• De la promotion du polar

     De la promotion du polar 

    « Le polar » est pour les magazines littéraires un produit de saison. Ça revient tous les printemps, en alternance avec le numéro spécial sur Céline ou sur Camus. C’est un thème qui fait vendre. En général on y apprend rien, c’est à peine si ce genre de produit s’adresse à un public qui n’a pas trop l’habitude de fréquenter les librairies… et le polar. Ça commence très fort avec un éditorial de François Busnel qui nous explique – comme chaque année – que le polar est maintenant un sous-genre reconnu, qu’il fait partie de la littérature la vraie. On cite à l’appui de ses vastes connaissances, l’incontournable Jean-Patrick Manchette ou encore Dashiell Hammett. C’est plus que du réchauffé, ça frise l’escroquerie intellectuelle. 

    De la promotion du polar

    Ensuite le dossier proprement dit commence par un classement assez imbécile puiqu’il prétend nous donner une image du polar en train de se faire, alors que manifestement il ne s’agit que de promotion, parce que le « Quai du polar » de Lyon c’est pour bientôt, et que les auteurs ici cités seront présents à cette foire pour signer leurs livres. Entendons nous bien, je n’ai rien contre ces auteurs qui sont censés représenter le meilleur de la production polardière, mais plutôt contre cette manière de faire, de nous imposer une vision restreinte, convenue et tronquée de celle-ci. En outre, on se demande pourquoi en retenir 10, est-ce parce que les lecteurs de Lire n'iront pas  au-delà ? Est-ce parce qu'il s'agit d'un chiffre porte-bonheur ?

    On continue ensuite avec un long article sur Michael Connelly. Ce dernier est un poids lourd du polar à l’échelle mondiale, et ses romans avec Harry Bosch ont un fort intérêt. Comme on voit, Lire n’innove pas, l’an dernier c’était Ellroy parce qu’il venait en France faire la promotion d’Extorsion – une sorte de demi roman – cette fois c’est Connelly. On aurait bien fait Donna Leon, mais elle ne vend pas assez. On verra bien l’an prochain. 

    De la promotion du polar 

    Ci-dessus le numéro de l’an dernier de Lire 

    Ajoutons pour boucler l’affaire deux sous-dossiers, l’un sur les rapports entre finance et délinquance, avec en prime une photo de Madoff, et l’autre sur le polar espagnol. Car c’est un phénomène assez récent finalement le polar a du succès par son exotisme. Avant il y en avait que pour le polar qui venait d’Amérique, après une longue domination de la forme angalise avec énigme à tiroir, aujourd’hui les destination polardières touristiques se diversifient, et maintenant que le polar nordique a fini de lasser, on essaie de trouver autre chose. L’an prochain je suggère le polar israélien, ou le polar à l’italienne. Y’a de quoi faire.

     

    La question que je me pose est de savoir si ce genre de numéro spécial fait plus de bien que de mal, parce qu’à mon avis si on compte nous faire passer le polar pour un genrre littéraire de haute volée, il faut bien reconnaître que le dernier numéro de Lire est bien maladroit. Le polar d’aujourd’hui est assez lourd, ennuyeux, reconnaissable à sa langue assez pauvre – donc facilement traduisible – donnant la primeur à des intrigues alambiquées. Ça tire à la ligne, harasse le lecteur de détails sans intérêt. Et sur cette dérive, il y a des questions intéressantes à se poser. De même il serait intéressant de se poser la question de savoir pourquoi le polar n’est plus un genre populaire, mais au contraire généralement une distraction pour classe moyenne inférieure en mal de reconnaissance.

    « La french, Cedric Jimenez, 2015La polizia e al servizio del cittadino, Romolo Guerrieri, 1973. »
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