout pour que les prisons soient plus humaines, et que cette question ne dépende finalement que de la hargne mauvaise de Harper. Cette prise de position, facile à comprendre en 1950, adoucit la critique d’un système coercitif.

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    John Cromwell est un réalisateur fort peu connu, il a tout de même fait Dead reckoning avec Bogart en 1947, mais il maîtrise ici tout à fait son sujet. Le réveillon de Noël est peut-être la scène la plus émouvante du film où la peine et la joie sont mêlées presque sans retenue. Mais nous sommes en 1950, et la violence est encore souvent bridée, suggérée comme le passage à tabac de Kitty.

    Le film ne serait pas ce qu’il est, sans une interprétation excellente. D’abord évidemment Eleanor Parker qui se transforme littéralement, la petite jeune fille perdue et geignarde devient dure et adopte les codes de la prison. Elle fut nominée aux Oscars justement pour ce rôle. C’est une actrice un peu oubliée aujourd’hui, mais elle a tourné dans une poignée de films de haute qualité, Histoire de détective, Celui par qui le scandale arrive, Scaramouche, ou encoreL’homme au bras d’or.

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    Le second personnage, plus inattendu est celui de Harper la gardienne cruelle, interprété par Hope Emerson. Son physique imposant, sa hargne sa hargne malicieuse et stérile, c’est un condensé de bêtise et cruauté. Agnes Morehead est ici employée à contre-emploi, elle qui a l’habitude jouer plutôt des rôles où elle n’est pas à son avantage, ici elle est habité par sa volonté de rendre les prisons plus humaines. Il y a aussi Betty Garde dans le rôle de Kitty qui se donne des allures « viriles » pour s’imposer comme caïd de la prison. On retrouve également Jan Sterling dans un petit rôle.

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    C’est une œuvre marquante dans l’histoire du film noir, et c’est comme ça qu’il est considéré d’ailleurs aux Etats-Unis. Très audacieux pour l’époque, il mérite de sortir de l’oubli en France où il reste à découvrir. Par incidence on remarquera que ce film a fait école, par exemple, Luke la main froide, lui a beaucoup emprunté.

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