• Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015

     Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015

    On aurait tort, au motif que Connelly est célèbre et qu’il lui arrive parfois de se louper, de se priver de suivre sa série mettant en scène Harry Bosch. Michael Connelly utilise deux héros récurrents, Bosch et l’avocat Mickey Haller. C’est le premier qu’on aime suivre, le second est antipathique et sans profondeur, banal artifice du roman « procédural ». Mais Bosch a du caractère.  

    Le roman démarre sur les émeutes de Los Angeles de 1992. C’est une atmosphère de guerre civile. La police de L.A. a déconné et s’est laissé débordée. Les émeutes suivent le désastreux procès des policiers qui ont tabassé Rodney King, elles réunissent des dizaines de milliers d’individus qui sont en état de sécession ; La ville est à feu et à sang, des crimes nombreux sont commis. Parmi ceux-ci, une jeune journaliste danoise que Bosch et son coéquipier Edgar trouve au hasard de leur patrouille. C’est ce crime qui va resurgir vingt ans après. C’est la vieille technique du roman noir, le rapport entre le passé et le présent. La mémoire s’effiloche et il faut de l’obstination pour l’honorer, la faire revivre. Il va y avoir une symétrie entre la guerre en Irak, l’opération Tempête du désert et les émeutes de Los Angeles en 1992. Ou encore on pourrait dire que la quête de Bosch c’est la continuation d’une guerre qui a commencé en 1991, s’est poursuivi en 1992 et n’est pas encore achevé aujourd’hui. 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    Les émeutes de Los Angeles en 1992 

    L’enquête menée par Bosch va permettre de relier les morceaux du puzzle et démasqué les coupables de plusieurs crimes non élucidés. Bien sûr comme d’habitude Bosch est emmerdé par sa hiérarchie, bien sûr il essaie tant bien que mal de faire coïncider ce qu’il croit être les devoirs de père avec les exigences de son métier de policier. Mais ici tout est bien emboîté, c’est du grand art. je veux dire que si les détails techniques de l’enquête sont abondants, ils srvent à faire progresser le récit. 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    La voiture utilisée par Bosch lors de son escapade dans le nord de la Californie 

    Cet épisode de la vie de Bosch est sûrement un des mieux réussis. A l’heure actuelle, il y a actuellement deux grands maîtres du roman noir aux Etats-Unis, Michael Connelly et Joseph Wambaugh. Les formes empruntées par Connelly sont très sobres, fourmillent de détails d’une telle précision que la visualisation de l’histoire est aisée. On aime aussi que Bosch écoute de la musqiue de jazz, c’est si rare aujourd’hui. En plus il a bon goût puisqu’il parle de Art Pepper lorsque celui-ci a vécu une seconde naissance au tout début des années 80. Il y a tout un long passage où Bosch discute avec un instructeur de tir au pistolet de jazz. Au-delà de la joute entre les deux hommes cela nous permet tout de même de saisir la vitalité d’un art musical qui est malheuereusement oublié par tous aujourd’hui. Mais c’est une manière de dire aussi que Bosch est un résistant. 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    Bosch adore le jazz et particulièrement Art Pepper : il a bien raison 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    Michael Connelly aime aussi beaucoup ce pianiste élégant, peu connu en France 

    Il y a de nombreuses scènes mémorables dans cet ouvrage, bien sûr la description hallucinée des émeutes de 1992, mais aussi la confrontation avec  l’ancienne petite amie de Charlie dans un dialogue virevoltant, la rencontre avec l’agent du ATF qui se cache pour lui apporter des renseignements et que Bosch fait espionner par son collègue. On peut aussi y ajouter l’interrogatoire de Reggie Banks. 

    Dans la ville en feu, Michael Connelly, Calmann-Lévy, 2015 

    Bosch et son compère Edgar dans la série Bosch

    Bosch est certainement le descendant de Marlowe, et Connelly un disciple de Chandler et de Ross Mcdonald. Même si Bosch a une fille – comme le triste Wallander, le héros de Mankell, Madeline veut du reste devenir flicquesse à son tour – il n’a jamais eu de vie de famille et reste un chevalier solitaire, tout autant que moderne. D’une manière assez masochiste il s’impose un devoir d’humanité avec les victimes. 

     

     

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