• Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, Gallimard, 2017

     Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, Gallimard, 2017

    La Commune inspire les auteurs de romans noirs. On avait vu Patrick Pécherot avec Une plaie ouverte, sortir un beau texte où se mêlait la vie tragique de la Commune à une méditation sur la modernité et ses tracas[1]. Ensuite, c’était Hervé Le Corre qui après L’homme aux lèvres de saphir, donnait l’excellent Dans l’ombre du brasier, avec une vraie enquête sur un sérial killer[2]. Le propos de Didier Daeninckx qui a fait ses preuves dans le roman noir, n’est pourtant pas d’écrire un roman criminel qui serait situé pendant la Commune. L’idée est de faire revivre un personnage assez peu connu, Maxime LIsbonne, un homme plutôt curieux. D’origine juive portugaise, mais athée, il avait une attirance singulière pour les carrières militaires et pour le théâtre. C’était une forte tête, un insoumis. Pendant la Commune de Paris, il s’illustra dans la bataille, gagnant ses galons de colonel. Mais, blessé et fait prisonnier, s’il échappa à la peine de mort, il fut déporté en Nouvelle Calédonie, avec tout de que cela signifie, en même temps que bien d’autres, notamment Louise Michel. Théâtreux dans l’âme, à son retour de déportation, il se lança dans le montage d’affaires dans le spectacle, mais aussi dans la restauration. Il avait eu cette idée loufoque d’ouvrier un restaurant, La brasserie des frites révolutionnaires, où on servait des plats qui rappelaient le bagne et la défaite des Communards. 

    Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, Gallimard, 2017 

    Daeninckx fait revivre toute une époque, insérant le communard, sa famille et ses amis dans ce qu’on pourrait dire leur vie quotidienne, fortement insérée dans la vie politique de ce temps, avec ses difficultés, la répression et la misère. L’ouvrage est écrit à la première personne, c’est le point de vue de Maxime Lisbonne, même après sa mort. Comme Pécherot et Le Corre, Daeninckx tente de réutiliser les mots de l’époque, les façons prolétaires de parler. Et c’est réussi. Le découpage est imparable, trois parties, la Commune et ses difficultés militaires, sa naïveté, ensuite le bagne de Nouvelle Calédonie, et enfin le retour à la vie parisienne. A chaque fois Lisbonne franchit un palier. Mais la fin de sa vie – il est mort à 66 ans – est plutôt amère et désolante. Il est l’homme de l’échec, la Commune est un échec, ses entreprises théâtrales le sont aussi. On a l’impression de quelqu’un qui refuse la réussite, comme si c’était trop bourgeois finalement, ou comme si la révolution soit aussi une manière de suicide. Il y a tout de même dans les deux premiers tiers de l’ouvrage qui n’est ni une fiction, ni un livre d’histoire, une forme de rage qui me semble bien convenir à l’esprit de cette époque. Daeninckx s’est bien documenté, et qu’on lise son ouvrage ou ceux de Pécherot et Le Corre, on finit par tout connaitre des problèmes militaires de la Commune, presque rue par rue. De même on sera renseigné assez bien sur l’état d’esprit des Versaillais dans leur sauvagerie répressive. On peut peut-être regretter que Daeninckx ne s’attarde pas plus sur le portrait de l’épouse de Lisbonne qui avait l’air d’une sacrée bonne femme. C’est mélancolique, juste ce qu’il faut !

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