• Dans la gueule du loup, The mob, Robert Parrish, 1951

     Dans la gueule du loup, The mob, Robert Parrish, 1951

    Bien avant Elia Kazan, le racket de la mafia sur les quais de New York avait attiré l’attention des cinéastes et des romanciers. On the waterfront date de 1954. Sauf qu’ici, été contrairement au projet de Kazan, le but n’est pas de dénoncer le syndicalisme comme foncièrement mauvais, mais seulement de montrer que la mafia a mis les quais en coupe réglée. Le scénario est basé sur le roman de Ferguson Findley, Waterfront, qui en français porte le titre d’Au suivant de ces messieurs et qui a été publié en 1951 par les Presses de la Cité. C’est le même titre qu’un San-Antonio de 1957, mais ça n’a aucun rapport.

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    Johnny Damico est un policier newyorkais, qui un soir de pluie rentre chez lui après avoir acheté une bague pour sa fiancée. Il est surpris par une fusillade : un homme a été tué, et celui qui l’a tué se prétend flic également. Damico le tient en joue, mais le policier lui  montre une plaque de police. Damico l’invite à téléphoner à la police. Cependant il se révèle rapidement que l’assassin n’est pas un policier, et qu’en réalité celui qui a été descendu était un témoin qui pouvait donner des informations sur la hiérarchie du gang qui tient le port. Pour cette bévue, Damico va être officiellement mis à pied. En réalité, la police va se servir de lui pour pénétrer le gang. Après un séjour assez bref à la Nouvelle Orléans, Damico revient à New York et se fait passer pour un docker qui a eu maille à partie avec la justice et qui recherche de l’embauche. Se réclamant d’un certain Castro, il va obtenir un travail plutôt pénard de conducteur d’engin. Mais ce faisant, il va prendre la place d’un autre docker avec qui il va devoir se battre. Dans la pension où il loge, il va se lier d’amitié avec Clancy, un autre docker dont il se méfie un peu, et Smoothie le barman. Peu à peu il va arriver à s’infiltrer et à rencontrer Castro qui semble régner sur les docks. Cependant Castro se méfie également et va essayer de piéger Damico en le faisant accuser d’un crime qu’il n’a pas commis avec l’aide d’un flic véreux. Damico va remonter finalement jusqu’au mystérieux Clegg.  

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    Clancy discute avec le barman Smoothie 

    Il est difficile de dire si pour l’époque ce type d’histoire était déjà assez courant. Mais au fil du temps c’est vrai que cela n’est plus très original. On en trouvait déjà une variante dans le très bon Raw deal d’Anthony Mann en 1948, et cela se dupliquera jusqu’à The departed de Martin Scorsese, remake assez malheureux du très bon Internal affairs film hongkongais d’Anrew Lau.  C’est donc l’histoire d’un infiltré qui joue un double jeu, se méfiant de tout le monde, mais tout le monde se méfiant de lui. Il y a un côté prolétaire dans la manière de développer le scénario. Les rares images d’extérieur seront d’ailleurs les images des docks et du monde du travail où les dockers sont plutôt maltraités. Il y a beaucoup d’attention accordée à donner une image réaliste des métiers, que ce soit le métier de flic ou le métier de docker. Les conditions de vie misérables dans des garnis de seconde catégorie sont également bien décrites, entre la chambre où on cherche à trouver le sommeil après une journée épuisante, et le bar où on dépense une partie de sa paye pour se donner du bon temps. Mais cet aspect réaliste ne doit pas faire oublier que nous sommes dans un film noir. La scène d’ouverture est à cet égard spectaculaire : il pleut, c’est la nuit, un meurtre vient d’être commis. D’autres scènes mettront en valeur le travail de fourmi de la police, en insistant plus particulièrement sur ce qui à l’époque devait être les techniques modernes d’enquête : on verra la police trafiquer une voiture pour pouvoir la suivre, aussi bien en y cachant un micro, qu’en faisant en sorte qu’elle distille lors de son parcours un liquide fluorescent.

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    Tout en se méfiant l’un de l’autre, Clancy et Damico vont sympathiser 

    D’autres éléments de la vie quotidienne interviendront pour soutenir l’intrigue, par exemple Clancy qui est en réalité un autre flic infiltré cherche à saouler Damico pour le faire parler. Pour cela il l‘emmène boire avec sa propre femme et la sœur de celle-ci. On verra d’ailleurs la propre femme de Clancy se laisser aller au charme un peu rustique de Damico. Parrish mêle donc heureusement la description des loisirs de la classe ouvrière à l’intrigue policière proprement dite. La fiancée de Damico est une simple infirmière, elle aussi a des joies simples, elle s’extasie facilement sur les cadeaux et les promesses de son fiancé, et elle sera toujours prête à l’aider, bien que les circonstances ne sont pas favorables.

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    Damico devient conducteur d’engin 

    La distribution est tout à fait adéquate au projet. Elle est dominée par Broderick Crawford qui, dans le rôle de Damico utilise au mieux son physique usé et brutal. C’est un acteur qui a toujours été excellent et plus particulièrement dans le registre du film noir. Il a une présence étonnante et donne de la densité à l’ensemble. Il est pour beaucoup dans la réussite du film. Mais tous les autres rôles sont très bons aussi. Charles Bronson ne fait qu’une toute petite apparition sur les quais, on le reverra plus tard, un peu plus à son avantage. Ernest Borgnine joue Castro. C’était déjà un acteur confirmé, certes encore confiné aux seconds rôles, mais il avait déjà fait la preuve de son talent, ici il joue, comme à son habitude, du décalage entre des intentions mauvaises et criminelles et une attitude plus décontractée, joueuse. Neville Brand est lui aussi une figure récurrente du film noir, toujours à jouer les mauvais garçons, cruels et promis à la chaise électrique. Ici il est Gunner, le tueur sans état d’âme de Castro. Clancy est interprété par Richard Kiley qui joue sur l’ambiguïté de sa position, lui aussi se trouvant en couverture pour suivre une autre affaire de malversation pour le compte des fédéraux. Il faut bien le dire, les rôles féminins sont sacrifiés. Seule à se faire remarquer, la jeune Lynn Baggett dans le rôle de Peggy qui manifeste sous les yeux de son mari absolument déconfit une véritable attirance pour Damico. C’était sans doute assez audacieux pour l’époque, car même si cela est présenté d’une manière plutôt légère, il s’agit tout de même d’adultère. Une petite mention pour Jay Adler qui joue encore le rôle du réceptionniste de l’hôtel, comme dans Cry danger.

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    Castro veut avoir une discussion avec Damico 

    L’ensemble est rondement mené, avec un noir et blanc très propre. La vivacité de la mise en scène aide d’ailleurs à faire passer l’invraisemblance du scénario. Le nom du véritable boss de la mafia des quais est en effet étonnant pour ne pas dire plus. C’est un film très violent, du moins pour l’époque, qui multiplie les scènes de cruauté. On verra Damico se faire torturer par la police, et on le verra aussi se défendre contre un docker armé d’un croc. Le défaut qu’on pourra trouver au film si on est pointilleux est une sorte d’hésitation entre le « noir » et le film policier. L’enquête prenant le pas parfois sur l’approche naturaliste d’une vérité sociale cruelle et criminelle.

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    Damico veut régler ses comptes avec Gunner 

    C’était seulement le deuxième long métrage de Parrish. Mais déjà il y a cette  précision dans les mouvements d’appareil, le sens de l’espace et de la lumière, une fluidité du récit cinématographique qui en fait tout le prix. Notez pour l’anecdote, que l’un des méchants les plus importants se nomme encore Castro ! Comme si à cette époque en 1951, Robert Parrish avec un compte personnel à régler avec les « Castro ».

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    Le gang veut faire parler Mary qui résiste à l’interrogatoire

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