• Hélène Regazzi et Cécile Boizette, Itinéraire d’une enfant du milieu, Fleuve Noir, 2012.

     

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    Hélène Regazzi est la fille de Jean-René Regazzi et la nièce de Gaby Regazzi et Mimi Regazzi. Le clan Regazzi était connu comme étant très proche de Gaétan Zampa, cette proximité sera révélée par le fait que plusieurs membres de la famille Regazzi ont été enterrés dans le caveau de la famille Zampa. La plupart des membres de cette famille qui se sont illustrés dans le grand banditisme, sont morts dans des règlements de compte. Le plus souvent les témoignages des gens du « milieu » sont consacrés à leurs exploits, avec la volonté de remettre un peu les pendules à l’heure et de dresser un portrait un peu plus acceptables de criminels notoires.

    Le but de l’ouvrage d’Hélène Regazzi est très différent et c’est heureux. Il s’agit de décrire comment un enfant du milieu vit dans ce milieu, comment il va en être marqué, mais aussi comment il existe dans ses marges puisqu’il ne connait pas et ne participe pas aux aventures de sa famille. Donc on n’assistera pas ici à une défense de ce qu’a été la famille Regazzi pour la bonne raison qu’Hélène Regazzi ne parle jamais des activités délictuelles de son père et de ses oncles. C’est en quelque sorte à une analyse sociologique des gens du milieu qu’elle se livre. Leurs origines sociales ce sont les quartiers nord de Marseille, avec Mourepiane comme point d’ancrage. Les Regazzi sont issus de l’immigration italienne qui s’est installée dans les quartiers nord de la ville, oscillant entre le désir de devenir entrepreneur et celui de gagner beaucoup d’argent sans trop se fatiguer, mais au cœur de quartiers populaires, du temps où il y avait encore de l’industrie en grande quantité dans la ville.

    Mais évidemment les Regazzi ont un destin peu commun. D’abord par le fait que Jean-René est bigame, il a fait deux enfants à chacune de ses femmes et qu’il partage sa vie entre deux familles. Ce n’est pas banal surtout pour quelqu’un qui fait de la famille une valeur au-dessus des autres. Cette extravagance montre les voyous s’ils ne sont pas tous bigames, vivent tous dans l’exagération et l’exaspération des passions, fussent-elles les plus mortelles. Ensuite par le fait que les règlements de compte qui jalonnent leur vie impriment un rythme des plus particuliers. La mère d’Hélène Regazzi tient un restaurant-pizzeria dans un quartier très populaire de Marseille, on y voit Jean-René faire les commissions, rester au bar à tailler la bavette avec la clientèle, etc. Zampa passe de temps en temps boire un verre, mais jamais d’alcool. Et s’il semble assez craint, il paraît lui-aussi vivre de cette culture populaire faite de rencontres dans les bars, d’agapes dans les restaurants et de fêtes plus ou moins drôles entre amis. Ils ont tous en commun une simplicité de désirs qui est remarquable.

    L’ouvrage d’Hélène Regazzi met également en avant la culture musicale dans laquelle toute cette population baigne, ce sont des chansonnettes qui exaltent les sentiments et distribuent des illusions romanesques, de celles qui permettent de mieux se protéger du malheur, car bien sûr le malheur frappe cette famille, que ce soit dans les règlements de compte ou par le biais de la maladie. Et il ne semble guère que les quelques biens amassés au fil de décennies de labeur et de combines ne puissent compenser tout ce noir qui domine. Les derniers chapitres, quand cette famille Regazzi est complètement décimée, renvoyée au néant, sont d’ailleurs assez poignants.

    Si on recherche quelques renseignements sur l’activité criminelle des Regazzi, alors on ne lira pas ce livre, mais si au contraire on cherche à comprendre un peu mieux le terreau sur lequel cette criminalité s’est développée, alors on s’y intéressera. En même temps, on mesurera à quel point la délinquance d’aujourd’hui est très différente, pas tant dans ses combines du reste que dans son mode de vie, sa façon de dépenser l’argent, de faire société. La saga des Regazzi est inscrite dans le Marseille ascendant de l’après seconde guerre mondiale.

    L’ouvrage a été écrit avec Cécile Boizette, c’est peut-être un peu dommage car on sent bien qu’Hélène Regazzi est une femme de caractère, mais on ne sait pas si le style enlevé de l’écriture est la conséquence de ce caractère où le produit de la technique d’écriture de Cécile Boizette. Pour faire bonne mesure l’ouvrage reproduit des articles du Provençal qui donnent un peu la mesure de l’implication des Regazzi dans le milieu, mais à la manière des journalistes, c’est-à-dire sans rien dire d’intéressant et en construisant des hypothèses – notamment sur la mort de Zampa qui est présentée comme un suicide incontestable – qui nous semblent avec le recul un peu saugrenues.

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