• Ici brigade criminelle, Private hell 36, Don Siegel, 1954

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    Don Siegel n’a pas toujours eu la main heureuse. Mais ici il a un très bon scénario, écrit par Ida Lupino et son mari de l’époque Collier Young, et en outre il bénéficie de moyens assez importants, sans être démesurés cependant. Par hasard, un flic de Los Angeles croise des truands qui cambriolent une pharmacie. Il arrête le petit voleur, mais les flics s’aperçoivent qu’il a embarqué un billet de 50 $ qui est marqué et qui provient d’une attaque à main armée qui a eu lieu à New York quelques mois auparavant. Dès lors ils vont suivre la piste de ce billet. Cal Bruner et Jack Farnham arrive jusqu’à une chanteuse de cabaret qui dit avoir reçu ce billet d’un moustachu. Les deux flics vont le chercher. Ils vont le trouver, grâce à l’aide de Lili Marlowe, la chanteuse. Ils le poursuivent en voiture, mais le gangster se tue en ratant un virage. Miracle ils vont tomber sur la boîte qui contient les billets de banque. Cal cependant décide de s'en approprier une partie qu’il pense partager avec Jack qui par ailleurs à des problèmes d’argent importants. Dès lors les ennuis commencent. Jack veut rester honnête,  il est gêné par le geste de son coéquipier, mais celui-ci est tombé amoureux de Lili et pense qu’ainsi il pourra lui payer ce qu’elle désire. En outre, Cal et Jack commence à recevoir des coups de fil bizarre, tandis que leur chef commence à soupçonner quelque chose de louche. Bref tout cela finira mal, car comme l’on sait le crime ne paie pas… au moins au cinéma. 

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    Cal débusque des cambrioleurs dans une pharmacie 

    Le film a donc deux parties bien différentes. La première partie traite de l’enquête pour retrouver les malfrats et aussi des romances de Cal avec Lili et de Jack avec Francey. Et la seconde c’est l’histoire de la déchéance de Cal. Si la première est dans la tradition du film policier un brin moralisateur, la seconde est plus noire, elle met en scène l’ambiguïté de Cal qui va se trouver corrompu par la trop grande proximité avec un tas de billets presque tombé du ciel. Evidemment c’est la seconde qui est la plus intéressante. 

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    Cal amène le voleur au commissariat

    L’affaire est rondement menée. Le film dure à peine 80 minutes. Et pourtant il se passe beaucoup de choses, l’histoire est dense, les personnages multiples et les lieux de l’action sont très diversifiés. Le film s’ouvre, avant même le générique, sur le hold-up newyorkais, été on enchaîne sur le cambriolage de la pharmacie et l’intervention de Cal. On passe ensuite du commissariat au cabaret, de l’appartement de Lili au champ de courses, puis de l’intérieur très banlieusard de Jack et Francey au parc des caravanes. On n’a pas le temps de souffler, et les scènes sentimentales ne sont là que pour expliquer la logique des personnages. Si le film est assez équilibré, les scènes de nuit sont pourtant les plus marquantes, à la fois parce qu’elles sont plus dramatiques, plus tendus, mais aussi parce qu’elles sont plus soignées sur le plan esthétique.

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    Le barman indique que c’est Lili qui lui a donné le fameux billet

    En même temps la distribution est impeccable, dominée de la tête et des épaules par Steve Cochran qui incarne Jack. Il faut dire aussi qu’il a le rôle le plus ambigu, passant de la violence la plus sauvage – voir comment il traite la pauvre Lili qui se voudrait plus indépendante – à des élans de tendresse. Bien sûr il a le physique de l’emploi, à la fois séducteur et voyou. Mais c’est plus que ça. A bien y regarder, il a une diversité de jeu qui est assez confondante. Je l’ai déjà dit dans un précédent billet, c’est selon moi un acteur très sous-estimé qui a apporté quelque chose de très personnel au film noir. Aux Etats-Unis, il est arrivé qu’on le compare à John Garfield, c’est peut-être un peu exagéré, mais ce n’est pas si saugrenu que cela. Il a le profil du looser.

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    Cal fait la connaissance de Lili qui se révèle d’un abord difficile

    Ida Lupino est par contraste un peu en dedans, pourtant c’est elle qui a écrit le film avec son mari. Mais elle est très bien. D’ailleurs toute la distribution est bonne. On retrouve Dean Jagger dans le rôle du flic soupçonneux et tenace, et aussi Dorothy Malone dans  celui de la femme un rien compatissante et angoissée de Jack. C’est vrai qu’elle a un physique qui détonne un peu par rapport au rôle de la femme au foyer qu’on lui assigne, mais on est toujours très content de la revoir. 

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    Lili est convoquée au commissariat 

    C’est pourtant Howard Duff dans le rôle de Jack qui est le moins convaincant. Un peu trop raide, un peu trop simple sans doute, quoiqu’il donne assez bien le change parce que comme il met en avant ses difficultés financières, on croit pendant un bon moment que c’est lui qui va franchir la ligne le premier lorsqu’il met la main sur la boîte pleine de billets. Son monolithisme finit pas le rendre très antipathique. 

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    Lili aide les policiers à identifier le criminel sur un champ de course 

    Beaucoup de très bonnes scènes donc, à commencer par l’intervention violente de Cal dans la pharmacie. Les bagarres sont assez crues, surtout pour l’époque, quand Cal donne un coup de poing, ça ne rigole pas. Mais aussi toute la partie sur le champ de courses dans la quête du truand à moustaches. Siegel multiplie les angles de prise de vue, alternant les plans d’ensemble et les lieux plus fermés, donnant une notion de l’espace très intéressante. Les scènes de poursuite en voitures sont plus convenues. Mais le fait de planquer l’argent détourné dans une caravane est une bonne idée qui permet d’utiliser un décor assez original dans ce genre de films. 

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    Le bandit s’enfuit dès qu’il aperçoit les policiers 

    La mise en scène de l’univers étriqué dans lequel se débat le triste Jack est également très réussie et on comprend mieux ainsi que Cal ne veuille pas de cet avenir trop tracé. Par contraste, on le voit masser les pieds déchaussés de Lilli d’une manière très érotique. 

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    Cal et Jack ne sont pas d’accord sur l’usage de l’argent que Cal a détourné 

    Bien sûr la fin du type « le crime ne paie pas, car la police veille à éradiquer ses moutons noirs » est très marquée par l’époque des années cinquante. Mais dans l’ensemble c’est un excellent film noir. 

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    Cal aime Lili d’une manière un peu violente      

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    Jack ne supporte pas les sous-entendus de ses collègues 

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    Cal trouvera une fin tragique

    « Le témoin de la dernière heure, Highway 301, Andrew Stone, 1950Scènes of the crime, La loi des armes, Dominique Forma, 2001 »
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