• Cédric Pérolini raconte Léo Malet

    Cédric Pérolini raconte Léo Malet

    Léo Malet, mauvais sujet, paru ces jours-ci chez L’atinoir est un ouvrage précieux à plus d’un titre. C’est d’abord une excellente introduction à Léo Malet écrivain multiforme. A la fois poète surréaliste, auteur de romans policiers de grande qualité, mais encore romancier professionnel œuvrant dans le cadre de la littérature populaire. Pérolini est un des rares auteurs à donner toute l’importance de Léo Malet au sein du mouvement surréaliste. Il le désigne comme un membre de premier plan.

    Mais l’ouvrage de Pérolini a aussi l’immense avantage d’analyser le parcours de Léo Malet en regard de sa propre évolution politique : Léo Malet est passé en quelques décennies de l’anarchisme individualiste et révolutionnaire à l’extrême droite raciste, après avoir fait un bref détour par le gaullisme. On y apprend ainsi que l’évolution de Malet vers l’extrême droite est bien plus précoce qu’on ne le croit, et donc que son racisme ne saurait être excusé par de simples aigreurs d’estomac liées à la vieillesse. Les sources de l’œuvre de Léo Malet se trouvent dans la vie-même de celui-ci.

    Ces aberrations politiques n’enlèvent pourtant rien au talent de Léo Malet mais le font paraître encore un peu plus comme marginal et décalé dans le paysage littéraire. En avance ou en retard, Malet n’est jamais à l’heure. On peut du reste se demander si ce ne sont pas justement ces errements qui ont fini par stériliser l’écriture de Malet.

    C’est un auteur à éclipse. Il eut un temps du succès. 120 rue de la gare se vendit très bien et fut même adapté au cinéma. Et puis il fut oublié dans les années soixante. Il a fallu mai 68 et la revalorisation consécutive de la littérature populaire pour qu’on redécouvre Malet. A ce moment-là, c’était le côté anarchiste de Nestor Burma et de Léo Malet qui était perçu comme important, comme une source de poésie du roman noir. Mais Malet était déjà ailleurs, occupé qu’il était à remâcher ses échecs

     

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    Léo Malet vue par Robert Doisneau

     

    Curieusement, Léo Malet est redécouvert en permanence. Parfois c’est avec les œuvres complètes publiées en collection Bouquins chez Robert Laffont par Francis Lacassin, parfois c’est la série télévisée dans laquelle Burma est incarné par Guy Marchand, ou encore c’est au détour de la mise en images par Jacques Tardi. A chaque fois il faut recommencer à expliquer l’importance de Malet, aussi bien en ce qui concerne l’émergence du roman noir à la française qu’en ce qui concerne la poésie ou le roman policier. L’œuvre de Malet nous oblige à prendre la littérature noire au sérieux.

    Le charme des aventures de Burma est bien dans le fait qu’elles se passent dans un Paris qui n’existe plus, un Paris qui déjà s’effaçait lorsque Léo Malet les écrivaient. Pérolini rapproche Malet d’Aragon, l’Aragon du Paysan de Paris ou de Breton des Pas perdus et de Nadja dans la dimension spatiale et romancée de la ville lumière. Mais ce ne sont pas les seuls rapprochements qu’on peut faire. On trouve aussi cette approche mélancolique de la ville qui disparaît aussi bien chez Patrick Modiano que chez Guy Debord.

    Par bien des aspects, l’œuvre de Malet s’inscrit avec quelques années d’avance dans cette forme de littérature populaire faite par le peuple, pour le peuple, qui va s’éloigner du roman à thèse, façon Poulaille ou Dabit, vers la littérature d’évasion. Que ce soit dans l’usage de la langue verte, ou dans la structure même des romans policiers, Malet ouvre la voie à des auteurs qui auront beaucoup plus de succès que lui, comme Frédéric Dard ou Albert Simonin.

    La parenté avec le premier est assez évidente. Non seulement tous les deux se sont exercé à l’utilisation de nombreux pseudonymes dans des genres très différents, le roman d’aventure, le roman noir, le roman de cape et d’épée, mais ils ont exploré des thèmes très similaires. Par exemple, la Trilogie noire de Malet renvoie assez bien aux quatre ouvrages de Frédéric Dard consacrés aux aventures de Kaput. Malet détestait Frédéric Dard sans qu’on sache très bien pourquoi, mais ce dernier rendit un vibrant hommage au père de Nestor Burma lors de sa disparition.

    Il y a d’autres auteurs qui se sont inscrits dans le courant noir de Léo Malet, celui justement de la Trilogie noire. Je pense ici à certains ouvrages d’André Héléna qui était lui aussi originaire du Languedoc et qui était tombé amoureux de Paname. Pérolini revient bien sûr sur les descendants de Léo Malet, Simsolo ou Pécherot qui se sont plutôt inscrits dans le « revival » que dans une véritable continuité, ce qui les n’empêche pas d’en avoir tiré des romans excellents.

    Il existait déjà des ouvrages intéressants sur Léo Malet, mais seul Pérolini s’est risqué à une telle synthèse. Extrait de sa thèse de doctorat, l’ouvrage se lit avec un grand plaisir et donne envie de relire Léo Malet.

     

    Bibliographie

     

    Francis Lacassin, Sous le masque de Léo Malet, encrages,1993.

    Léo Malet, Journal secret, Fleuve noir, 1998.

    Léo Malet, Œuvres complètes, Bouquins, Robert Laffont, 1986-1990, sous la direction de Francis Lacassin.

    Léo Malet, La vache enragée, Julliard, 1990.

    Cédric Pérolini, Léo Malet mauvais sujet, Nestor Burma passe aux aveux, L’atinoir, 2010.

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