• Il pleut toujours le dimanche, It’s allway rains on Sunday, Robert Hamer, 1947

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    Comme le titre l’indique, ça se passe en Angleterre. Un homme s’est enfui de la prison où il lui restait encore trois ans à purger. Ses pas vont le conduire vers une petite bourdade de la banlieue londonienne où réside une femme qui l’a beaucoup aimé. C’est chez elle qu’il va venir se cacher tandis que la police le recherche. Mais entre temps cette femme s’est remariée avec un homme de quinze ans plus vieux qu’elle, un peu pantouflard, en tous les cas il n’a rien d’un aventurier. Elle a fondé une famille avec notamment les deux filles que son mari a eu d’un autre lit et un petit garçon un rien turbulent qu’ils ont conçu ensemble.

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    C’est donc un dimanche, et en Angleterre c’est bien connu on s’ennuie le dimanche, surtout lorsqu’il pleut. Le  film va décrire la vie d’une petite communauté qui de près ou de loin a quelque chose à voir avec le fugitif. On y croisera donc des voyous minables qui ont cambriolé une boutique de patins à roulettes et qui essaient désespérement d’en revendre 6 paires. Ce sont aussi les tribulations des jeunes filles qui cherchent l’amour sans trop savoir ce que ça peut bien être, et puis ce sont les flics qui cherchent activement le fugitif.

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    Si cette mère de famille aide le fugitif, c’est bien parce qu’elle l’a beaucoup aimé. Mais celui-ci semble maintenant très loin de ce qu’elle est devenue, au point de ne pas se souvenir qu’il lui a offert une bague qu’elle a conservé précieusement. Rose se rend bien compte que le temps des amours est très loin et que l’évadé ne cherche seulement que de l’aide.

    Tout rentrera dans l’ordre, les flics récupéreront Tommy Swann, arréteront les petits voyous, et Rose retrouvera son mari qui au fond est très bon, même s’il ronfle un peu quand il fait la sieste.

    On a dit que ce film représentait bien le désenchantement de l’Angleterre à la sortie de la guerre, et de fait c’est un film assez triste, le reflet d’une société qui s’ennuie. Cet ennui est d’ailleurs renforcé par l’absence de glamour des acteurs, en dehors peut-être de John McCallum qui incarne l’évadé, à commencer par Googie Withers dont la figure asymétrique renforce l’idée d’un monde sans espoir. Qu’elle soit teinte en blonde dans les flashbacks ou non, elle trimballe la même morosité. Le reporter à la recherche d’un scoop est un petit gringalet,  portant des lunettes rondes, qui se donne des airs de baroudeur auxquels personnes ne croie. Ces acteurs effacés et plutôt laids renforcent le côté documentaire du film. Seul jack Warner dans le rôle de l’inspecteur de police à l’air d’un inspecteur de cinéma.

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    Mais il y a d’autres qualités à ce film, les scènes de poursuite sont particulièrement bien filmées, notamment la très longue scène finale dans le labyrinthe d’une gare, avec des jeux d’ombre et de lumière très expressionnistes. Des trains qui se croisent, qui semblent à tout moment se ruer sur le fugitif, des jets de vapeur qui éclairent la nuit, tout cela forme une curieuse géométrie, et rien que pour cela le film vaut d’être vu. Robert Hamer a une façon très particulière de capter les mouvements, notamment par cette façon de saisir la profondeur de champ qui n’est pas vraiment anglaise et qui lui a été sûrement suggéré par le cinéma américain. Ou encore la scène d’ouverture qui voit le fugitif dévaler un talus et courir. L’ensemble est filmé sous une pluie qui tombe presque sans discontinuer. Cette pluie qui harcèle aussi bien le fuyard que les petits voleurs, qui enrhume les jeunes filles en mal d’amour, alourdit les vêtements et accroie la fatigue latente et palpable de la population. Robert Hamer est cependant moins original quand il filme les scènes plus intimistes, bornées par des lieux plus étroits. Sa caméra est bien plus à l’aise dans les lieux ouverts où il peut multiplier les mouvements d’appareil. Quoique ce soit un film à petit budget, il y a une vraie écriture cinématographique. Il y a des angles de prise de vue remarquables, comme ces arrondis qui enferment aussi bien les amants que les bandits, comme dans un œuf, qui les protègent temporairement de la pluie et de la société.

    On peu trouver ce film un rien ennuyeux – c’est anglais après tout – mais sa réédition opportune en Blu ray permet de revoir dans de très bonnes conditions un film noir très original.

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