• Ces écrivains catholiques qui ulcéraient Frédéric Dard

    Remerciements à Jacques le Piton et Michel Bergnes 

    A travers la saga du commissaire San-Antonio, Frédéric Dard réglait quelques comptes à des confrères qu’il ne supportait pas. Parmi ceux-ci il avait pris l’habitude de prendre comme têtes de Turc, des écrivains conservateurs, catholiques et académiciens. Ils sentaient en effet un peu la poussière et la morale à trois sous. Il y en  a trois qui revienne fréquemment : Paul Claudel, François Mauriac et Daniel-Rops. Frédéric Dard a donc contribué à ce travail de démolition contre un establishment littéraire guindé et poussiéreux. En dézinguant ces auteurs très populaires, ce n’est pas seulement à une critique de ce qu’ils sont que se livre Frédéric Dard, il revendique aussi une écriture populaire, plus directe et plus chaleureuse. C’est une manière de dénoncer la cuistrerie des intellectuels qui ont pignon sur rue. Sur le plan littéraire ils leur reproche surtout d’être ennuyeux à mourir, presqu’autant que Marguerite Duras et Alain Robbe-Grillet, autres têtes de Turc.

    A travers le traitement qu’il inflige à ces académiciens, on voit que Frédéric Dard se sert de sa culture d’une manière négative, puisque s’il dénigre ces auteurs, il les a tout de même lus. D’ailleurs à quelques exceptions près, Céline, Albert Cohen, Dard se sert négativement des citations qu’il fait de ses confrères.

    Cette mauvaise manie de s’en prendre à des écrivains catholiques, académiciens et bien-pensants, commence dès le premier opus, Réglez lui son compte¸ en 1949. Et elle ne s’arrêtera pas. Bien évidemment, pour que cela fonctionne, il faut que ces écrivains aient une certaine surface médiatique, qu’ils soient connus à défaut d’être lus. Dard manifeste ainsi sa mauvaise humeur contre une littérature embourgeoisée. Les plus jeunes lecteurs ne connaissent sans doute pas ces auteurs, et il est bon de leur rappeler pourquoi San-Antonio était un peu plus que taquin avec eux. 

    Les portraits photographiques de ces académiciens bigots qu’on publie à cette époque dans les journaux se passent de commentaires. Les piques qu’il envoie à ces écrivains sont tellement fréquentes qu’on finit par comprendre qu’ils symbolisent tout ce conservatisme bondieusart que Frédéric Dard déteste. Il faut dire que dans les années cinquante-soixante, Dard ne met pas en scène sa foi catholique, bien au contraire il n’en manque pas une pour critiquer l’Eglise, ses pompes et son hypocrisie, que ce soit par le biais de la cousine de Félicie Adèle, du cousin Hector ou justement en s’attaquant aux écrivains qu’on vient de citer. Même Félicie est gentiment moquée pour son attache à la pompe religieuse, mais elle est en quelque sorte pardonnée parce qu’elle est d’une autre époque. Le plus souvent dans ces années-là il se présente comme quelqu’un qui doute très fortement de l’existence de Dieu.  Et c’est bien sûr au nom de ce doute qu’il brocarde avec la régularité d’un métronome ces trois académiciens.

    Notez que ces trois écrivains considérables par leur place dans la sphère culturelle de la France entre 1930 et 1970, sont tous les trois des grands admirateurs et laudateurs du général De Gaulle dont Frédéric Dard se méfiait beaucoup après son retour en politique[1]. Il est vrai que cette obséquiosité chez Claudel est plus tardive et qu’elle succède à des propos plus que réactionnaires dans son Ode au Maréchal Pétain. C’est mai 68 et ses suites qui emporteront ces écrivains et les mettront peu à peu au rebus de la mémoire. Leur place a été autant importante que l’emprise de l’Eglise sur la vie sociale et culturelle de la France était puissante. Les critiquer, c’est d’une certaine manière revendiquer sa modernité, une nécessaire rupture par rapport à une France assoupie et ronronnante. En somme, dans la logique de Frédéric Dard, être académicien est une circonstance aggravante à l’état d’écrivain bigot et conservateur.

    Le trouble Paul Claudel

    Ces écrivains catholiques qui ulcéraient Frédéric Dard 

    C’est la tête de Turc préférée de San-Antonio. Je ne crois pas me tromper en disant que c’est l’auteur critiqué qui est le plus cité dans la saga du commissaire. Deux choses irritent Frédéric Dard chez Paul Claudel, Le soulier de satin et son théâtre en général, mais aussi le fait qu’il ait écrit un poème au Maréchal Pétain durant l’Occupation et ensuite une ode au général De Gaulle à la Libération. Comme il n’avait pas beaucoup de goût pour les uniformes, on imagine quel effet cela lui a fait de voir cet académicien changer son fusil d’épaule pour échapper aux règlements de comptes à la Libération. Et encore à l’époque où Dard moque Claudel, en long en large et en travers, on ne connaissait pas les détails sordides des difficultés et de l’internement de Camille Claudel. Si le naturalisme de Mauriac passe encore, les prétentions modernistes de Claudel dans le théâtre sont incidemment condamnées. 

    « Vous vous en doutez, moi, derrière mon piano, je n’en mène pas trop large ; c’est un programme qui ne me séduit pas énormément et j’aimerais encore mieux assister à une pièce de Paul Claudel qu’à la petite cérémonie dont mon marchand de mort aux rats vient de parler. » Réglez lui son compte (1949), réédition Fleuve Noir, 1981, p. 89. 

    « Les deux clowns se cassent leurs instruments sur la tête et le nez énorme de l’auguste vient de s’allumer.

    Il a en outre une touffe de tifs qui se dressent à la verticale. Béru s’étouffe. Il se libère. Il coule comme un brie en pleine Brie à midi un 14 Juillet. Il dit que c’est drôle ! Il le croit ! Il préfère ça à Claudel, et il n’a peut-être pas tort. » San-Antonio renvoie la balle, Fleuve Noir, p. 176.1960.

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    « — Mon premier est une perturbation atmosphérique. Je crois que c’est orage, qu’en penses-tu ?

     — Ça me paraît valable ; ensuite ?

     — Ensuite, ça se complique, lamente le Chétif. Paul Claudel a écrit mon deuxième au maréchal Pétain, puis au général de Gaulle.

     — Ode ! dis-je sans hésiter, car j’ai une culture tellement vaste que j’envisage de faire appel à la main-d’œuvre étrangère au moment de la récolte. » Béru contre San-Antonio, Fleuve Noir, 1967, p. 10. 

    « Agir promptement, mais ne pas s’emballer. Jamais confondre chaude-pisse et première communion, c’est pas le même cierge qui coule, comme aurait dit Paul Claudel dans son ode à Pompidou. » T’es beau tu sais, Fleuve Noir, 1972, p. 227 

    « J’examine ce pauvre monde d’une œillée captatrice, comme l’écrit Claudel dans son Ode au président Mitterrand, et n’ai aucune peine, mais par contre la joie, d’aviser Bruno Formide assis près de la fenêtre dans un fauteuil, occupé à lire la vie édifiante de saint Tignasse de l’Aloyau qui fonda l’ordre des Jésuites. » Du bois dont on fait les pipes, Fleuve Noir, 1982, p. 31. 

    « Lorsqu’on se retrouve, vers le milieu de cette ménagerie, nous sommes bredouilles : Pas plus de Fan Dé Chi Choun que d’expressions argotiques dans une ode de Paul Claudel au Maréchal Pétain. », Mesdames, vous aimez ça, Fleuve Noir, 1994, p. 73.

    Evidemment ces piques répondent à la veulerie de Paul Claudel qui après s’être réjoui de la chute de la république en 1940, se félicita de son retour ! Voici ci-dessous les textes incriminés[2]. Ce n’est pas un hasard si Dard dont les premiers San-Antonio sont aussi un hommage à la Résistance, s’en prend à ce monument de la littérature. 

    Paroles au Maréchal   (poème publié le 10 mai 1941 dans Le Figaro)
     
    Monsieur le Maréchal, voici cette France entre  vos  bras, lentement 
    qui n'a que vous et qui ressuscite à voix basse. 
    II y a cet immense corps, à qui le soutient si lourd et qui pèse de tout son   poids. 
    Toute la France d'aujourd'hui, et celle de demain avec elle, qui est la 
    même qu'autrefois! 
    Celle d'hier aussi qui sanglote et qui a honte et qui crie tout de même 
    elle a fait ce qu'elle a pu! 
    C'est vrai que j'ai été humiliée, dit-elle, c'est vrai que j'ai été vaincue. 
    II n'y a plus de rayons à ma tête, il n'y a plus que du sang dans de la boue. 
    II n'y a plus d'épée dans ma main, ni l'égide qui était pendue à mon cou. 
    Je suis étendue tout de mon long sur la route et il est loisible au plus lâche de m'insulter. 
    Mais tout de même il me reste ce corps qui est pur et cette âme qui ne s'est pas déshonorée! 
    ...................................................................................................... Monsieur le Maréchal, il y a un devoir pour les morts qui est de ressusciter. 
    Et certes nous ressusciterons tous au jour du jugement dernier. 
    Mais c'est maintenant et aujourd'hui même qu'on a besoin de nous et qu'il y a quelque chose a faire ! 
    France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père. 
    Fille de Saint-Louis, écoute-le ! Et dis, en as-tu assez maintenant de la politique ? 
    Cette proposition comme de l'huile et cette vérité comme de l'or...

     

    Au général de Gaulle   (poème publié le 23 décembre 1944 dans Le Figaro).

     
    Tout de même, dit la France, je suis sortie ! 

    Tout de même, vous autres! dit la France, vous voyez qu'on ne m'a pas eue et que j'en suis sortie! 

    Tout de même, ce que vous me dites depuis quatre ans, mon général, je ne suis pas sourde! 

    Vous voyez que je ne suis pas sourde et que j'ai compris! 
    Et tout de même, il y a quelqu’un, qui est moi-même, debout ! et que j’entends qui parle avec ma propre voix !

    VIVE LA FRANCE ! II y a pour crier : VIVE LA FRANCE ! quelqu’un qui n’est pas un autre que moi !

    Quelqu’un plein de sanglots, et plein de colère, et plein de larmes ! ces larmes que je ne finis pas de reboire
    depuis quatre ans, et les voici maintenant au soleil, ces larmes ! ces énormes larmes sanglantes!

    Quelqu’un plein de rugissements, et ce couteau dans la main, et ce glaive dans la main, mon général, que je me suis arraché du ventre ! Que les autres pensent de moi ce qu'ils veulent ! Ils disent qu'ils se sont battus, et c'est vrai !

    Et moi, depuis quatre ans, au fond de la terre toute seule, s'ils disent que je ne me suis pas battue, qu'est-ce que j'ai fait ?

    Ils ont eu le goût de la bataille dans la bouche tout le temps, et moi, quand on est vivant, est-ce qu'ils savent ce que c'est que d'avoir dans la bouche le goût de la mort ?

    Il y a tout de même une chose qu'ils ne savent pas et que je sais, c'est cette étroite compagnie que je tiens depuis quatre ans avec la mort !

    C'est ce cœur qui ne fléchit pas et cette main lentement dans la nuit qui cherche une arme quelconque !

    C'est cet ennemi étouffant dans la nuit fibre à fibre qu'il faut s'arracher du corps avec les ongles !

    Et tout à coup, me voici de nouveau dans la lumière debout et mes entrailles dans les mains ainsi qu'une femme qui enfante !

    C'est le matin ! et je vois le grand Arc de triomphe tout blanc qui resplendit dans la lumière innocente !

    Et maintenant ce que les autres pensent de moi, ça m'est égal !

    Et ce qu'ils veulent faire de moi, ça m'est égal ! et la place qu'ils disent qu'ils veulent bien m'accorder, ça m'est égal ! 

    Et vous, Monsieur le Général, qui êtes mon fils, et vous qui êtes mon sang, et vous, Monsieur le soldat ! et vous, Monsieur mon fils à la fin qui êtes arrivé !

    Regardez-moi dans les yeux, Monsieur mon fils, et dites-moi si vous me reconnaissez !

    Ah ! c'est vrai, qu'on a bien réussi à me tuer, il y a quatre ans ! et tout le soin possible, il est vrai qu'on a mis tout le soin possible à me piétiner sur le cœur !

    Mais le monde n'a jamais été fait pour se passer de la France, et la France n'a jamais été faite pour se passer d'honneur ! Regardez-moi dans les yeux, qui n'ai pas peur, et cherchez bien, et dites si j'ai peur de vos yeux de fils et de soldat !

    Et dites si ça ne nous suffit pas, tous les deux, ce que vous cherchez dans mes yeux et ce que bientôt je vais trouver dans vos bras !

    Le jour à la fin est venu ! ce jour depuis le commencement du monde qu'il fallait, à la fin il est arrivé !

    Délivre-moi de cette chose à la fin, ô mon fils, que Dieu t'envoie pour me demander !

    — Et que dois-je donc te demander ? dit le Général.

    — La foi !

    Les autres ça m'est égal ! mais dis que ça ne finira pas, cette connaissance à la fin qui s'est établie entre nous !

    Le reste ça m'est égal ! Mais toi, donne-moi cette chose qui n'est pas autre chose que tout !

    Ils ont cru se moquer de moi en disant que je suis femme !

    Le genre de femme que je suis, ils verront, et ce que c'est dans un corps que d'avoir une âme !

    Ils m'ont assez demandé mon corps, et toi, demande-moi mon âme !

    Et le Général répond : Femme, tais-toi ! et ne me demande pas autre chose à mon tour que ce que je suis capable de t'apporter.
    — Que m'apportes-tu donc ô mon fils ?

    Et le Général, levant le bras, répond :

    — La Volonté !

     Comme on dit, « y‘en a qui ne chient pas la honte ! » 

    Daniel-Rops

    Ces écrivains catholiques qui ulcéraient Frédéric Dard  

    Daniel-Rops dont le véritable patronyme était Henri Petiot – apparemment il n’avait pas de lien de parenté avec ce Petiot dont on se souvient pour avoir occis une quantité invraisemblable de ses contemporains – est aujourd’hui un auteur complètement oublié. C’est le plus catholique militant des trois. Il a passé son temps à réécrire et à expliquer la Bible, à refaire l’histoire de l’Eglise. On peut dire qu’il ne survit dans les mémoires que parce qu’il est cité dans les ouvrages signés San-Antonio. Mais si Frédéric Dard continuera à s’en prendre à Mauriac et Claudel presque jusqu’à la fin de sa vie littéraire, dès la fin des années soixante, Daniel-Rops a disparu de son horizon littéraire. Il faut dire qu’après sa mort, en 1965, ses tirages déclinent, et les temps ayant changé, la pratique de la religion catholique s’étiolant, il est rapidement sorti de la mémoire collective, au point que Frédéric Dard va renoncer à s’en prendre à lui. Pourtant c’était un écrivain dont les tirages étaient véritablement astronomiques. Mort où est ta victoire fut sans doute son plus gros succès, et d’ailleurs San-Antonio le cite plusieurs fois. 

    « Je le défrime. C’est un grand gnace maigre comme un fakir, avec une figure de lavement mal digéré et des paupières bombées comme celles d’une grenouille ou de M. Daniel-Rops (de l’Académie Française par Jésus interposé). » Des gueules d’enterrement, Fleuve Noir, 1956, p. 43 

    « En sortant de piste sous les vivats, le Gros a retrouvé tout son « pep ». Il faut dire que son exploit de la soirée restera dans les annales. N'a-t-il pas réussi à avaler les œuvres complètes de Daniel-Rops traduites en italien ? Je veux bien qu'elles avaient été imprimées sur papier-bible, mais quand même ! » En peignant la girafe, Fleuve Noir, 1963, p. 66 

    Dans le passage suivant il se paye d’un seul coup d’un seul, deux académiciens en même temps. 

     

    « Si vous continuez à faire vos bouches en distributeurs d’œufs du jour, moi je vous fous un prochain bouquin dans le style Mauriac ; retenez bien ce que je vous dis ; c’est pas une menace en l’air ! Parce que, entre nous et la collection de la « Pléiade », la différence qu’il y a entre M. Daniel Rollmops et moi (la beauté mise à part) c’est qu’il sera jamais capable d’écrire un « San-Antonio ». » En peignant la girafe, Fleuve Noir, 1963, p. 195.

    François Mauriac 

    Ces écrivains catholiques qui ulcéraient Frédéric Dard 

    Pour Mauriac et Claudel, c’est un peu plus compliqué que pour Daniel-Rops. Ils ont acquis malgré tout un certain respect auprès de l’intelligentsia. Mauriac a été le compagnon de route du général De Gaulle, et il a obtenu le prix Nobel de littérature. Frédéric Dard le traite un peu moins mal que Daniel-Rops, mais il n’en souligne pas moins le côté ennuyeux et rigide du bonhomme englué dans une morale désuète. Sans doute aussi a-t-il apprécié la noirceur de ses drames plutôt que les tourments de la foi. Mais Mauriac écrit dans Le Figaro, ce qui est pour Frédéric Dard, le comble de l’ennui et de la bien-pensance. Dans la manière de s’en prendre à Mauriac, Dard rejoint Le canard enchaîné qui lui reproche de se ranger systématiquement du côté du pouvoir et d’en justifier par avance toutes les turpitudes, et elles sont nombreuses dans le gaullisme réformé d’après 1958. Le canard enchainé comparait Mauriac à une mante religieuse, à cause de sa maigreur et de sa manière de croiser les mains comme pour prier en permanence. 

    « Elle est longue, mince, blonde, avec des nichemards bien accrochés ; des yeux noisette, striés de vert ; une bouche tellement sensuelle que vous vendriez le dernier roman de François Mauriac pour vous en rendre acquéreur ; et des pommettes un peu saillantes… » J’ai bien l’honneur de vous buter, Fleuve Noir, 1955, p 26-27.  

    « Oui, j’aurais la nostalgie de ces bons contemporains. Le temps me durerait de leurs sublimes créations parmi lesquelles on compte : le Festival de Cannes ; la canne à pêche ; les romans de François Mauriac ; et le coup du père rançois ! » Les anges se font plumer, Fleuve Noir, 1957, p.148 

    « Les hommes ont toujours tendance à donner aux milieux qu’ils traversent la couleur de leurs pensées. (Oh ! ce que je l’ai réussie, celle-là ! Du Mauriac de la bonne année. Mauriac ! l’académicien qui fait penser… à quelqu’un de triste.) »Du mouron à se faire, Fleuve Noir, 1955, p. 149. 

    « J’ai dû vous la faire déjà, en ce cas mettez-la précieusement de côté et quand vous en aurez douze, adressez-les à François Mauriac qui vous enverra par retour un superbe porte-clés représentant le général Dis-heures-dix en train d’embrasser Monnerville. » Béru et ces Dames, Fleuve Noir, 1967, p. 312  

    Ces écrivains catholiques qui ulcéraient Frédéric Dard

    Curieusement, la reconnaissance littéraire tardive de Frédéric Dard le poussera vers des bondieuseries d’un autre âge qui font apparaître le Frédéric Dard des années cinquante-soixante comme finalement plus contestataire que celui des années quatre-vingt. Après s’être rallié à François Mitterrand, en 1984 il va converser avec Monseigneur Mamie, qui pourtant représente ce qu’il y a de plus intégriste chez les catholiques et en faire un ouvrage, pas drôle du tout. Digne de Daniel-Rops justement ! Mais parallèlement il n’en continua pas moins ses leçons de dévergondage dans la saga du commissaire jusqu’à la fin de sa vie en étalant une sexualité de plus en plus scabreuse. Il est vrai que dans les années quatre-vingts, l’emprise de l’Eglise sur la vie civile en France à complètement disparue. Il ira jusqu'à obtenir une audience privée avec Jean-Paul II

    ___________________________

    [1] Bien entendu Frédéric Dard n’a jamais remis en question le rôle du général De Gaulle dans la Résistance. Mais comme il était proche de Marcel Grancher, il avait adopté les idées de celui-ci sur le fait que la Résistance ce n’était pas que le général De Gaulle et les communistes.

    [2] Il n’y a que ce bourricot de Philippe Sollers pour trouver des excuses à Claudel, mais il en a trouvé aussi à l’immonde Céline. http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article794

     
    « L’affaire Al Capone, The St. Valentine’s day massacre, 1967L’affaire de la 99ème rue, 99 river street, Phil Karlson, 1953 »
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  • Commentaires

    1
    Antoine
    Jeudi 16 Novembre à 15:52

    Article très intéressant, merci. Je n'ai pas encore réussi à trouver le livre d'entretiens avec Monseigneur Mamie mais vu ce que vous en dites je crois que je peux m'en passer, finalement! A mon avis, si Dard était un poil moins vif sur Mauriac, c'est bien, comme vous le signalez, parce qu'il lui reconnaissait une plus grande valeur littéraire, au-delà de ses thèmes catholiques. Certains livres de Mauriac sont aujourd'hui hallucinants de bondieuserie mais d'autres vieillissent bien, même si leur style peut paraître un brin grandiloquent pour notre époque: Thérèse Desqueyroux, le baiser au lépreux, le désert de l'amour, le noeud de vipères, le sagouin, etc... Par contre, Claudel est pour moi illisible... L'homme comme l'oeuvre me rebutent totalement! Intéressante aussi, cette remarque comme quoi Dard était peut-être plus contestataire à 30 ans qu'à 60... C'est peut-être pour ça (entre autres) que je préfère les San-Antonio première manière à ceux de la fin! Cela dit, pour moi, le plus grand Dard n'est pas celui des Sana, mais celui des Kaput, de l'Ange Noir et des romans noirs des années 50/60...  A ce propos, monsieur Clément, je me permets de solliciter votre érudition. Ayant lu tout Dard, à quelques oeuvres de jeunesse près, je me laisserais bien tenter par James Carter qui (je crois que vous soutenez cette thèse, sauf erreur de ma part!?) serait l'un des pseudos de Dard. J'ai toutefois deux questions: cette thèse est-elle simplement une séduisante hypothèse ou bien une réalité avérée? D'autre part, TOUS les James Carter seraient-ils de la plume de Dard ou seulement certains? En codicille: auriez-vous un James Carter / Dard à conseiller en priorité? Merci de me renseigner si vous le pouvez! Ou de m'orienter vers un de vos articles où le cas James Carter serait évoqué, éventuellement!

    Cordialement,

    Un fidèle lecteur de votre blog.

    2
    Jeudi 16 Novembre à 22:11

    Merci pour votre commentaire. On n'a jamais fini de tout voir avec Dard. Récemment Lionel Guerdoux a mis la main sur des nouvelles de Dard qui date du début des années 40 et qui sont de première qualité. Publiées dans La voix ouvrière, elles flirtent avec la littérature prolétarienne. Pour les Carter, Carter c'est Valmain. Celui ci prétendait avoir écrit lui-même ses ouvrages et donc aussi les Carter. Pour moi il ne fait pas de doute que les premiers Carter sont de Dard. Mais il semblerait qu'au fil du temps ce ne soit plus le cas. La proie pour Londres et La dame de Portebello Road me semblent peut être les plus intéressants, encore que les Valmain, ceux du début soient meilleurs. 

    Le livre de Dard et de Monseigneur Mamie était trouvable sur le marché pour pas grand-chose il y a quelques mois. Il est aujourd’hui devenu en effet difficilement accessible pour des bourses modestes. Néanmoins j'ai trouvé ça https://www.amazon.fr/Mgr-Pierre-Mamie-dhomme-homme/dp/B00D08XJWA/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1510866590&sr=8-1&keywords=dard+d%27homme+a+homme&dpID=51yEhXaA6jL&preST=_SY344_BO1,204,203,200_QL70_&dpSrc=srch

    qui pourra vous dépanner

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