• Dillinger, John Millius, 1973

     Dillinger, John Millius, 1973

    La légende des grands voyous est une part importante du film noir français ou américain. Le personnage de Dillinger a donné naissance à une grande quantité de films de plus ou moins bonne qualité d’ailleurs. Il a été incarné par Leo Gordon, Robert Conrad, Laurence Tierney et jusqu’à Johnny Depp pour le plus récent. Je pense que j’en oublie. Mais c’est sans doute le Dillinger de John Millius qui lui rend le mieux justice. En vérité, la façon dont le film est fait, dépend de l’époque dans laquelle il est produit, et donc d’une certaine façon du public à qui il est destiné. Nous sommes en 1973, c’est le premier film de John Millius comme réalisateur, mais il a déjà une grosse réputation de scénariste, en effet, il est l’auteur de Dirty Harry, de Jeremiah Johnson ou encore de The life and times of judge Roy  Bean. Des films très violents comme The wild bunch, ou Bonnie and Clyde, ont connu des succès très importants, et comme l’époque est à l’illustration des gangsters comme personnages incarnant la liberté individuelle, Dillinger semble coller parfaitement à son époque.

     Dillinger, John Millius, 1973 

    Dillinger est braqueur de banques, et il veut que ça se sache 

    Le scénario, écrit par Milius lui-même, tourne autour de l’affrontement entre John Dillinger et sa bande, et Melvis Purvis qui les traque pour le compte du FBI et la gloire de J. Edgar Hoover. D’un côté il développe la philosophie et l’évolution de Dillinger qui vise à devenir le gangster le plus célèbre des Etats-Unis, et de l’autre, l’organisation minutieuse de sa traque, le tout se transformant en une sorte de guerre civile qui évidemment engendre des dégâts collatéraux importants. Car si les gangsters ne sont pas des tendres, ils n’hésitent pas à tuer, les hommes de Purvis ont encore moins de considération pour les passants qui se trouvent sur leur chemin. Dillinger va cependant tomber amoureux de la belle Billie Frechette qui dit être à moitié indienne. Et puis il va s’allier avec d’autres gangsters puissants qui font le même métier que lui, Baby Face Nelson, Pretty Boy Floyd. Rapidement, on sait que Dillinger ira jusqu’au bout, en effet, alors qu’il a de l’argent et qu’il peut passer au Mexique pour y jouir d’une retraite paisible, il va au contraire continuer cette étrange guerre. On le sait, il se fera finalement abattre à la sortie d’un cinéma de Chicago où il était venu voir un film de Clark Gable.

     Dillinger, John Millius, 1973 

    Purvis va traquer les gangsters de la grande dépression 

    Deux principes guident le film, d’abord une volonté de reconstitution qui se veut rigoureuse que ce soit dans le choix des décors, des costumes ou des coupes de cheveux ; et ensuite la mise en scène d’une violence presqu’à l’état pur. L’aspect reconstitution est réussi. La traversé de l’Amérique déboussolée par la Grande Dépression est saisissante. Le ton est d’ailleurs donné dès le générique qui se déroule sur des photos d’époque d’une très grande beauté. La violence des images s’inscrit quant à elle dans les pas de Bonnie and Clyde et de La horde sauvage. Millius emprunte beaucoup à Peckinpah, y compris ses acteurs principaux. Par exemple cette scène où Dillinger et ses acolytes sortent d’une banque qu’ils viennent de piller, et qui les met sous le feu des hommes de Purvis embusqués sur les toits des maisons. Egalement les corps qui sautent sous la poussée des balles qu’ils encaissent. Si les gangsters sont de vrais bouffons, ils ne savent pas quoi inventer pour devenir célèbres, Purvis est fait du même bois. Lui aussi  vise la gloire plutôt que le maintien de l’ordre. Ce sont des hommes qui ont pris le parti des dérèglements sociaux, et même s’ils ne savent pas très bien ou cela les mène, ils continuent à agir suivant leur fonction. Si l’ancrage social de la Grande Dépression est bien là, ce n’est pas pour autant un film de rebelle. D’ailleurs Dillinger n’a aucune conscience de classe. Quand il s’adresse à des journalistes, s’il salue les avancées de Roosevelt pour avoir remis le pays à l’endroit, il prend bien soin d’explique que pour lui la Sécurité sociale ça n’a pas de sens, les gens n’ont qu’à travailler ! Lui-même considère d’ailleurs que de voler les banques c’est un boulot qui demande des compétences particulières.

     Dillinger, John Millius, 1973 

    Machine gun Kelly est lamentablement arrêté 

    Sur le plan cinématographique, c’est très maîtrisé, Millius sait user parfaitement de l’espace pour nous rappeler que la saga de Dillinger s’inscrit au fond dans la logique d’effacement d’une Amérique rurale. A croire que la Grande Dépression a été faite d’abord pour cela. Mais on a droit aussi aux quartiers plus crasseux des faubourgs de la ville, même si c’est pour les mettre en opposition avec le luxe des boîtes de nuit et des restaurants qui ne craignent pas la crise. Sans doute que l’ancrage dans la réalité des années trente aurait pu être un peu plus appuyée dans la seconde partie du film qui tend plutôt à se refermer sur les courses poursuites. La photo est excellente et se démarque assez de ce qui se faisait à l’époque, elle est en effet plus recherchée, plus léchée. Des scènes étranges comme ce vieil homme qui est sensé travailler dans une station essence et qui refuse de faire le plein pour la voiture de Dillinger pour manifester sa colère sans doute contre ce qu’est devenu l’Amérique. Ou encore la raclée que donne Dillinger à Baby Face Nelson atteint de cette folie furieuse de l’assassinat gratuit. Lorsque Purvis croise des gamins qui jouent aux gendarmes et aux voleurs, il est très fier d’être un agent du FBI, il s’en flatte auprès du gosse qui traite cette forfanterie par le mépris, étant persuadé que la seule vie valable est celle de gangster.

     Dillinger, John Millius, 1973 

    La maison est cernée par les hommes de Purvis 

    Les deux acteurs principaux sont Warren Oates dans le rôle de Dillinger et Ben Johnson dans celui de Melvin Purvis. Révélés comme une doublette étonnante dans The wild bunch, ici c’est plutôt l’excellent Warren Oates qui domine le film. Si très souvent il a campé des personnages extravagants, sans souci de refréner son cabotinage, ici il est plutôt sobre, bien qu’il incarne un gangster tout de même un peu allumé. En tous les cas il ne joue pas la carte de la folie ordinaire, on peut même trouver une logique anarchiste à son comportement. Il prétend d’ailleurs être un homme élégant et raffiné. Ben Johnson est bien, mais plus effacé dans le rôle d’un policier manifestement hanté par une vision bouffonne de la police et surtout par le personnage de Dillinger qu’il poursuit jusqu’à sa mort. Il manque certainement d’un peu de profondeur psychologique, mais il ne faut pas trop en demander à Ben Johnson non plus. Harry Dean Stanton impose sa silhouette étrange dans le rôle du naïf Homer. Les rôles féminins sont négligés, à part celui de Billie tenu par la chanteuse Michelle Phillips qui fut une gloire de la pop music américaine, et qui essaya de se lancer dans une carrière d’actrice sans trop de succès.

     Dillinger, John Millius, 1973 

    Homer est abattu impitoyablement 

    C’est dans l’ensemble un très bon film, sans être un chef d’œuvre, qui renouvelle cette tendance du film noir à exalter la vie des grands gangsters violents et sans limites. Il faut croire que le personnage de Melvin Purvis fascina longtemps John Millius, puisqu’il lui consacra l’année suivante un téléfilm. Mais il aura un surcroît de reconnaissance avec Apocalypse now pour lequel il a travaillé le scénario et bien sûr pour Conan le barbare qui fut aussi un énorme succès et lança la carrière d’Arnold Schwarzenegger.  

     Dillinger, John Millius, 1973 

    C’est le tour de Floyd de se faire fusiller sans sommation

     Dillinger, John Millius, 1973 

    A gauche, le vrai Dillinger, à droite Warren Oates dans le rôle

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 13 Novembre 2016 à 11:38

    J'ai jamais vu ce film, mais j'aime bien John Milius.

    2
    Dimanche 13 Novembre 2016 à 11:38

    celui là est très bon

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