• Je suis un criminel, They made me a criminal, Busby Berkeley, 1939

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    C'est ce film qui lança la carrière de John Garfield au cinéma et qui commença de dessiner ce personnage particulier de looser à la recherche de la rédemption, même s'il fera ensuite des efforts pour diversifier sa filmographie, il restera prisonnier de ce type de personnages, devenant ainsi une icone du "film noir" et son plus beau représentant. En vérité, il s'agissait d'un remake d'un film tourné en 1933 avec Douglas Fairbanks jr. par Archie Mayo. Généralement, ce n'est pas un film qu'on classe dans le genre noir, à la fois parce que sa fin est heureuse, mais aussi et surtout parce que son esthétique ne s'accorde par tout à fait avec celle du film noir. C'est également le premier film que Garfield tournera sur la boxe, le second étant l'admirable Body and soul. On suppose que ce sujet était en adéquation avec la personnalité elle-même de l'acteur qui dans sa jeunesse avait fait aussi un peu de boxe et fréquenté les rues du Bronx.

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    Son manager et sa gonzesse dépouillent  Johnnie

     Le scénario est excellent. L'histoire commence d'ailleurs là où s'achèvent en général les histoires de boxeurs : Johnnie Bradfield vient de remporter le titre de champion du monde des poids légers et va fêter cette victoire avec son manager et sa fiancée. rapidement Johnnie et Goldie sont ivres. Arrive alors un couple composé d'une amie de Goldie et d'un journaliste, Charles Magee et Budgie Massey. Une dispute finit par éclater entre Johnny et Magee, et presqu'accidentellement le manager de Johnny tue le journaliste en lui balançant un coup de bouteille derrière les oreilles. Johnnie, Goldie et Doc s'enfuient, et els deux derniers vont laisser Johnnie porter le chapeau du meurtre de Magee. Au passage Johnnie se fait dépouiller de sa montre, de sa voiture, de tout son argent et de sa gonzesse. Justice immanente, Goldie et Doc vont mourir dans un accident de voiture. Tout le monde pense donc que Johnnie est mort, mais que c'est lui qui a tué aussi Magee. Il va donc être contraint de fuir après s'être fait voler du reste de sa fortune par son propre avocat. Le voilà sans un sou, sans identité, obligé de voyager comme un vulgaire hobo, lui qui était habitué à rouler carrosse. Il se fera voler son dernier billet par d'autres vagabonds aussi affamés que lui. Cette déchéance va pourtant prendre fin lorsqu'il arrive dans une sorte de communauté ou de jeunes délinquants sont pris en charge par Peggy et sa grand-mère qui visent à les rééduquer par le travail collectif et le goût de l'effort. L'adaptation de Johnnie sera très difficile, individualiste forcené, il a du mal à se discipliner et à vivre pour la communauté. Pourtant l'occasion lui sera donnée de se racheter de toute son inconduite passée lorsque pour aider Grand-mère et Peggy, il va participer à un combat pour ramener un peu d'argent. Il va courir le risque d'être reconnu par Phelan qui le traque de manière obsessionnelle. Il ne gagnera pas son ultime combat, mais il ramènera un peu de prospérité, grâce à l'argent gagné. Phelan, une sorte de Javert, qui lui aussi a besoin de se racheter de ses erreurs passées, va finalement le laisser partir.

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    Dans un repère de vagabonds, Johnny se fait voler, mais il ne veut pas réagir

    Comme on le voit, c'est un film typique des années de la Grande Dépression et du New-Deal, tels que les fabriquaient alors la Warner. C'est également une parabole sur l'impasse d'une forme de vie fondée sur les valeurs capitalistes, le goût de l'argent et l'individualisme. Film de gauche à forte connotation socialisante, il exalte les valeurs nouvelles dans laquelle semblent alors s'engager les Etats-Unis. C'est un véhicule parfait pour John Garfield, très engagé politiquement, qui paiera d'ailleurs cet engagement puisqu'il sera harcelé jusqu'à en mourir par l'HUAC une dizaine d'années plus tard.

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     Au début les relations avec Peggy vont être difficiles

    L'idée générale est que la société est responsable de la délinquance et de la criminalité en supportant des fausses valeurs, en n'offrant guère de perspectives à sa jeunesse en perdition, tant sur le plan économique que sur le plan des valeurs. La fin heureuse est là pour nous expliquer que la prise de conscience permet de lutter contre la fatalité et de changer le cours des choses, même si cela est difficile. Johnnie est toujours à deux doigts de retourner vers ses anciennes valeurs. Mais c'est l'amour de Peggy qui le sauve et le ramène toujours dans le droit chemin.

    L'interprétation est évidemment excellente avec John Garfield qui porte le film sur ses épaules et nous fait oublier les ficelles parfois un peu épaisses du scénario. Ann Sheridan joue Goldie, mais c'est juste un petit rôle puisqu'elle disparait de l'écran très rapidement. Le rôle féminin important est plutôt celui de Peggy interprétée par Gloria Dickson. C'est malheureusement une actrice talentueuse qui disparut très jeune en 1945 dans un incendie dramatique, elle n'avait pas trente ans. A cette paire majeure on peut ajouter Claude Rains qui joue Phelan, le policier obsessionnel qui traque Johnnie. C'est le plus théâtral et peut-être le moins crédible. Mais c'est un rôle secondaire. Le reste de la distribution est aussi très bon, que ce soit la grand-mère ou les jeunes à la recherche de leur place dans une société un rien malade.

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     Johnnie doit quitter Peggy et suivre le policier

    La mise en scène de Busby Berkeley n'a rien de remarquable, et c'est probablement cela qui empêche le film d'atteindre les sommets. C'est filmé assez platement, et les combats de boxe sont sans relief. Peut habitué de ce genre de scénario, il n'en possède pas les codes et multiplie un peu inutilement les gros plans. C'est en comparant ce film à ce qui se fera au cours du cycle du film noir qu'on peut aussi mieux comprendre la révolution esthétique que celui a engagée. Malgré ces réserves c'est un très bon film qui passe encore très bien les années et qui vaut qu'on s'y intéresse.

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    Sur le tournage Gloria Dickson et John Garfield eurent une liaison qui enflamma les gazettes

    « Du rififi chez les femmes, Alex Joffé, 1959Les tueurs de San-Francisco, Once a Thief, 1965, Ralph Nelson »
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