• Hostiles, Scott Cooper, 2017

      Hostiles, Scott Cooper, 2017 

    Le western contemporain se caractérise sans doute principalement à la fois par sa mélancolie et par une prise de distance critique vis-à-vis de l’histoire des Etats-Unis. Le cœur même de ce genre de film est de questionner la violence fondatrice des Etats-Unis. Tournés le plus souvent dans des décors naturels magnifiques, il s’agira de montrer à quel point l’homme, au prétexte de la civilisation, est un prédateur qui s’en prend non seulement aux natifs, mais aussi à la nature elle-même. Mais il arrive que cette nature se venge aussi. Scott Cooper est un acteur reconvertit dans la mise en scène. On lui doit l’excellent Out of the furnace[1], déjà avec Christian Bale, mais il a aussi tourné le très médiocre Black mass[2]. C’est un réalisateur qui revendique une sorte de cinéma populaire, ou de genre, pour en faire aussi un sujet de réflexion. 

    Hostiles, Scott Cooper, 2017 

    Quaid se fait assassiner sous les yeux de sa femme et de ses enfants 

    Blocker a une mission, il doit accompagner le chef cheyenne Yellow Hawke vers le Montana pour qu’il y meure en paix. Vétéran des guerres indiennes, il est très hostile aux natifs, et dans un premier temps refuse, mais il va pourtant céder aux ordres de ses supérieurs. Yellow Hawke est accompagné de sa famille. Une demi-douzaine de soldats assure l’escorte. Rapidement sur le chemin la troupe va devoir se porter au secours de Rosalee Quaid dont toute la famille a été assassinée par une bande de Comanches particulièrement virulents. Ils vont l’accompagner jusqu’à Fort Winslow. Ils seront sur la route attaqué par les Comanches. Ils arriveront au Fort complètement diminués. Là Blocker va être chargé d’escorter aussi un prisonnier, un soldat tueur d’indiens qui doit passer en cour martiale pour avoir massacrer sans raison des autochtones. Au fur et à mesure que le voyage progresse vers l’Est, leur troupe va s’amenuiser. Les femmes sont enlevées par une bande de trafiquants de fourrure qui les violent : leur libération sera sanglante. Le soldat prisonnier s’enfuira, mais repris par le sergent Metz qui se suicidera. Finalement Blocker amènera sa troupe jusqu’au lieu où doit mourir Yellow Hawke, ce qu’il va faire. Mais sur place ils vont se heurter à un homme puissant qui s’est approprié de vastes espaces et qui veut chasser Blocker de « ses » terres. Il s’ensuivra une terrible fusillade. Seuls survivront Blocker, Rosalee et Little Bear, le très jeune descendant de Yellow Hawke. Blocker démissionnera de l’armée, Rosalee et Little Bear vont partir par le train pour Chicago et au dernier moment Blocker décide de les accompagner.

     Hostiles, Scott Cooper, 2017 

    Blocker veut que Yellow Hawk porte des chaînes 

    Il est assez difficile de comprendre clairement où Scott Cooper veut en venir. On comprend bien que la guerre est une chose ruineuse, que les blancs qui ont colonisé l’Amérique y ont amené la mort. Mais au-delà on n’est guère éclairé. Certes ce voyage va ouvrir les yeux à Blocker qui, si au début du film démontre une hostilité maladive à l’égard des amérindiens, va apprendre à les apprécier. Rosalee est aussi dans le même cas. Et pourtant toute sa famille a été massacrée. Qu’est-ce que tout cela veut dire ? S’agit-il de culpabilité ? S’agit-il de nous présenter la nécessité de vivre ensemble comme un impératif civilisationnel ? L’approche se veut nuancée, chacun présente ses bons et sers mauvais côtés, chacun possède de bonnes raisons d’agir comme il le fait. Mais cette équivalence, outre qu’elle devient rapidement bavarde, esquive la question du jugement. Tout le monde a ses bons et ses mauvais côtés, les indiens comme les blancs. Et d’ailleurs le prisonnier Wills ne comprend pas pourquoi dans un premier temps on l’a laissé massacrer les peaux rouges et ensuite on veut le pendre pour ça. Blocker est un soldat de métier qui se veut droit et juste, aussi il sera ami avec un soldat noir, ce qui sans doute à l’époque ne va pas de soi. Et donc la question du racisme est aussi bien posée dans le rapport que les blancs ont avec les autochtones, mais aussi dans celui qu’ils entretiennent avec les noirs qui se sont un peu émancipé à la faveur de la Guerre de de Sécession. L’aspect politique n’est pas très clair, bien qu’on comprenne que Scott Cooper vise à mettre le doigt sur les plaies de l’Amérique. Le portrait de Blocker est assez traditionnel. Soldat de métier, il a participé à toutes les guerres qui ont fait l’Amérique, notamment les guerres contre les indiens, c’est un solitaire qui puise dans la foi une sorte d’exutoire. Ce voyage vers le Montana va pourtant le transformer, et il découvrira l’amour. La fin qui voit Rosalee prendre en charge Little Bear est une manière de prôner la réconciliation entre les peuples, mais on peut trouver le message un peu lénifiant tout de même.

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    Ils vont croiser les assassins de la famille Quaid 

    Comme on le voit le scénario part un peu dans tous les sens, malgré sa volonté de linéarité. Ce manque de principe rend sa lecture assez compliquée. Beaucoup de critiques ont retenu les belles images et les beaux paysages. C’est incontestable, et ces grands espaces nous montrent mieux encore que cinquante discours combien l’homme est un prédateur hors pair. Mais tout cela ne suffit pas. La mise en scène est assez lourde. D’abord parce qu’elle s’appuie sur des dialogues tellement pédagogiques qu’ils en deviennent barbants. Par exemple quand la femme de Fort Winslow explique à des soldats qui savent forcément de quoi il retourne combien les autochtones ont été spoliés et maltraités. Le film est extrêmement sombre aussi dans le choix des couleurs, ce qui gâche justement le contraste bienvenu entre l’âme sombre des colonisateurs et la splendeur de la nature. Le rythme est extrêmement lent. Certes cette lenteur est là pour mieux faire ressortir les explosions de violence et aussi le danger que cette petite expédition encourt. Mais il nous semble que ce film est trop long d’au moins une bonne vingtaine de minutes. Il y a un déséquilibre dans le traitement, c’est-à-dire que c’est seulement le point de vue de Blocker qui est retenu ici, les natifs apparaissent un peu trop comme des images, une toile de fonds pour une histoire. 

    Hostiles, Scott Cooper, 2017 

    La troupe s’est amenuisée au fil des jours 

    L’interprétation est également discutable. Christian Bale joue trop les hommes taciturnes dans le rôle de Blocker, et on le voit pleurer un peu à contretemps. L’excès de sentimentalité ne passe pas très bien. Il était déjà aux côtés de Scott Cooper dans Out of the furnace. Il avait aussi déjà tourné dans un western, 3 :10 to Yuma. Rosamund Pike incarne Rosalee, mais sans doute est-elle un peu trop sophistiquée pour le rôle d’une mère de famille, une paysanne, qui vient de perdre ses trois enfants. Le reste de la distribution es très bon, à commencer par les indiens, contrairement à ce qu’on avait vu dans Dances with wolves, on ne mise pas ici sur le glamour, mais il est vrai que ce sont d’abord des indiens vaincus qui se trouvent à l’écran, et non plus des fiers combattants. 

    Hostiles, Scott Cooper, 2017 

    Rosalee a sorti sa carabine 

    Non, il ne s’agit pas d’un très grand western comme certains critiques hâtifs se sont empressés de le dire. Mais le film se voit tout de même assez bien et comporte suffisamment de bons aspects pour qu’il vaille le déplacement. Le film hésite trop entre la culpabilité de l’Amérique blanche et l’hommage aux autochtones détruits sur l’autel du progrès.

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    Après avoir hésité, Blocker va rejoindre Rosalee



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/les-brasiers-de-la-colere-out-of-the-furnace-scott-cooper-2013-a114844702 

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/strictly-criminal-black-mass-scott-cooper-2015-a125676288 

     

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