• Hommage à Françoise Arnoul

     Hommage à Françoise Arnoul 

    1952, Le fruit défendu, Henri Verneuil 

    Françoise Arnoul est décédée il y a quelques jours. C’est une grande tristesse. Cette actrice, née en Algérie, était très particulière, c’est-à-dire qu’au-delà de son jeu, sa personnalité resplendissait à travers les personnages divers et variés qu’elle incarnait. Les années cinquante furent ses années à elle dans le cinéma français. Dotée d’un charme singulier, elle incarnait tout aussi bien les garces que les femmes de cœur. Elle n’hésitait pas à se montrer dénudée – un peu – ce qui ne pouvait que ravir les jeunes spectateurs. Fine, de petite taille, elle était l’image de l’émancipation féminine avant la lettre. Son sourire lumineux était irremplaçable, plusieurs metteurs en scène cinéphiles comprendront cela au point de lui donner des rôles dont le film n’avait pas vraiment besoin. Je pense ici à Lucky Jo de Michel Deville, voire un peu plus tard Ronde de nuit de Jean-Claude Messiaen en 1984.   

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1954, Le mouton à cinq pattes, Henri Verneuil 

    Elle était faite pour le film noir où elle trouvera ses meilleurs rôles, et pour le noir et blanc. Si les années soixante furent celles de Brigitte Bardot, les années cinquante furent celles de Françoise Arnoul. Elle tournera des films très importants. Par exemple Le fruit défendu tiré de Lettre à mon juge de Simenon, elle y était une garce perverse qui travaillait à la destruction systématique d’un ordre bourgeois en s’attaquant à un médecin vieillissant, une sorte de notable qu’elle poussera à dynamiter sa famille et son statut de notable incarné par un Fernandel en grande forme. Elle tournera plusieurs fois avec Verneuil. Dans Le mouton à cinq pattes, elle retrouvera Fernandel qui incarne cinq personnages différents. Et puis dans Des gens sans importance, peut être le meilleur de Verneuil, elle sera la partenaire de Jean Gabin dans un film dramatique de routier[1]. Là elle ne jouera pas les allumeuses, mais une jeune femme simple aux prises avec les difficultés de la vie quotidienne. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1955, French Cancan, Jean Renoir 

    Elle était déjà la partenaire de Jean Gabin dans French Cancan de Jean Renoir où elle tenait le rôle d’une petite blanchisseuse qui s’élève dans la société grâce à la danse et au music-hall. Dans Sait-on jamais elle tenait un rôle de faire valoir, une femme hésitante entre deux hommes, le cruel Sforzi incarné par Robert Hossein et le pétulant Michel qu’interprétait Christian Marquand. Vadim avait cette intuition sur un scénario assez maigre de la filmer un peut dénudée, en couleur et cinémascope dans une Venise brumeuse et presque déserte au rythme de la superbe musique du Modern Jazz Quartet. Ce film est assez étonnant parce que si son histoire n’est pas très intéressante, Vadim tire des images, notamment de Françoise Arnoul, un charme étonnant qui prouve que le cinéma est bien autre chose qu’une capacité à raconter des histoires. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1956, Des gens sans importance, Henri Verneuil 

    Elle avait une grâce que des actrices contemporaines comme Jeanne Moreau n’avaient pas, et c’est sans doute pour cela que la Nouvelle Vague évita de la regarder, la trouvant sans doute trop glamour ou trop lumineuse pour ses films moroses. Henri Decoin l’engagea pour un de ses rôles les plus célèbres, celui de la Chatte. Ici elle était une espionne usant de son charme et de son intelligence pour séduire des officiers allemands et faire avancer les affaires de la Résistance. Son personnage était inspiré, pour son surnom au moins, de Mathilde Carré une espionne qui travaillait non pas pour la Résistance, mais pour la Gestapo qui l’avait retournée ! Le film eut un tel succès qu’il fallut la ressusciter pour une suite, La chatte sort ses griffes. Ce mélange d’action et d’érotisme était tout à fait pour elle. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1957, Sait-on jamais, Roger Vadim 

    Dans le film de Pierre Chenal, La bête à l’affût, elle sera plus sage, enfin, si on veut. Elle sera une veuve, assez riche et assez désœuvrée pour tomber amoureuse d’un homme évadé de prison qui se dit innocent[2]. Dans ce film noir, elle se laissait aller au doute délicieux de savoir si elle devait douter ou non de la culpabilité de cet homme tombé un peu du ciel. En 1959 on la retrouve au côté d’Alain Delon cette fois dans Le chemin des écoliers de Michel Boisrond. Ce film sur l’Occupation, inspiré de Marcel Aymé et travaillé par Michel Audiard, tentait d’une manière assez indirecte de dévaloriser la Résistance. Mais indépendamment le but assez louche, on pouvait y voir Alain Delon dont c’était les débuts, peindre les jambes de Françoise Arnoul pour laisser croire qu’elle portait des bas dans un moment où la pénurie de ce produit était flagrante. Françoise Arnoul très engagée à gauche, elle sera longtemps la compagne de Bernard Paul, réalisateur communiste, s’était sans doute un peu égarée dans cette entreprise, mais les anti-résistancialistes avançaient masqués. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1958, La chatte, Henri Decoin 

    Son dernier grand rôle est sans doute celui de Nicole dans Asphalte d’Hervé Bromberger[3].  C’est un film noir un peu oublié, bien que ces derniers temps on se soit appliqué à réhabiliter Bromberger. Une femme qui a épousé un homme très riche revient sur son passé et retrouve son quartier de jeunesse et ses amis qui ne sont pas tous devenus honnêtes. Françoise Arnoul hésite ici entre ses origines et son destin qui lui a permis de s’extraire d’une misère sans avenir. Je l’aimais beaucoup aussi dans Lucky Jo de Michel Deville. Inspiré d’un ouvrage de Pierre Lesou, Main pleine, qu’il trahissait allègrement, Deville jouait en 1964 de la nostalgie qu’inspirait Françoise Arnoul. Elle y était un ancien amour d’un truand qui sortait de prison et connaissait une fin dramatique. Dans ce petit rôle, où elle exhibait ses belles jambes, elle apportait une fois de plus une lumière qui si elle était un peu noire, illuminait tout de même cette mélancolie. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1959, La bête à l’affût, Pierre Chenal 

    Elle mit sa carrière en sommeil dans les années soixante. Les raisons à cela sont assez peu claires. Certains ont avancé que c'était la conséquence de sa liaison avec Bernard Paul. A mon sens son temps avait un peu passé et on voulait des actrices soient un peu plus intellectuelles – du moins en apparence – soit un peu plus affriolantes sur le plan sexuel. Mais sans doute n’était elle pas assez préoccupée et obstinée par sa carrière pour rechercher de meilleurs opportunités. Elle semblait prendre la vie comme elle venait et pas tracer de plan pour se mettre en valeur. On peut le regretter, mais il n’est pas certain qu’elle s’en inquiétait et elle était aussi plutôt fidèle à Henri Decoin avec qui elle tourna beaucoup ou à Ralph Habib, encore un cinéaste sous-estimé. Les témoignages que j’ai eus de ceux qui l’ont connu semblent aller dans ce sens. En tous les cas on peu la saluer et garder le souvenir de son magnifique sourire qu’elle promena tout au long d’une carrière tout de même très riche. 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1959, Le chemin des écoliers, Michel Boisrond 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1959, Asphalte, Hervé Bromberger 

    Hommage à Françoise Arnoul 

    1964, Lucky Jo, Michel Deville

     



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/des-gens-sans-importance-henri-verneuil-1956-a161956386

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/la-bete-a-l-affut-pierre-chenal-1959-a114844600

    [3] http://alexandreclement.eklablog.com/asphalte-herve-bromberger-1959-a176863802

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  • Commentaires

    1
    Chip
    Lundi 9 Août à 17:02

    J'ai rencontré Françoise Arnoul, en 2016 à Deauville. Elle faisait partie du jury présidé par Frédéric Mitterrand. Un bonheur, simple, aimable, pas avare question d' autographe,  et quel doux sourire, pour moi, elle était la star du festival.

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