• Johnny, roi des gangsters, Johnny Eager, Mervyn LeRoy, 1941

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    Johnny Eager est un ancien détenu qui, pour se réhabiliter devient chauffeur de taxi. Mais en réalité ce nouvel emploi n’est qu’un leurre, Johnny Eager est resté le chef d’un gang puissant qui rackette la ville. C’est un dur, un vrai, il ne craint rien ni personne, et n’hésite pas à se débarrasser de ceux qui l’encombrent, ses ennemis en les faisant disparaître, ses femmes en les envoyant au loin. Mais lors d’un contrôle de sa situation, il rencontre une jeune étudiante qui étudie le crime du point de vue de la sociologie. Malgré lui, Johnny va tomber amoureux  de Lisbeth qui  n’est autre que la fille du procureur qui a envoyé Johnny en prison et qui rêve encore de l’éliminer. Dès lors le drame peut se nouer : Johnny hésite entre son amour et la possibilité de l’utiliser contre son père.

    L’affaire tournera mal et Johnny mourra après avoir renvoyée la jeune Lisbeth ver son ancien fiancé.

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    Annonçons la couleur tout de suite Johnny Eager n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un très bon film noir qui possède de nombreuses qualités. Assez curieusement Robert Taylor qui tourna à de nombreuses reprises avec Mervyn LeRoy est plutôt bon. Il n’a pas cet air compensé qu’il trimballe souvent, au contraire il montre une plasticité étonnante, passant du chauffeur de taxi plutôt rangé et obséquieux au truand dur et intraitable. Si Lana Turner est ici assez quelconque, elle ne deviendra elle-même que bien plus tard, avec Le facteur spnne toujours deux fois, par contre Van Heflin est déjà extrêmement présent. Il faudrait consacrer de nombreuses lignes à sa place éminente dans le panthéon des acteurs de films noirs. Il joue l’ami alcoolique de Johnny, celui qui envers et contre tout espère qu’un jour il sera guéri. En général il joue les pervers, les hommes forts ou les salauds, mais plus rarement les intellectuels fragiles. Sa gestuelle est étonnante, l’épaule tombante, la démarche hésitante, un sourire ironique et désabusé au bord des lèvres.

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    Mais ce film ne serait pas un film noir sans les oppositions fortes et nuancées des caractères. Tous les personnages principaux sont ambigus, Johnny bien sûr, même si on apprend qu’il a des excuses ayant été mal traité par la vie. Mais également Lisbeth qui est irrésistiblement attirée par la canaille et qui vise par-là à s’opposer à son père, le procureur. L’opposition des caractères entre le flamboyant Robert Taylor et l’insipide et riche fiancé de Lisbeth est un régal. Mais le procureur qui s’affiche volontiers comme incorruptible et qui poursuit d’une haine aussi implacable qu’extravagante Johnny, va sombrer dans la corruption, cédant au chantage pour autoriser Johnny à se lancer dans les courses de lévriers. Johnny est également menteur, cynique, manipulateur, mais il aspire aussi à autre chose.  

    Il ne faut pas croire qu’il s’agit d’un film psychologique. C’est un film d’action mais c’est l’action qui révèle les personnages. On assiste aux démêlées de Johnny avec les gangs rivaux et avec les hommes politiques corrompus, dans la grande tradition américaine, celle de La clé de verre par exemple. Il y a également des scènes étranges comme la plongée dans la folie de Lisbeth lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle a été manipulée par Johnny, ou encore l’accablement du père de Lisbeth, affalé dans le fauteuil, admettant finalement sa défaite face à Johnny.

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     Sur le plan technique, c’est du noir haut de gamme, ça n’est pas de la série B, les décors, les éclairages sont soignés. La photographie d’Harold Rosson donne non seulement de la profondeur, de l’espace, mais elle renforce la noirceur du propos et confirma la nouvelle esthétique qui va donner sa marque au film noir. Les scènes de rue la nuit sont remarquables, elles donnent un relief inattendu à un film qui par ailleurs manque de scènes d’action pour un film qui conte aussi une lutte féroce entre des gangs rivaux.

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    « L’indic, n° 12, juin 2012Le monde de San-Antonio, numéro 60, printemps 2012. »
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