• Eric Maravélias, La faux soyeuse, Gallimard, Série noire, 2014

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    Ça fait quelques mois que cet ouvrage est sorti. Ce texte a d’abord tourné sur Internet apparemment avant que, retravaillé, finalement la Série noire s’en empare. Il est vrai que ces derniers temps les publications de la Série ne présente guère d’intérêt. Mais ici c’est différent. C’est un livre très fort, avec un vrai style. Bref une réussite. C’est bien rare que des romans noirs récents m’enthousiasme. Mais ça arrive de temps en temps. Et c’est le cas ici.

    Pour être noir, c’est noir. C’est l’histoire d’une déchéance plutôt longue qui dure des années. Une descente aux enfers dans le milieu des toxicos. Mais derrière cela il y a aussi une vengeance qui va se dérouler sous nos yeux. Deux temps donc, un passé plus ou moins lointain et un présent saignant comme la conséquence fatale. Rien n’est épargné au lecteur, et les détails bien crasseux donnent une authenticité à cette histoire qui se passe dans la banlieue sud de Paris Cachan, Sceaux, Bourg la Reine, à la croisée de deux mondes : la norme et la marge.

    Tout cela a été dit ici et là. Eric Maravélias a aussi déclaré que ses influences devaient être recherchées du côté d’Edward Bunker et James Lee Burke. C’est plus juste pour Bunker que pour Burke il me semble, mais la parenté me paraît encore pourtant plus évidente avec un autre roman de la Série noire, roman aujourd’hui un peu oublié, La scène de Clarence L. Cooper, roman écrit en 1960 et publié en France en 1962 qui se passait dans le milieu du jazz de ces années-là. Clarence Cooper était aussi un toxico, et il est mort probablement d’une overdose à quarante quatre ans.

    Pour le dire plus simplement des récits de camés, il y en a finalement pas mal. Et donc contrairement à ce qu’on pourrait penser à priori, l’intérêt premier de l’ouvrage de Maravélias n’est pas qu’il ait été lui-même drogué et qu’il ait connu de l’intérieur ce milieu, quoique cela ajoute un sentiment de vérité que peu de romans atteignent facilement. Ce qui me paraît plus intéressant, c’est le style. Cette importance du style se retrouve à deux niveaux, une utilisation très juste d’un vocabulaire particulier à la banlieue et aux drogués, notamment dans les dialogues, et aussi une capacité à mettre en scène des sentiments plus ou moins confus qui se trouvent au-delà des normes communes, en rupture avec les codes sociaux dominants. Malgré la dureté des situations, il y a une vraie tendresse, aussi bien chez Marévélias pour ses personnages, que chez ces rebuts de l’humanité qui se décomposent sous nos yeux. Et puis il y a ce rendu de la fatigue, de l’épuisement, qui prend aux tripes. Le cerveau est rongé, autant que les sens, le corps s’efface et s’effrite dans la violence et l’ennui du quotidien.

    C’est donc un excellent roman, rare dans la production polardière actuelle. Certes on peut reprocher ici et là quelques petites choses, des répitions de vocabulaire, ou encore le bref passage bien inutile à la fin d’un rappel sur les racines du mal de vivre de Frank qui plongeraient finalement dans l’enfance. 

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