• Ellroy et le cinéma

    Le cinéma est une source de revenu très recherchée par les romanciers car cette manne financière les fait changer de catégorie sociale. Aussi Ellroy a cherché et réussi à obtenir des droits plus ou moins importants pour ses ouvrages. Les adaptations des œuvres d’Ellroy au cinéma ne sont pas nombreuses et elles n’ont pas eu beaucoup de succès. Le dahlia noir, film ambitieux tourné avec beaucoup de moyens, a carrément été un bide noir. James Ellroy lui-même semble avoir été peu satisfait des différentes adaptations qui ont été faites de son œuvre.

    Cop, tourné en 1988, est une adaptation calamiteuse de Lune sanglante. Film produit par James Woods qui joue le rôle de Lloyd Hopkins, il n’a pas eu un budget très important et ça se voit. L’intrigue a été ramassée, et le serial killer a perdu complètement le peu de psychologie qu’il possédait dans le roman. Le casting est plutôt hideux, et l’image guère soignée. Même Lloyd Hopkins est devenu un simple flic dont les difficultés du métier l’amène à se séparer de sa femme et de sa fille adorée. De même le partenaire d’Hopkins, Dutch, est devenu simplement un bon ami, alors que dans le livre il se laisse aller à le trahir. Les relations entre Hopkins et Haines ont été simplifiées. Si dans le roman Haines est poussé au suicide par Hopkins, dans le film, celui-ci l’abat en état de légitime défense. Enfin, Kathleen, incarnée par Lesley Ann Warren, militante féministe, n’est dans le film qu’une idiote hystérique, alors que dans l’ouvrage elle a une dimension différente et Hopkins en tombe réellement amoureux.

    Brown’s requiem, adaptation de l’ouvrage éponyme, a été tourné en 1999, soit après le succès de L.A. Confidential. Mais cela n’a rien arrangé. Film à petit budget, il a reçu à sa sortie une volée de bois vert pour sa médiocrité. Dénoncé comme une pâle imitation de Chinatown, il n’y a que Selma Blair qui sort intacte de cette soupe. Le film fut projeté à sa sortie aux Etats-Unis que dans deux cinémas et ne tint l’affiche qu’une semaine !! Il doit d’être encore connu qu’au fait qu’on l’ait ressorti en DVD comme une œuvre de James Ellroy.

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    Seul L.A. confidential qui date de 1999, a été salué, à juste titre, comme un grand film noir et a rencontré un public nombreux. Pourtant comme il a été souligné dans la revue Polar, le film trahit complètement les intentions d’Ellroy. Non seulement la structure du film est devenue beaucoup plus linéaire, mais de nombreux personnages ont disparu ou ont changé de sens. En outre le happy end du film est complètement décalé par rapport aux intentions du livre. Mais curieusement c’est cette trahison qui fait que le film est excellent et se rapproche quelque part de la perception que Chandler lui-même pouvait avoir de Los Angeles dans les années quarante. Et puis la mise en scène est inspirée et nerveuse. Il y a aussi dans le film une vraie dimension spatiale, une utilisation intelligente de l’architecture de Los Angeles. Les prestations de Kim Basinger et de Gary Pearce ont été très remarquées.

    Le succès du film a été tel qu’en 1999 on envisagea d’en faire une série télévisée de 13 épisodes avec Kieffer Sutherland dans le rôle principal, mais le pilote ne donnant pas satisfaction, HBO, le commanditaire, renonça à poursuivre. Ce pilote a été diffusé sur un petit réseau du câble, probablement à titre de curiosité. Une des possibilités de l’abandon de cette série est qu’elle eut été trop proche de l’ouvrage, distrayant le spectateur, éparpillant son attention un peu dans tous le sens

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    L.A.Confidential, 1999, la série télévisée que devait tourner HBO

      

    Le dahlia noir, tourné par De Palma en 2005, a été un douloureux échec. Non seulement pour De Palma qui comptait là-dessus pour relancer sa carrière un rien chancelante, mais aussi pour Ellroy, confirmant la difficulté qu’il pouvait y avoir à adapter une œuvre aussi touffue. Mais l’échec du film n’est pas dû seulement à la difficulté de tirer un scénario cohérent du livre d’Ellroy. Une grande part de la responsabilité en revient à la trop grande application dans la reconstitution en studio du Los Angeles des années cinquante. Les costumes sont trop parfaits, les voitures trop bien briquées. Il y a aussi un casting particulièrement médiocre, les deux acteurs masculins étant très peu expressifs, alors que L.A. Confidential était à l’inverse porté par des acteurs flamboyants. En dehors de Scarlett Johansson, les acteurs sont particulièrement ternes.

      

    cinema-ellroy-3.jpgEn tant que scénariste, James Ellroy a travaillé sur deux films : Dark blue en 2003 et Au bout de la nuit en 2008. Ce sont deux échecs commerciaux qui s’expliquent plus probablement par le côté standardisé des scénarios. Il n’y a guère d’originalité. Dans Dark Blue, on assiste aux malheurs d’un flic désespéré et corrompu au moment même où les émeutes raciales vont éclater à propos de l’affaire Rodney King. Kurt Russel incarne cette sorte d’anti-héros. Mais cela reste bien en dessous des audaces d’une série télévisée comme The shield par exemple. Le seul intérêt de ce film est d’avoir situé une histoire somme toute banale de flic corrompu au moment des émeutes de Los Angeles, consécutives au procès des flics qui avaient tabassés Rodney King. Mais James Ellroy avait déjà utilisé cette ficelle dans le premier volume des aventures de Lloyd Hopkins, sauf que c’était des émeutes de Watts en 1965 dont il s’agissait. Le résultat est assez convenu et ne dépasse jamais le niveau du téléfilm.

     

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    Au bout de la nuit a permis à Keanu Reeves d’abandonner ses rôles de jeune homme fragile, bien sous tous rapports. Mais les rapports entre les flics plus ou moins corrompus, les conflits avec la hiérarchie, c’est ce qu’on a vue en bien mieux dans une série comme The shield. James Ellroy, en tant que scénariste, s’est trouvé dépassé en matière de violence et de réalisme. La découverte de la corruption d’un des chefs de la police, si elle ressemble à ce qu’on a déjà vu dans Dark blue, est complètement téléphonée. Forrest Whitaker n’est pas très convaincu de son rôle et partage ostensiblement son ennui avec le spectateur.

     

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