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    Paul Schrader est surtout connu comme le scénariste de Martin Scorsese, c’est lui a écrit Taxi Driver, mais aussi La dernière tentation du Christ ou encore Raging bull. il a écrit aussi pour Sidney Pollack, Yakusa, ou pour Brian de Palma, Obsession. Moins connu en tant que réalisateur, il en a pas moins réalisé 17 longs métrages, dont American gigolo, La féline, Mishima ou encore Hardcore et City Hall. Il est le représentant d’un cinéma désenchanté, typique de la fin des années soixante-dix. La révolution sociale n’est plus à l’ordre du jour, et le système économique s’en va vers sa décomposition dans l’indifférence générale des individus qui ne luttent plus que pour leur survie.

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    Les conditions de travail dans l’industrie automobile sont pénibles

     

    Trois amis, ouvriers de l’industrie automobile de Detroit – avant la déconfiture de cette ville, Zeke, Jerry et Smokey, sont aux prises avec des conditions de travail difficiles, une direction hargneuse et tâtillone mais aussi avec les problèmes récurents de fin de mois. Deux noirs, un blanc, un rien branleurs, ils contestent aussi la bureaucratie syndicale corrompue. Coincés de tous les côtés, ils vont finalement décider de cambrioler le syndicat, pensant trouver une forte somme d’argent. Mais ce n’est pas le cas, le casse ne leur rapporte que 600 dollars. Cependant, comme ils opnt embarqué aussi un cahier dans lequel le syndicat note les prêts illégaux qu’il accorde, ils vont dcider de le faire chanter. Ils y ont d’autant moins de scrupules, que le syndicat déclare qu’on lui a dérobé 20 000 dollars pour arnaquer la compagnie d’assurance. Mais les choses vont plutôt mal se passer. Smokey sera assassiné, Zeke se trouvera récupéré par le syndicat qui lui propose un boulot peinard de délégué syndical, et Jerry va, par crainte d’être assassiné, se jeter dans les bras du FBI pour balancer les combines du syndicat.

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    Zeke conteste les orientations et les pratiques du syndicat

     

    Le film a beaucoup plu à sa sortie, on y a vu aussi bien la critique de la condition ouvrière dans une industrie automobile américaine qui paraissait pourtant à l’avant-garde des conditions de travail, mais encore la dénonciation d’une bureaucratie syndicale encroûtée et affairiste. Ce n’est bien sûr pas le premier film sur la condition ouvrière, ni sur l’industrie automobile, mais c’est surtout un film sans illusion, qui ne cherche pas à magnifier cette vie sans espérance, ou à mettre en avant des postures héroïques. Le caractère sombre provient d’abord du renvoie dos à dos de toutes les formes d’institutions, que ce soit l’entreprise où le harcèlement est constant, que ce soit le syndicat qui semble peu intéressé par le sort des ouvriers ou encore du FBI dont les buts sont obscurs. Mais bien sûr le film renvoie aussi à la passivité et au manque de conscience de classe de la classe ouvrière. Il n’y a pas une image très positive à en tirer.

    Dans ce contexte, le casse et ses conséquences dramatiques n’est qu’un élément sur une pente fatale qui entraîne les trois ouvriers vers leur destruction physique aussi bien que morale.

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    Zeke, Jerry et Smokey ont fait la fête

     

    Le film balance entre la comédie amère, les scènes cocasses abondent, et le drame. Sa réussite provient certainement d’avoir su conserver la tension entre ces deux pôles. Des scènes très drôles il y en a, que ce soit Zeke qui apostrophe le syndicat, ou encore les trois amis qui s’en vont faire la fête, sniffer de la coke et baiser. Mais les scènes dramatiques sont tout aussi forte, notamment la mort de Smokey, ou la peur qui s’empare peu à peu de Jerry.

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    Smokey sera assassiné

     

    Si beaucoup privilégient Paul Schrader scénariste, il ne faut pas oublier que c’est également un réalisateur très doué, qui ne filme pas n’importe comment ou platement. Ici, bien sûr, il va user d’un style très proche du documentaire, piéger la saleté et le délabrement de la ville, la pauvreté des logements, la misère des consommations. L’image ne sera donc pas tellement policée, léchée, au contraire, elle a un côté brut. L’intérieur de l’usine est filmé de cette même manière, privilégiant finalement les objets par rapport aux individus, dénonçant ainsi la déshumanisation latente du capitalisme moderne. Volontairement les scènes d’action qui sont finalement plus nombreuses qu’on pourrait le croire, sont escamotées, parce que justement l’action est juste la conséquence de la matérialité de l’existence et non pas l’inverse.

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    Jerry et Zeke finiront par se battre

     

    Les acteurs sont plutôt bons. Harvey Keitel, habitué de ce genre de rôles, Yaphet Kotto, et dans une moindre mesure Richard Pryor qui en fait tout de même un peu trop dans le genre grimacier. On sait que le tournage du film a été difficile notamment à cause de l’opposition entre Harvey Keitel et Richard Pryor. Ça ne se voit pas trop à l’écran, probablement parce que dans le déroulement de l’action, les relations entre Zeke et Jerry se dégradent fortement.

     

    On retiendra quelques scènes étonnantes, par exemple celle d’un ouvrier, très gros, qui se bagarre avec la machine à distribuer les boissons et qui sera mis à pied pour avoir détruit le matériel.  La fiesta chez Smokey avec de la coke et des filles plus que complaisantes.

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    Mickey Rooney a essayé souvent de briser l’image qu’on avait de lui, celle d’un gentil garçon, sautillant, chantant, jouant de sa petite taille – petite taille qui ne l’empêchait pas d’être un séducteur, puisqu’en autre il fut le mari d’Ava Gardner. C’est ainsi que de temps en temps il a fait des apparitions dans des films noirs, ce qui permet de se rendre compte de son talent. Ainsi il tournera dans l’excellent Drive a crooked road de Richard Quine en 1954, où d’ailleurs il trouvera un rôle un peu similaire. Mais Irving Pichel, quoiqu’il fut crédité des Chasses du conte Zaroff, n’est pas un très grand réalisateur.

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    Dan se demande où il peut bien trouver 20 $

     

    C’est donc l’histoire de Dan Brady, un gentil petit mécano qui se fait vampiriser par la curieuse Vera Novak qu’il rencontre dans un bistrot non loin du garage où il officie. Seulement pour sortir cette sorte de femme fatale, il lui faudrait un peu d’argent, et comme son patron est avare, il est sans le sou. Il cherche à se faire rembourser le prêt qu’il a fait à un ami, mais celui-ci n’est pas disponible. Bref, après avoir tout essayé, il va se résoudre à taper dans la caisse de son patron pensant qu’il pourra remettre les vingt dollars avant qu’on se soit aperçu de leur disparition. C’est le début d’un engrenage fatal. Car en effet pour rembourser ces 20 dollars qu’il a empruntés, il va acheter une montre à crédit pour 100 $, montre qu’il va mettre au clou pour 30 $. Mais la police le guette et trouvant louche qu’il ait mis au clou une montre de 100 $ le soupçonne de ne pas vouloir la payer. Moriarty – c’est le nom du flic – lui enjoint de rembourser les cent dollars d’ici au lendemain sinon il se propose de lui dresser le caractère en le mettant en prison. Désespéré Dan va agresser un forain ivre qui se trimballe toujours avec des liasses de billets de 50 $. Mais il a été vu. Et voilà que l’ancien patron de Vera, le sinistre et jaloux, Nick se met en tête de faire chanter Dan, il lui demander de voler une voiture dans le garage où il travaille. Cde que Dan fait évidemment, mais c’est au tour de son patron, l’avare propriétaire du garage de le faire chanter également. Il le somme de ramener la voiture d’ici le lendemain, ou de lui ramener 3000 $, sinon il le balance aux flics.

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    La police le somme de rembourser l’emprunt qu’il a fait pour la montre qu’il a mise au clou

     

    Ne sachant plus que faire, il parle de cela à Vera qui va l’encourager à cambrioler Nick. Ce qu’il va faire. Tout se passe bien, sauf qu’au passage la cupide Vera va étouffer 1800 $ pour se payer un manteau de fourrure. Il ne peut donner que 1800 $ à son patron, qui, pas gêné, les encaisse pour ensuite le dénoncer à la police. Dan se rebelle contre cette injustice et étrangle son patron. Dès lors il doit fuir. Evidemment il ne peut pas compter sur Vera qui à la première occasion le vend à la police même si celle-ci ne lui demande rien.

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    Nick, l’ancien patron de Vera est d’un naturel plutôt jaloux

     

    Il va finalement s’enfuir avec la belle et gentille Helen qui accepte de partager son sort. Dan se rend qu’il a tout fait faux en courant après Vera. Mais il faut fuir, et sur la route il va braquer un automobiliste qui se révélera être un avocat. Finalement il sera révélé que le patron de Dan n’est pas mort, et n’ayant pas de casier judiciaire, l’avocat lui assure qu’il n’aura qu’une peine légère et qu’ensuite il pourra retrouver l’amour et la sérénité auprès de la belle Helen.

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    Le patron de Dan le fait chanter

     

    Comme on le voit le scénario contient pas mal de scènes plutôt invraisemblables, et l’accumulation de situations scabreuses qui enfoncent toujours plus le malheureux Dan nuisent à la crédibilité de l’ensemble. De même, le fait qu’il préfère cette vieille garce de Vera à la douce Helen révèle plutôt d’un esprit déséquilibré et pervers, parce qu’entre les deux, il n’y a pas photo. Mais peut être que ce qui est le plus déroutant c’est le happy qui est en décalage complet avec cette accumulation d’emmerdes qui tombent sur Dan. C’est ce qui du reste fait que de nombreux puristes ne classent pas ce film comme un film noir. Il reste cependant que si ce film n’est pas un grand film, il a tout de même de nombreuses qualités.

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    Vera pousse Dan à aller dévaliser Nick

     

    La première qualité, c’est la distribution. Mickey Rooney montre qu’il excelle aussi dans les rôles dramatiques. Alors qu’il a souvent été cantonné dans des rôles d’amuseurs pas très sérieux, des comédies sirupeuses, il a cherché à réorienter sa carrière en permanence, mais son physique n’était pas facile à utiliser. Jeanne Cagney, la sœur de James Cagney incarne la noire Vera avec beaucoup d’énergie. Elle a un physique d’ailleurs gênant, tant elle ressemble à son frère ainé, le même front, le même nez, les mêmes yeux. Elle n’a pas fait une grande carrière au cinéma cependant. Peter Lorre est Nick, l’ancien patron de Vera qui se consume de jalousie. On reconnaîtra aussi Jack Elam dans un tout petit rôle.

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    Dan va cambrioler la boutique de Nick

     

    Parmi les points positifs, on retiendra encore l’utilisation des décors californiens où se mêle à la façade maritime le labyrinthe de la fête foraine. C’est également un film où se sent le labeur. Dan est un ouvrier mécanicien, Vera trime comme caissière dans un bistrot, et tous deux ont du mal à joindre les deux bouts. C’est plutôt bien filmé. On retiendra plus particulièrement le cambriolage de la boutique de Nick, avec des ombres fuyantes et menaçantes, ou encore la fuite désespérée à San Diego – petite ville portuaire et laborieuse – où Dan se fera arrêté par la police.

     

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    Dan n’est pas content de voir que Vera a dépensé la moitié de l’argent pour se payer un vison

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    Excédé par le chantage de son patron, Dan l’étrangle

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    Fuyant avec Helen, Dan kidnappe un avocat



     

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    George Roy Hill était un réalisateur à succès notamment grâce à Butch Cassidy et le Kid et L’arnaque. Il passa en 1984 à un sujet plus grave et plus controversé puisqu’il traite du terrorisme et du conflit israélo-palestinien. Le film est basé sur un roman passionnant et fortement documenté de John Le Carré. Les moyens financiers sont là, le casting très bon, et pourtant ce sera un bide noir.

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    Un groupe palestinien déterminé utilise le terrorisme 

    L’histoire tourne autour de l’action d’un groupe d’agents israéliens visant à éliminer un commando palestinien particulièrement redoutable. Dirigé par Khalil, il commet des attentats un peu partout à la surface de la planète et souvent utilise pour véhiculer ses bombes des jeunes femmes qui ont été séduites par les palestiniens, ou qui se trouvent dans la mouvance révolutionnaire européenne, puisque la cause palestinienne a été souvent vue comme le prolongement du combat contre le capitalisme. Le but est de remonter jusqu’à la tête : d’éliminer Khalil. Pour cela le Mossad va retourner une actrice un peu marginalisée dans son métier, mais qui se donne à fond à la cause palestinienne. Le but est de l’utiliser pour qu’elle remonte elle-même jusqu’à Khalil. Pour cela elle devra s’entraîner dans les camps palestiniens, apprendre à poser des bombes, jusqu’à ce qu’elle soit digne de confiance et qu’elle arrive jusqu’à Khalil. Elle le séduira et finira par introduire les tueurs auprès de Khalil. Le conflit israélo-palestinien n’a pas donné naissance à beaucoup de fictions, à l’exception toutefois notable de The Levanter d’Eric Ambler parue en 1972. Et sans doute John Le Carré a-t-il trouvé chez le maître du roman d’espionnage une partie de son inspiration. Pourtant c’est un sujet propice à des histoires denses et solides. 

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    Joseph donne une arme à Charlie pour la rassurer 

    Le film est très fidèle au roman qui est selon moi un des meilleurs de John Le Carré. Sa mise en scène éclatée donne un réalisme intéressant à l’histoire. On passe de l’Angleterre à la Suède, de l’Allemagne en Israël parce que le conflit est internationalisé depuis ses débuts. La précision des détails dans la traque du commando palestinien est remarquable, notamment dans la partie qui se passe en Allemagne. C’est un travail d’équipe dont l’efficacité repose sur la solidarité et l’abnégation. Mais à côté de la description du travail des services secrets israéliens, il y a aussi le portrait étonnant de Charlie la militante pro-palestinienne, une jeune femme mal dans sa peau, prompte à s’embarquer dans des aventures bancales sans trop réfléchir aux conséquences. C’est d’ailleurs sur l’affectivité – d’un côté ou de l’autre – que les Palestiniens comme les Israéliens vont jouer. Comme dans le roman d’ailleurs, John Le Carré ne porte de jugement sur tel ou tel groupe. Il montre que les services secrets israéliens, comme les commandos palestiniens possèdent une logique singulière qu’on ne saurait nier d’un trait de plume, une logique qui d’ailleurs souvent dépasse les malheureux exécutants de cette tragédie. Par contre ce qui est au fond condamner ce sont les techniques de manipulations des uns et des autres, selon lesquelles la fin vaut les moyens. 

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    Charlie va être retournée par le Mossad 

    Le film a pu passer pour pro-israélien, ce qui sans doute lui a enlevé bon nombre de spectateurs et a laissé la critique craintive. Probablement parce que ce sont les services secrets israéliens qui sortent vainqueurs des commandos palestiniens. Mais John Le Carré, en tant qu’Anglais, n’est pas pro-israélien, ce serait même plutôt le contraire. Certainement qu’il y a eu chez lui la nostalgie de ce qu’était la Palestine au temps du Mandat britannique. Certes les terroristes palestiniens apparaissent comme particulièrement cruels et tenant guère compte des dommages collatéraux de leurs actions, mais n’est-ce pas l’énergie du désespoir qui les poussent dans cette voie ? Et après tout la trouble Charlie sera passée par pertes et profits par les services secrets israéliens au-delà de son rôle dans l’élimination de Khalil.

    Si les Israéliens sont les plus déterminés, la plupart des personnages de ce drame sont dans l’ambiguïté. Et même le rigide Khalil. Celui-ci est d’un côté un chef de commando sans pitié, mais de l’autre, il se laisse aller à des sentiments amoureux pour Charlie, ce qui causera sa perte. Et même Martin Kurtz le chef des services secrets israéliens marquera cette ambigüité par des réflexions finales désabusées, alors même qu’il a atteint son but 

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    Charlie partage la vie des commandos palestiniens qui s’entraînent 

    En remettant cette histoire à hauteur d’homme, on avance dans les déterminations souvent troubles qui guident l’engagement politique ou même l’activité d’agent secret. Charlie est une menteuse invétérée, et sous la pression de Martin Kurtz, son système de la représentation de la réalité va voler en éclat.  Les scènes les plus remarquables sont celles où justement Martin Kurtz est confronté aussi bien à Michel qu’il veut faire parler, et il y arrivera, qu’à Charlie qu’il veut recruter pour la défense de la cause israélienne.

    La distribution, si elle n’est pas très glamour est très juste, surtout si on se réfère aux personnages du roman. Diane Keaton a le physique pour jouer cette femme un peu seule, un peu délaissée qui a besoin d’embrasser une cause même si elle n’y comprend finalement pas grand-chose. Le solide Yorgo Voyagis est Joseph, l’agent secret israélien qui séduit Charlie et l’amènera à collaborer. Plus étonnant est Klaus Kinski dans le rôle de Martin Kurtz, il est d’une sobriété remarquable. Et puis il y a enfin Samy Frey dans le rôle de Khalil. Dans des petits rôles il y a encore David Suchet, et John Le Carré lui-même qui incarne un policier de Scotland Yard. 

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    Charlie va séduire le redoutable Khalil 

    La mise en scène est nerveuse, le rythme soutenu, surtout dans la première partie lors de la traque et de l’élimination du commando palestinien  en Allemagne. On suit souvent en parallèle trois histoires, celle de Charlie, celle du commando qui traque et élimine les terroristes, et enfin celle de Martin Kurtz qui coordonne l’activité et manipule un peu tout le monde. Ça nous permet de faire des détours par la Grèce, Leipzig et l’Allemagne lisse et propre, ou encore Beyrouth et le Liban qui a cette époque-là se trouvait dévasté par la guerre. Les oppositions entre les espaces marquent aussi la distance qu’il peut y avoir entre ce que comprennent les acteurs du conflit israélo-palestinien, et les Occidentaux souvent attachés à des déterminations symboliques qui ne correspondent à rien sur le terrain. Aujourd'hui cette manière de poursuivre la lutte n'existe plus du côté palestinien, les temps ont changé, et si la situation reste tendue, le terrorisme à l'extérieur d'Israël et des Territoires Palestiniens a pratiquement disparu, alors que dans les années soixante-dix et au début des années quatre-vingts, les attentats palestiniens défrayer la chronique. 

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    Joseph tuera Khalil  

    C’est selon moi un des meilleurs films d’espionnage qui ait été tourné, et probablement un des plus réalistes aussi. Il démontre s’il le fallait que George Roy Hill fut un très bon réalisateur. Evidemment on retrouve tous les thèmes déjà développés par John Le Carré dans ses autres œuvres, cette  lassitude du héros, cette incertitude qui ronge les âmes les plus déterminées, l’ambigüité de la cause défendue. Il n’existe de disponible sur le marché qu’une version américaine sans sous-titres en DVD. Une réédition en Blu Ray est à mon avis souhaitable.

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    Le film est arrivé en France auréolé des récompenses du festival de Berlin, ce qui dans un certain sens ne veut rien dire puisqu’il y a belle lurette que les prix, dans les festivals, sont décernés en fonction de critères qui ne sont pas forcément cinématographiques. La critique a cependant été mitigée. Les uns souvent amateurs d’exotisme appréciant cette visite guidée au cœur de la Chine, et les autres restant plutôt hermétique à cet exotisme. Sans être un chef d’œuvre, c’est un très bon film, très intéressant à tous les points de vue. Et d’abord il s’agit d’un vrai film noir.

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    En 1999 Zhang pense enquêter sur des meurtres en série

     

    L’inspecteur Zhang qui vient juste de divorcer dans la douleur, enquête sur ce qu’on croit être d’abord une série de meurtres commis par un psychopathe. Les morceaux d’un corps sont retrouvés dans une usine où se traite le charbon – d’où le titre du film. Rapidement la police identifie la victime. L’enquête mène la police dans des lieux divers et variés, jusqu’au moment où ils vont tomber sur deux voyous particulièrement violent qui tueront plusieurs policiers et que Zhang abattra. Cette bavure si on peut dire, amènera Zhang à quitter la police et à travailler dans les services de sécurité d’une grande usine. C’est presque par hasard, alors qu’il a sombré dans l’alcoolisme, que cinq ans plus tard il renouera par hasard avec cette enquête. Il retrouve en effet, alors qu’il fait grand froid, un ancien collègue de la police qui continue d’enquêter sur la veuve de la personne dont on a retrouvé les morceaux au milieu du charbon.

    Dès lors, par désœuvrement semble-t-il, Zhang va renouer avec son passé et tenter de démêler une intrigue qui s’avère compliquée.

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    Les policiers tombent sur des jeunes voyous ultra-violents

     

    L’histoire est assez classique puisqu’il s’agit encore d’un policier déchu et alcoolique qui va se lancer dans une sorte de rédemption. Balançant entre les deux personnages principaux, le policier et l’employée du pressing, elle rappelle un peu le film de Claude Miller, Mortelle randonnée. C’est donc un film noir, désabusé. Son intérêt réside, me semble-t-il, à la fois dans l’opposition entre les deux personnages principaux, et dans l’ancrage social de l’enquête. Zhang est maladroit et brutal, mais il est assez simple et ouvert. La veuve au contraire est fermée à double tour, mystérieuse, sans rien donner de ses motivations. C’est une femme fatale d’un genre particulier, puisqu’elle n’est ni très sophistiquée, ni particulièrement tortueuse.

    Le contexte social est évidemment très intéressant. Le film se passe dans la Chine du Nord. Les mines de charbon, l’industrie lourde, le labeur incessant sont l’environnement de cette histoire tournée dans un environnement très pauvre, misérable. C’est la Chine du boom économique au début de l’accumulation primitive du capital. Ici la vie est rude, misérable, et les saisons sont très marquées. Le prologue se passe en été, les corps se dénudent, on mange de la pastèque. Le reste du film se déroule en hiver, par moins trente. Les occasions de rire et de s’amuser ne sont pas nombreuses, un faux casino, une patinoire en plein air.

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    En 2004 Zhang n’est plus que l’ombre de lui-même

     

    Diao Yinan écrit lui-même ses scénarios. Avant d’être réalisateur, il fut scénariste pour d’autres metteurs en scène. Néanmoins la construction use parfois d’artifices naïfs, le dénouement de l’intrigue est plutôt convenu, et le spectateur ne met pas longtemps pour se rendre compte que la veuve est impliquée jusqu’au cou dans la série de meurtres.

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    La veuve est employée dans un pressing

     

    Si dans l’ensemble la mise en scène est très maîtrisée, la photo est excellente, là encore on relèvera des ficelles qui nuisent un peu à l’ensemble, comme le meurtre du collègue de Zhang à coups de patins à glace, la scène se passe hors champ, on ne voit que le meurtrier agir très longuement. On pourra juger également les scènes d’humour un peu lourdes. Mais il semble bien que cela soit une spécificité chinoise. Il y a cependant une manière de jouer sur les couleurs et sur l’espace qui fait tout à fait ressentir la chaleur et le froid comme des éléments singuliers de l’histoire. Curieusement, le cinéma asiatique qui est en ce moment le plus dynamique du monde, est ici assez absent. Diao Yinan lorgne plutôt du côté américain, voire du côté de Jean-Pierre Melville. C’est un hommage au film noir dans son ensemble.

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    Zhang va tomber amoureux

     

    Les acteurs sont très bons, Fan Liao joue Zhang Zili, le policier neurasthénique, de manière tout à fait convaincante. Exubérant et obstiné, il porte sa fragilité en bandoulière.  Lun-mei Gwei est Zu Zhizen, la veuve mystérieuse qui résiste à tout, même aux avances de son patron. Elle engendre les passions les plus délirantes un peu sans rien faire, un peu malgré elle. C’est de loin le personnage le plus hermétique puisqu’on ne saura rien de ce qu’elle aime ou ce qu’elle n’aime pas. La manière dont elle se donne à Zhang est d’ailleurs étrange, on ne sait si elle partage la passion de notre flic défroqué ou si elle cède par lassitude aux pressions brutales du mâle. Une mention spéciale doit être ici accordée à Ailei Yu qui incarne Wang, le collège de Zhang. C’est un acteur étonnant qui fait passer les choses tout en finesse.

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    L’obstination de Zhang va l’amener jusqu’au tueur

     

     

    Je le répète ici, c’est dans l’ensemble un très bon film noir, à voir sans réserve. Une fois le film terminé, on reste encore sous le charme un peu vénéneux. 

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    Petit polar sans prétention, c’est l’histoire d’un trafic d’armes. Ludo, inspecteur de police, se fait passer pour un truand et approche Pedro qui est un grand fournisseur d’armes. Il tombe sous le charme de la belle Lola qui est aussi la femme de Pedro. A ce dernier il propose un deal au nom d’Albatrasse, un autre trafiquant que les policiers retiennent en garde à vue sans trop de raison, seulement pour que Ludo soit crédible auprès de Pedro. Le but est de découvrir où Pedro cache son stock. La livraison doit s’effectuer dans le port de Sète. En attendant, Ludo est devenu ami avec Pedro. Tout se passe plutôt bien, les policiers sont arrivés à piéger Albatrasse et lui faire dire ce qu’il voulait. Mais celui-ci s’évade et va compromettre une arrestation en douceur. La police donnera pourtant l’assaut final, mais si le réseau sera démantelé, Ludo y laissera la vie.

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    Ludo propose un marché à Pedro

     

    L’histoire ne casse pas trois pattes à un canard, le scénario de Jacques Robert est un rien paresseux, mais le film recèle bien d‘autres atouts. D’abord l’ensemble est remarquablement bien filmé, avec une utilisation de l’écran large très efficace. Quelques scènes ressortent du lot, l’attente en gare de Sète par exemple, ou la fuite d’Albatrasse dans la nuit à travers des escaliers et son ombre qui grandit puis s’éloigne. L’interrogatoire d’Albatrasse est plein d’astuces, non seulement il s’agit pour les policiers de fabriquer un enregistrement bidon des propos du vieux trafiquant, mais aussi de le filmer d’une façon dynamique en multipliant les angles de prise de vue.

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    La belle Lola qui a du béguin pour Ludo ne se rasait pas sous les bras

     

    L’autre bonne surprise de ce film est la distribution. Certes ce sont tous des habitués du film noir, mais ici ils sont plutôt très bons. Les personnages principaux sont interprétés par Raymond Pellegrin, Ludo, et Peter Van Eyck, Pedro, qui au-delà de leurs rôles respectifs de flic et de truand, s’affronte aussi à propos de la belle Lola, jouée par Françoise Fabian dont c’était encore les débuts. Charles Vanel est Albatrasse, et à ce titre n’a qu’un rôle secondaire, mais efficace. Lino Ventura est curieusement assez effacé, mais ce sont ses débuts, il porte le curieux nom de Legentil !

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    Les policiers retiennent Albatrasse pour mieux piéger le réseau

     

    Plus remarquables sont deux autres seconds rôles : d’abord Jeff interprété par Dario Moreno dont on oublie souvent qu’il fut un très bon acteur, préférant ne retenir que son aspect chanteur pour noces et banquets. Et puis bien sûr il y a Albert Simonin. Celui-ci a aussi écrit les dialogues du film, mais il interprète monsieur Albert, un faux truand, petit et rondouillard, et pour les amateurs de « noir », c’est bien sûr un plaisir que de le retrouver.

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    Monsieur Albert est un inspecteur qui se fait passer pour un intermédiaire

     

    En regardant ce film, on se prend à avoir des regrets pour ce qu’aurait pu être la carrière d’Henri Decoin. Il avait manifestement toutes les qualités pour être un grand metteur en scène. Il dirigeait très bien ses acteurs, savait utiliser la profondeur de champ, rendre les couleurs de la nuit, mener des scènes d’action. Mais il devait sans doute être très paresseux car ses scénarios étaient souvent bâclés, manquant de profondeur.

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    Jeff qui à l’occasion pousse la chansonnette ne doute de rien et pense qu’il va empocher des millions

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    A Sète ils prennent un déjeuner roboratif

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    Albatrasse s’est échappé

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    Malgré son attirance pour Ludo, Lola ne le sauvera pas



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    Henri Decoin et son équipe sur le tournage

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