• Haines, The lawless, Joseph Losey, 1950

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    Joseph Losey est un réalisateur un peu oublié aujourd’hui, alors que dans les années soixante il avait atteint une notoriété considérable, le classant parmi les grands réalisateurs, à l’égal de Welles ou de Bergman. On considérait alors qu’il était important de voir tous les films qu’il avait pu tourner

    The lawless est un des films américains de Losey qui est sans doute le moins connu et qui était jusqu’à maintenant très difficile à voir. Une ressortie en DVD vient combler cette lacune. Comme on le sait Joseph Losey était communiste, lecteur de Marx et de la littérature marxiste, il avait fait un voyage en Russie. Cet engagement politique fort l’entraîna à produire un cinéma très critique, ce qui l’amena ensuite à s’exiler en Angleterre pour poursuivre sa carrière de réalisateur.  

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    Les jeunes mexisains ne sont pas forcément bien traités dans les champs de tomates où ils travaillent 

    The lawless est typique d’un cinéma américain militant – le titre américain parle de ces mexicains « sans-droit » - qui a été presque tué par ce qu’on appelle par commodité le mccarthysme. Il anticipe  de quelques années, par son sujet et par son traitement, le film de Herbert Biberman Le sel de la terre qui sera tourné dans des conditions épouvantables en 1954. A travers un scénario de film noir, il s’agit de dénoncer la façon dont sont traités les mexicains qui travaillent dans les champs de Californie. Le propos va au-delà du racisme puisqu’il s’inscrit dans la lutte des classes : les mexicains sont traités comme des sous-hommes parce qu’ils sont exploités comme une main d’œuvre bon marché. 

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    Le jeune Paul qui s’est accroché avec des « blancs » se fait remonter les bretelles par son père 

    Le scénario est signé Geoffrey Homes – pseudonyme de Daniel Mainwaring – d’après son roman. Ce même Geoffrey Homes qui fut à l’origine d’un des chefs d’œuvre du film noir, Out of the past. Scénariste de très nnombreux films, il était aussi un écrivain très engagé, et il échappa presque par miracle à la chasse entamée par l’HUAC contre les rouges.

    Des jeunes mexicains qui gagnent un peu d’argent à travailler dans les champs de tomates où ils sont exploités – leur exploitation est une des conditions de la prospérité des WASP – se querellent un jour avec quelques jeunes gens appartenant à la bourgeoisie locale. Une bagarre s’ensuit. La police intervient et met fin à l’altercation, mais plus tard les jeunes « Américains » vont provoquer les Mexicains lors d’une soirée dansante. Il s’ensuit une nouvelle bagarre générale, et dans la cohue, le jeune Paul qui a la tête un peu chaude frappe un policier qui est intervenu sur les lieux. Pris de panique, il s’enfuit sans trop savoir où il peut bien aller. Dès lors la petite ville de Santa Marta va être en ébullition. Excitée par une presse qui cherche toujours le sensationnel, elle s’engage dans une chasse à l’homme. Le journaliste local, Larry Wilder, comprenant que la situation devient dangereuse va intervenir et sansd doute sauver la vie à Paul. Celui-ci est traduit devant la justice, mais la foule ne s’en contente pas et commence à devenir menaçante. Elle va s’en prendre au journal qui sera détruit. 

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    Le jeune Joe affirme son racisme et sa morgue face à son père 

    Le racisme est une affaire de classe, voire de lutte des classes : cette vision marxiste est en effet porté par des jeunes Américains, riches et arrogants qui considèrent que les Mexicains sont généralement des sous-hommes des clochards et au fond qu’ils sont à leur juste place dans cette situation inférieure. Mais s’il y a d’un côté l’opposition entre les jeunes Mexicains et les Américains, on trouve aussi une romance entre le journaliste et une jeune Mexicaine. Comme s’il était possible de dépasser les oppositions initiales. Mais le racisme est aussi le résultat d’un comportement moutonnier, la ville dans son ensemble construisant ses peurs et s’en délectant, sans regard critique. 

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    Paul est finalement rattrapé par la police 

    Le résultat est assez ambigu. Il y a deux défauts qui sautent aux yeux. D’abord le scénario est assez invraisemblable, il repose sur une accumulationa ssez invraisemblable de mauvaises coïncidences qui amènent presque le jeune Paul à se faire lyncher. Il va de Charibe en Scylla, après avoir frappé malencontreusement un policier, il vole une voiture, puis se retrouve mêlé à l’accident de la voiture de la police qui est venu l’arrêter. Ensuite, les oppositions entre les méchants racistes et les bons ouvriers mexicains reste un peu caricaturale. Les jeunes Mexicains ont simplement la tête un peu chaude, ils n’ont pas une once de méchanceté. Une vision plus complexe aurait pu rendre compte du fait que justement le racisme ajouté à l’exploitation économique rend méchant et cruel. Ce manichéisme nuit au propos. Mais il serait injuste de ne voir le film que de ce point de vue. Il y a aussi des bons côtés. Le film s’ouvre par exemple sur une longue explication de la situation des Mexicains. C’est une analyse détaillée de leur exploitation, de leurs difficultés et de leurs peurs. On note que par le ton, ce film peut être rapproché de Border incident d’Anthony Mann, film noir qui prend lui aussi pour point de départ le mauvais traitement de la main d’œuvre mexicaine et qui sera toruné l’année suivant. Bien évidemment il y a aussi cette capacité à saisir le moment où la foule cesse d’être la simple addition d’individualités pour devenir un monstre que plus personne ne contrôle. Mais ça c’est un thème plus commun du cinéma américain. Moins commun est de montré comment la presse manipule et façonne l’opinion, pas seulement pour faire plaisir aux puissants, mais parce que c’est la meilleure manière pour elle d’exister. 

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    Il est présenté à la police 

    C’est le second long métrage de Joseph Losey, après Le garçon aux cheveux verts tourné deux ans plus tôt et qui traitait aussi de l’intolérance et des différences. The lawless est cependant moins niaiseux. Le film et pas mal de problème et ne bénéficia pas d’un budget important. Les acteurs ne sont pas des acteurs de premier plan, et Losey laissait entendre qu’il avait eu des problèmes avec son actrice principale, Gail Russel, qui était déjà alcoolique. L’intérêt de l’interprétation vien principalement d’avoir mélanger des acteurs habitués à la logique hollywoodienne et des acteurs mexicains dont manifestement une partie d’entre eux ne sont pas des professionnels. 

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     La foule veut en découdre et va ravager les locaux du journal 

    Bien entendu, malgré ces réserves, il faut voir ce film. La mise en scène, malgré le peu de moyens est brillante, que ce soit l’aspect quasi documentaire de la récolte des tomates, ou les longs plans à la grue filmant la foule en délire, ou encore les gros plans de Paul qui traquent les souffrances et les peurs. Tout cela donne une ambiance assez étouffante et tendue. On notera que le scénario, comme la mise en scène, tente d’éviter les pièges d’une trop grande simplification. Par exemple les violences policières ne sont portées que par un seul policier, les autres sont plutôt respectueux de la loi. Ou encore la première altercation entre les jeunes Américains et les jeunes Mexicains ne prend pas tout de suite un aspect dramatique. Celui-ci ne viendra que progressivement. 

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    Ferguson se propose de réparer les dégats et de remettre en route le journal

    « Gone girl, David Fincher, 2014La traversée des livres, Jean-Jacques Pauvert, Viviane Hamy, 2004 »
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