• L’ennemi public, Baby face nelson, Don Siegel, 1957

     L’ennemi public, Baby face nelson, Don Siegel, 1957

    Il y a toujours un petit côté déplaisant chez Don Siegel, c’est cette manière de se ranger toujours du côté des pires formes que produit la loi. Ici ça ne rate pas et dès le début on a droit à une petite apologie assez répugnante de J. Edgar Hoover, l’homme qui préférait chasser les rouges plutôt que la mafia avec qui il était acoquiné. On est déjà en 1957, la chasse aux rouges est maintenant terminée. Contraints ou forcés les Américains se sont mis à adorer le capitalisme et le marché. Certes le New Deal n’a pas été détricoté, mais ça ne saurait tarder. Le film de gangster est un genre prolifique aux Etats-Unis, un genre constitutif du film noir, marquant une fascination morbide pour ce que ces criminels plus ou moins organisés révèlent de la société. Vers la fin des années cinquante, il y a une grande quantité de films noirs qui revisitent la période trouble de l’entre-deux guerres à partir de la saga de ses gangster. Il y aura par exemple l’excellent The Bonnie Parker story de William Witney, bien supérieur à la bluette d’Arthur Penn, ou encore la même année Machine Gun Kelly de Roger Corman. Dans cette fin des années cinquante, le cinéma va s’orienter vers une déconstruction des gangsters mythiques, les ramener le plus souvent au rang de sinistres pantins, d’anormaux, de bêtes sauvages qu’il faut éradiquer de la société, et non plus comme les victimes de la société et de ses dysfonctionnements.

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    A sa sortie de prison Baby Face Nelson est pris en charge par Rocca 

    Le scénario a ici été entre autres signé de Daniel Mainwaring, c’est-à-dire Geoffrey Homes l’écrivain qui a aussi adapté pour l’écran son propre roman, Pendez moi haut et court, le magnifique film de Jacques Tourneur, Out of the past. C’est sans doute pour cette raison que le film sort ici des sentiers ordinaires. Bien que rien ne nous soit épargné en ce qui concerne les tares de Baby Face Nelson, il y a dans son histoire turbulente quelque chose de pathétique qui retient l’attention, quelque chose qui le rend humain. C’est l’histoire d’une passion amoureuse entre Lester Gillis et Suzan Nelson. Cette dernière va donner son nom justement au premier qui va devenir célèbre sous le nom de Baby Face Nelson. Pour le reste c’est l’histoire commune de l’ascension d’un petit gangster à la gâchette facile qui tue aussi bien les policiers du FBI que ses complices qui l’ont trahi ou qui l’ont humilié. Comme ça jusqu’à ce qu’il se fasse à son tour descendre. On assistera donc à la préparation de casses, de disputes au sein de la bande, du remplacement de John Dillinger qui s’est fait tuer par le FBI en allant au cinéma, par Baby Face Nelson qui peine un peu à prendre sa suite tout de même.

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    Sue vient voir Baby Face en prison 

    Film à petit budget, il recèle les qualités habituelles de la technique de Don Siegel en ce qui concerne le rythme et la sécheresse dans l’exposition des scènes de violence. Les courses poursuite en voitures sont réduites au minimum, pour des questions d’austérité budgétaire et ça se voit un peu. Le tout donne un côté « revival » qui sera complètement exploité par la suite avec un film comme celui d’Arthur Penn, Bonnie and Clyde. Avec l’idée en arrière-plan que tout de même dans les années trente les histoires de gendarmes et de voleurs étaient tout de même plutôt drôles et sympathiques.  

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    Avec Dillinger baby Face franchit un palier 

    Le film est sauvé de la routine essentiellement par son interprétation. Il est centré sur le couple Mickey Rooney-Carolyn Jones. Ils sont tous les deux extraordinaires et savent parfaitement jouer de leur physique étrange. Mickey Rooney a été une grande vedette à Hollywood, abonné longtemps aux rôles d’enfant et d’adolescent. Il avait souvent essayé de s’éloigner des rôles un rien niaiseux auquel son physique le destinait, on se souvient qu’en 1950 il avait été formidable dans le film d’Irving Pichel, Quicksand. Il est ici excellent dans el rôle de Baby Face Nelson, son jeu est plein de subtilité, passant avec aisance de la rage froide au désespoir, de la démonstration de force brutale à l’ironie mordante. Face à lui, Carolyn Jones, dont le plus grand titre de gloire est d’avoir prêté ses traits à Morticia Adams dans la série télévisée, est tout autant excellente en femme amoureuse de l’étrange Baby Face Nelson. Bien qu’elle soit en permanence sollicitée par d’autres males, elle reste fidèle jusqu’à la mort à Baby Face Nelson qu’elle couve d’un regard quasi-maternel. Ce couple est tout à fait semblable à celui de Gun Crazy, dans sa version grotesque toutefois. Grotesque, mais pas ridicule pour autant. Car si on ressent bien le décalage entre le couple Baby Face Nelson – Sue Nelson et le reste de la société, on reconnait une certaine noblesse de sentiment aux amants en fuite. Le couple maudit contre la société organisée et policée est du reste une des thématiques récurrentes du film noir américain. On le retrouve par exemple dans le très beau Tomorrow is antother day de Felix Feist par exemple en 1951, Gun crazy déjà cité, et jusqu’au Bonnie and Clyde d’Arthur Penn en 1967.

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    Dillinger n’est pas toujours d’accord avec Baby Face 

    Le reste de la distribution est du tout courant en ce qui concerne le film noir de catégorie B. On y reconnaitra Leo Gordon, un peu trop massif peut être pour incarner John Dillinger. Et puis quelques seconds couteaux comme Jack Elam dans le rôle de celui qui trahit, ou Elisha Cook Jr qui conteste le pouvoir de Baby Face Nelson. Ted de Corsia habitué de longue date à jouer les traitres incarne le sinistre Rocca qui payera de sa vie d’avoir voulu vendre Baby Face Nelson à la police.

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    La fuite désespérée de Baby Face Nelson 

    Curieusement c’est plus dans les relations entre les membres du gang que la technique de Don Siegel prouve son efficacité que dans les scènes d’action proprement dites. Par exemple la façon que les hommes ont, le docteur entre autres, de tourner autour de Sue Nelson, de al tripoter de ci de là, ne comprenant pas comment elle peut rester fidèle à cet avorton de Baby Face Nelson. Ou alors les scènes où Baby Face Nelson se demande comment il va bien pouvoir faire pour s’imposer malgré sa petite taille. Il y a une scène étrange où il laisse d’ailleurs la vie au directeur de banque parce que celui-ci est tout aussi petit que lui ! Alors qu’il est habitué à descendre tous les témoins de ses crimes, il semble comprendre les difficultés du petit homme.

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    Baby Face Nelson veut mourir 

    Comme je l’ai dit, ce film n’a pas eu de succès et a été très critiqué pour sa violence. Il semble que ce qui ait choqué à cette époque c’est justement de donner du caractère à cette espèce d’avorton de Baby face Nelson. Mais avec le recul de presque soixante années, on voit au contraire que ce film était en avance sur son temps si on peut dire. Sans être un des chefs d’œuvre du film noir, il est tout à fait excellent et original dans ce sous-genre des biopics consacrées à des gangsters mythiques qui ont fascinés d’abord l’Amérique au point d’en être des éléments constitutifs de sa culture.

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    Le vrai Baby Face Nelson

    « Le port de la drogue, Pickup on South Street, Samuel Fuller, 1953Mystère à Mexico, Mistery in Mexico, Robert Wise, 1948 »
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