• Comanche station, Budd Boetticher, 1959

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    Budd Boetticher qui a tourné un grand nombre de films mettant en valeur Randolph Scott est un spécialiste du film d’action mou où il ne se passe pas grand-chose. C’est un genre en soi. Comanche station fait partie de cette série. Le scénario dû à Burt Kennedy qui passera ensuite à la mise en scène de westerns, est extrèmement ramassé, et il n’y a pas besoin d’avoir fait de longues études pour le comprendre. Un aventurier sorti d’on ne sait où, se débrouille pour récupérer une femme que les Comanches avaient enlevée. Il cherche à la ramener chez elle, mais ce retour va être compliqué parce que les Comanches ont pris le sentier de la guerre à cause d’une bande de comancheros qui les ont massacrés. Contraints et forcés, ils vont croiser la route d’autres aventuriers à la recherche d’un mauvais coup qui vont essayer de prendre la femme car son mari a offert une prime de 5000 $ à qui la raménera. S’ensuit toute une série de péripéties, entrecoupées des attaques d’indiens, mais on sait à l’avance, Randolph Scott oblige que cela se terminera bien.

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    Un cavalier solitaire

     

    Ce scénario assez niais est censé mettre en valeur les grands espaces grâce à la couleur et au cinémascope. Il est cependant saupoudré de bonnes intentions puisqu’on apprend que les Indiens au fond ne sont pas si mauvais que ça, un peu bizarres certes, mais surtout s’ils deviennent méchants c’est bien parce qu’on les a provoqués. Ces bonnes intentions servent de morale à l’ensemble. Cependant, elles sont plombées par la distance qu’il y a justement entre l’approche des « blancs » qui peuvent être bons ou mauvais d’ailleurs, mais qui existent, et les « rouges » qui non seulement sont présentés d’une manière propre à les dévaloriser – on est bien loin de Danse avec les loups ou même de Duel dans la vallée du Diable qui est développé à partir d’un scénario similaire, mais qui en outre les rend inexistants et sans âme. Ils ont autant de consistance que le décor, ils sont ravalés au rang de la nature sauvage de l’Ouest.

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    Une femme échangée contre quelques pacotilles et une winchester

     

    Le moins qu’on puisse dire est que les personnages sont tranchés, à la limite de la caricature. Les méchants sont méchants et Randolph Scott impavide devant les offenses successives, car il sait bien, et nous aussi, qu’il prendra sa revanche à la fin du film. Bien que la femme soit désignée comme ayant un fort caractère, elle reste une femme, et comme le précise bien un des voyous, une femme doit d’abord savoir faire la cuisine ! La preuve qu’elle est une femme c’est qu’elle est toute dévouée à son mari aveugle qui a offert la prime pour son retour. C’est à peine si Cody et elle se pose la question des relations entre les sexes. Ce qui confirme les idées John Wayne sur la question, les acteurs de western n’ont pas de sexualité. Ce qui convient à Randolph Scott dont la vie privée était un rien scabreuse, et qui empêcha les chasseurs de rouges de se poser des questions sur l’idéologie véhiculée par le western. Selon eux il n’y en aurait pas.

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    Elle se pose des questions sur les intentions véritables de Cody

     

    Tout ce que je viens d’écrire ci-dessus montre que pour moi le western à l’ancienne, à quelques exceptions notables, c’est le cinéma qui n’a pas encore atteint l’âge adulte. Il reste que ce film au rythme molasson se regarde sans trop de déplaisir parce que l’utilisation des paysages est très bonne, que le cadre est bien fait et qu’il ne fait qu’une heure et douze minutes !! Construit autour de la personne de Randolph Scott qui était aussi le producteur du film, les acteurs qui l’accompagnent ne risquent pas de lui faire de l’ombre, ils sont tout aussi ternes que lui. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas : Budd Boetticher n’était pourtant pas aussi nul que ça, on lui doit quelques films noirs plutôt intéressants.

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    Le danger est partout

     

    Curieusement, tourné en 1960, il ne fut distribué en France qu’en 1968. Ce qui permettait aux jeunes révoltés contre l’ordre ancien, de retourner décompresser dans les salles de cinéma en regardant des bandes qui ne tiraient guère à  conséquence. Ce sont d’ailleurs les soixante-huitards qui en France ont réhabilité Boetticher. C’était alors un must d’aller reluquer ses films dans les salles d’art et d’essai. On aimait bien alors les films qui sentaient la naphtaline !

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    Réfugiée dans une grotte elle attend que les deux mâles se soient entretués pour décider de son sort

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    Les méchants sont toujours punis

    « Pour en finir avec le maccarthysme, Jean-Paul Török, L’harmattan, 1999.Sur la trace du crime, Rogue cop, Roy Roland, 1954 »
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