• Django unchained, Quentin Tarantino, 2013

     

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    Le scénario de Django unchained  tient sur un timbre-poste : grâce à l’intervention d’un dentiste allemand, chasseur de prime, Django passe du statut d’esclave à celui d’homme libre. S’associant avec le docteur Schultz dans la traque de gangsters, il n’en poursuit pas moins l’idée de retrouver sa femme, une autre esclave noire, dont il a été séparé quand on l’a vendu. Il va retrouver Calvin Candie et libérera sa femme dans un bain de sang bien entendu. Tous deux chevaucheront vers le bonheur qu’on suppose être la fondation d’une nouvelle famille.

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    Le film de Tarantino, lancé à grand renfort de publicité, est incontestablement un succès, contrairement à Inglourious Bastards, il marche bien, le public est content et les critiques sont plutôt bonnes. Mais pour ma part j’ai trouvé de « produit » très indigeste, il est vrai que j’ai plutôt un a priori négatif quand il s’agit de ce réalisateur. S’appuyant sur une forme de politiquement correct assez lassante, il multiplie les effets et répète les scènes à l’infini, un massacre suit l’autre sans faire avancer l’histoire d’un iota. Le premier défaut de ce film c’est d’abord qu’il est très long, deux heures quarante cinq, on se prend à regarder sa montre en attendant qu’il se passe enfin quelque chose. Le second défaut est qu’il est atrocement bavard, ce qui permet aux acteurs, Di Caprio en tête, de se livrer à des numéros de cabotinage à la limite de l’hystérie. Les acteurs sont donc mauvais et très mal dirigés. Jamie Fox fait la gueule, un peu à la manière d’un Daniel Graig noir, et l’insupportable Christoph Waltz surjoue en permanence avec un accent à couper au couteau. Il s’est même donné un petit rôle pour ajouter à la médiocrité de l’ensemble.

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    Ces défauts existaient déjà dans les autres films de Tarantino. Lui-même fait passer son absence de maîtrise technique dans la soi-disant recherche du grotesque. Cette pose lui permet effectivement de faire n’importe quoi. Le pire n’est évidemment pas là, car l’anodin Tarantino a bien le droit de réaliser les films qu’il désire. Et d’ailleurs ce doit être un baratineur de première parce qu’il a réussi à avoir un budget colossal pour son film. En réalité ce qui pose problème est qu’on le prenne pour un « auteur ». Certes je comprends bien que ce mot d’ « auteur » est aujourd’hui très galvaudé, mais il me semble que ce mot devrait être réservé à ceux qui possèdent une grammaire filmique particulière. Tarantino filme plat, il compense cela par une bonne photographie et par des effets visuels surabondants. Par exemple la tuerie finale qui voit les corps faire des bonds de trois mètres sous les impacts, ou les gerbes de sang qui inondent les murs dès qu’une balle atteint son objectif.

    Il n’est pas le seul à utiliser les subterfuges d’effets visuels pour masquer le vide de son écriture cinématographique, c’est même ce qui fait le cinéma d’aujourd’hui. Au-delà de ces limites, on notera le propos ambigu du film. Si on comprend bien, le « nègre » et l’allemand représentent le camp des bons, et les anglo-saxons, voire les Français le camp des mauvais et des pervers.

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    C’est souvent le problème des films qui se veulent anti-raciste de présenter les noirs comme des héros frisant la perfection, ayant non seulement la capacité intellectuelle de déjouer les mauvais tours de l’adversaire, mais également la puissance physique et l’adresse au tir au pistolet. Qu’un héros soit noir, ça ne me dérange pas plus que ça, mais cette insistance à appuyer sur ses qualités viriles montre qu’au fond Tarantino n’y croit pas. D’ailleurs c’est bien le dentiste allemand qui fait de Django ce qu’il est. Ce n’est un secret pour personne que Tarantino n’est pas un intellectuel, mais tout de même il doit bien se rendre compte que son film est fait de bric et de broc et que les idées qu’il pousse en avant sont plutôt douteuses. Le fait que Tarantino parle d’un noir et de l’esclavage a suffi pour faire croire à certains qu’il y avait un message politique et un engagement du point de vue de l’auteur. Une telle analyse me paraît simplette, tant il n’y a guère de risques aujourd’hui à dénoncer les vieilles tares de l’Amérique. La seule chose qui pourrait passer pour audacieuse est le personnage joué par Samuel Jackson, d’un « nègre » encore plus raciste que son patron blanc. Il y avait quelque chose d’intéressant dans cette relation curieuse entre le maître et l’esclave mais qui n’est pas approfondi. Manifestement Tarantino n’a pas lu Hegel !

    Je passe sur les habits ridicules de Django – qui laissent entendre que les nègres ont toujours eu des goûts vulgaires en la matière – ou les lunettes de soleil qu’il porte très souvent sans nécessité. Tout est lourd dans ce film. Ainsi lorsque Django tue les gardiens qui doivent l’emmener travailler dans une mine, les regards appuyés et admiratifs des autres noirs qui l’accompagnent, redoublent déjà ce qui vient d’être démontré. Bref, ni fait, ni à faire, ce film ennuie facilement. Je passe sur le choix de la musique.

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    « Confession d’un tueur de la mafia, The Ice Man, Editions du Rocher, 2012Le champion, Champion, Mark Robson, 1949 »
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