• Dans l’ombre de San Francisco, Woman on the run, Norman Foster, 1950

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    L’année 1950 fut une année particulièrement prolifique pour le film noir. Ce film à petit budget de Norman Foster est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord parce qu’il démontre que Norman Foster qui a signé au moins deux autres films noirs de première importance, Voyage au pays de la peur qu’on attribue souvent à tort à Orson Welles, et Les amants traqués, est un vrai réalisateur, avec un style personnel et original. On peut regretter qu’il se soit un peu gâché en travaillant sur des séries cinématographiques ou télévisées. Ensuite parce que le scénario en lui-même recèle des idées valables derrière la simplicité apparente de l’histoire.

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    Eleanor est interrogé par l’inspecteur Ferris 

    Un homme qui promène son chien le soir est témoin d’un meurtre. La personne assassinée était citée à comparaître pour témoigner contre un gangster, Danny boy. La police arrive, et Frank Johnson, l’homme qui promenait son chien déclare qu’il a très bien vu l’homme qui a tiré. Seulement voilà, Johnson qui n’est pas spécialement courageux apprenant qu’il est le seul témoin capable d’identifier le coupable, prend peur et s’enfuit. La police va interroger sa femme Eleanor. Celle-ci paraît marquer une grande indifférence au sort de son mari, et ne leur donne guère d’aide pour que ceux-ci le retrouve. Mais en réalité Eleanor, apprenant que son mari souffre de problèmes cardiaques décide de faire son devoir et va le chercher pour lui remettre ses médicaments, médicaments qu’il ne peut se procurer en pharmacie car la police surveille toutes les officines. Pour échapper à la surveillance de la police, elle va se faire aider d’un journaliste, Legget, et tous les deux vont suivre une sorte de jeu de piste à travers San Francisco pour retrouver Frank. Nous sommes à la moitié du film et l’histoire ici bascule puisqu’on apprend que Legget est justement le fameux Danny boy que la police recherche. Pour se protéger il assassine une jeune danseuse chinoise qui pourrait le reconnaître à partir du portrait-robot que Frank a dressé de lui. Ayant récupéré le dessin Legget va continuer avec Eleanor qui ne se doute de rien à chercher Frank, avec l’intention de le tuer. Finalement ils vont retrouver Frank qui se cache dans une fête foraine. Mais cela finira bien, Legget sera tué et Frank et Eleanor vont se retrouver, amoureux comme au premier jour. 

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    Le journaliste Legget propose son aide à Eleanor 

    Au-delà de l’histoire proprement dite, il y a une étude des caractères qui est assez intéressante. Eleanor hésite entre sa rancœur de femme frustrée et son devoir d’épouse. Elle hésite d’autant plus qu’elle est sous le charme de Legget qu’elle prend pour un journaliste dynamique et entreprenant à la recherche d’un scoop. Esprit rebelle, elle est attiré par ce qui est dans l’ombre et prend un plaisir louche à tromper la police. Mais Legget lui-même dont on ne connait rien des combines louches qui l’ont amené à être recherché par la police, semble très attiré aussi par Eleanor, il balance entre sa nécessaire sécurité qui le pousse au crime, et justement cette attirance pour Eleanor. Frank est peut-être le personnage le plus clair de tout le film, il est amoureux à l’évidence d’Eleanor et s’il a des problèmes cardiaques c’est un peu de la faute à la froideur de sa femme. Il a parié sur sa bonté naturelle. Et malgré ses handicaps multiples, il gagnera. 

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    La police piste Eleanor dans San Francisco 

    La mise en scène est efficace, elle mêle un beau noir et blanc des intérieurs à des prises directes à même la rue, ce qui fait de San Francisco un autre personnage intéressant de ce film. Il y a une utilisation intelligente des décors et particulièrement celui de la fête foraine qui est d’abord la prison d’Eleanor qui reste bloquée dans le grand huit, et qui devient ensuite le lieu de la résurrection du couple en crise. Il y a des plans obliques intéressants qui rappellent d’ailleurs la manière d’Orson Welles.

    L’interprétation est légèrement atypique. Ann Sheridan était à cette époque une actrice sur le déclin, et je suppose que c’est cela qui donne autant de vérité à son personnage d’Eleanor, femme à la fois frustrée et combattive. Dans le rôle de Danny boy, on retrouve Dennis O’Keefe, un habitué des films noirs de série B. sa silhouette massive ne l’empêche pourtant pas d’instiller un peu d’humour. Ce sont les deux acteurs qui occupent toute la place. Ross Elliot qui incarne Frank est assez effacé, mais cela vient essentiellement du fait qu’il n’a pas beaucoup de scènes à interpréter. Robert Keith est le capitaine Ferris, lui aussi est un habitué des seconds rôles dans des films noirs de série B. Ici il est un brin ridicule en se faisant balader par Eleanor ou en promenant son chien.

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    Legget semble amoureux d’Eleanor  

    Sans être un très grand film noir, Woman on the run passe bien les années et vaut le coup d’être vu.

    « Byron Haskin, L’homme aux abois, I walk alone, 1948La femme en cage, Lady in a cage, Walter Grauman, 1964 »
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