• I am Spartacus, Kirk Douglas, Caprici, 2013

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    Spartacus est un film clé dans l’histoire d’Hollywood. Kirk Douglas qui en a été à l’origine a bien raison de lui consacrer un livre. Non seulement l’histoire présentée par le film est tout à fait subversive à l’époque, elle va à l’encontre des canons du cinéma positif et réactionnaire, mais en outre, le film jouera un rôle décisif dans la fin des listes noires à Hollywood, et par là ouvrira la voie à un renouveau cinématographique qui allait perdurer tout au long des années soixante et soixante-dix. C’est à partir de là qu’on va voir des films un peu plus engagés « à gauche », puisqu’Hollywood était très largement à droite. A ce moment là Kirk Douglas est au sommet de sa gloire, et il vient de connaitre un énorme succès mondial dans Les vikings, film qu'il avait également produit.

    Dans le numéro de novembre de Positif, l’inénarrable Michel Ciment, qui a passé son temps à défendre l’indéfendable Elia Kazan, ne comprend pas très bien le sens de cet ouvrage. Il dénonce pêle-mêle, l’ego surdimensionné de Kirk Douglas, sa propre interprétation de la chasse aux sorcières, et encore le fait que Kirk Douglas ne donne pas plus d’importance à Stanley Kubrick. On pourra l’instruire un peu en lui rappelant que la chasse aux sorcières commence bien avant la Guerre froide, avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le conflit contre les puissance de l’axe et quelle a des objectifs différents de ceux de la Guerre froide : il s’agit d’une contre-révolution dans la culture populaire. Le fait que Kirk Douglas ne donne pas vraiment d’importance à Stanley Kubrick vient principalement du fait que Spartacus est d’abord le projet de Kirk Douglas, et ni celui d’Anthony Mann, ni celui de Kubrick.

    1960 est une année charnière, non seulement sort Spartacus qui va être un immense succès, mais aussi Exodus, autre film scénarisé par Dalton Trumbo et réalisé par le grand Otto Preminger avec Paul Newman, et qui connaitra aussi un grand succès populaire dans le monde entier. C’est aussi vers cette époque que l’antisémitisme commence à refluer aux Etats-Unis, et d’ailleurs que commence la lutte pour les droits civiques des noirs. C’est l’année de l’élection de John F. Kennedy qui symbolise ce tournant.

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    Kubrick dirigeant Kirk Douglas 

    Mais pourquoi ce film a représenté autant de difficultés ? Aujourd’hui, il nous paraît assez banal dans son propos. Mais à l’époque il développait deux idées qui apparaissaient comme subversives : l’exaltation de la collectivité par rapport à l’individu (« I am Spartacus » renvoie à l’image de ses esclaves qui s’approprient collectivement le nom de Spartacus qui va mourir, comme d’un symbole), mais également un antiracisme virulent, représenté par Draba, le géant noir interprété par Woody Strode.

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    Kubrick sur le tournage de Spartacus 

    Kirk Douglas qui a fait une des plus belles carrières à Hollywood, a toujours eu une conscience de gauche assez marquée, sans être un révolutionnaire. Et très tôt il a pu choisir ses films, s’impliquant en tant que producteur dans des productions risquées, comme Les sentiers de la gloire, toujours avec Kubrick.

    L’ouvrage est très bien écrit, même si c’est seulement à 95 ans que Kirk Douglas a entamé sa rédaction. C’est à la fois la retranscription d’un long cheminement semé d’embûches, c’est presque trois ans qu’il fallut pour que le film voit le jour. Et cela dans un climat assez difficile. Il fallut faire face à des difficultés financières, le budget s’alourdissant tous les jours un peu plus à cause des dépassements. Mais il y eut aussi de nombreuses difficultés artistiques. Il fallut remplacer Anthony Mann, et Kirk Douglas ne s’entendit pas très bien avec Stanley Kubrick. Il l’avait déjà engagé sur une autre de ses productions, Les sentiers de la gloire, et le trouvait plutôt génial en tant que réalisateur. Mais Spartacus était son projet, et il dût intervenir parfois violemment contre Kubrick pour lui faire comprendre qui était le patron. Notamment Kubrick avait coupé la scène où l’ensemble des esclaves répète I am Spatacus – ce qui lui valut de recevoir une chaise sur le coin de la figure. Le portrait qu’il dresse de Kubrick est plutôt sans concession. Il le présente comme un arriviste, allant jusqu’à se proposer pour endosser la paternité du scénario, à cause des difficultés que Trumbo avait aves les guignols de l’HUAC.

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    Spartacus, film à grand spectacle demanda une mise en place soignée des figurants 

    Quand Spartacus fut sur les écrans, une page était tournée – même si la version sortie à ce moment-là avait été édulcorée par Universal qui craignait le boycott de l’American Legion. En effet un nouveau président – John F. Kennedy – venait d’être élu et les conneries de l’HUAC paraissaient maintenant ringardes. Kirk Douglas rappelle qu’au moment de la sortie du films la grand majorité des Américains pensaient que la chasse aux sorcières était une stupidité.

    Outre l’analyse du contexte  politique, l’ouvrage de Kirk Douglas est très intéressant aussi sur la manière dont les studios fonctionnaient, et sur la façon dont des individus comme Kirk Douglas, Burt Lancaster et quelques autres se sont progressivement émancipés de cette tutelle.

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    Kirk Douglas lors de la présentation de Spartacus dans une version restaurée en 2012

     

    Contrairement au vieux Michel Ciment de Positif, je trouve que ce livre est très utile et passionant, non seulement pour toutes les raisons que nous avons dites ci-dessus mais parce qu’il démontre que Spartacus c’est plus un film de Kirk Douglas – producteur et acteur – qu’un film de Stanley Kubrick. La vieille politique des auteurs en prend un coup. Du reste Stanley Kubrick lui-même ne le retenait pas dans sa propre filmographie. Et puis c’est aussi la démonstration que pour faire de grands films il faut aussi avoir un sacré caractère !

     

    Aujourd’hui, 9 décembre 2013, Kirk Douglas a 97 ans. 

    « Le pays de la violence, I Walk the Line, John Frankenheimer, 1970Le temps des loups, Sergio Gobbi, 1969 »
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