• Killer Joe, William Friedkin, 2012

     

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    Chris est un jeune dealer qui doit de l’argent à Digger le caïd local qui menace de le tuer. Avec sa sœur et son père il décide de supprimer sa mère de façon à ce que Dottie touche l’assurance. Il pourra alors payer l’immonde Digger.  Mais pour cela il faut qu’il fasse appel à un tueur, Joe Copper qui veut une avance pour son boulot, or n’ayant pas de quoi le payer, la famille dans son ensemble décide de lui offrir l’innocente Dottie. Le meurtre aura bien lieu, mais en réalité aucun membre de la famille ne touchera un seul dollar. Et cela s’achèvera dans un bain de sang.

    Ça ressemble à un film noir, du moins dans le début, mais très vite ça tourne à la farce grotesque où s’alignent les scènes chocs destinées à faire croire au spectateur qu’il se trouve devant une œuvre rare et originale. Ça n’est pas le cas, Killer Joe est un petit film qui tient plutôt du théâtre de Grand-Guignol que du noir. Et justement le film est adapté d’une pièce de théâtre et ça se voit. Dans le premier tiers du film, lorsque le tueur rencontre cette famille décomposée et recomposée, on a l’impression de se retrouver du côté de Jim Thompson, au Texas, dans un univers plouc et crasseux où pas un seul des protagonistes a quelque chose de bon ou de sympathique en lui. Chris est amoureux de sa sœur qui n’a rien du tout dans la tête, sa belle-mère lui tape dessus et se balade devant le monde en exhibant son pubis. Le père vit aux crochets de Sharla qui par ailleurs le trompe avec Rex.

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    On pourrait dire que c’est dans le portrait de cette famille complètement larguée que réside le meilleur du film. Ça se gâte sérieusement après l’arrivée de Killer Joe. Joe Copper est un être pervers, flic le jour et tueur à gages la nuit, ce que personne ne semble ignorer dans le patelin. Le modèle de ce personnage est à rechercher justement chez Jim Thompson, par exemple dans The killer inside me. C’est la même violence et la même perversité qui habite les deux personnages, toujours camouflés sous une certaine élégance bien proprette. Mais ce n’est pas là le défaut du film, c’est plutôt dans la longueur des scènes destinées à nous faire comprendre combien Joe est pervers et mauvais. Par exemple la scène du début quand il soumet la faible Dottie à ses fantasmes sexuels dure une éternité. Mais également la scène où il va torturer Sharla sous les yeux de son mari tourne dans le scabreux.

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    Bref on a compris que Friedkin ne fait pas dans la dentelle. Il y a beaucoup de complaisance dans la façon dont les coups sont portés – toujours à la face – à Chris ou à Sharla. C’est curieusement ce qui les vide de tout réalisme. Or ce qui est à la base du noir justement c’est le réalisme.

    La question qu’on peut se poser est de savoir si les faiblesses du film tiennent au scénario lui-même – est-ce que c’est un choix délibéré de ne pas s’étendre sur le rôle de Sharla dans l’arnaque à l’assurance, ou encore est-ce un choix délibéré de ne pas nous renseigné sur ce que Joe a fait de Rex – ou au contraire à la mise en scène très paresseuse de Friedkin.

     

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    Le défaut principal du film est donc le rythme, l’incapacité à réguler le tempo des scènes de violence et des scènes plus intimes si on peut dire. De même il y a un gros déséquilibre entre les scènes d’extérieur et les scènes d’intérieur qui banalise une histoire qui se voudrait extraordinaire.

    Mais c’est un film qui a eu un bon succès critique, pour ce qui du public, j’en doute un peu. La raison en est qu’un visionnage peu attentif fait prendre la violence un peu gore des scènes de violence pour une forme de transgression. On a beaucoup parlé, au moment de la sortie du film, de la qualité de l’interprétation, à commencer par celle de Matthew McConaughey. Pour cela il faut apprécier l’absence d’émotion qu’il manifeste. Matthew McConaughey s’est fait un peu la même réputation que l’indigent Clint Eastwood. Tournant un nombre incalculable de navets, il est exactement le contraire de De Niro : comme son modèle Clint Eastwood – quoiqu’en plus bodybuildé – il passe son temps à ne rien faire. Mais comme il porte un costume un peu particulier tout de même, certains ont l’impression qu’il incarne un vrai personnage.

    Passons sur le jeu complètement hystérique d’Emile Hirsch qui agace assez vite, c’est l’exact contraire de Matthew McConaughey. J’ai adoré Gina Gershon et son abattage dans Bound (un vrai film noir pour le coup) et dans Show girls. Mais ici elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Certes elle a vieilli, tout le monde finit par vieillir, mais tout le monde n’a pas un visage hélas aussi mal refait. Tout cela n’est pas de sa responsabilité bien sûr, mais la manière de Friedkin de la filmer laisse évidemment perplexe. C’est encore plus perceptible dans les dernières scènes où elle se fait remettre à sa place par Joe.

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    « Trafic en haute mer, The breaking point, Michael Curtiz, 1950Le monte-charge, Marcel Bluwal, 1962, adapté de Frédéric Dard »
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