• L’espion, The thief, 1952, Russell Rouse

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    Pour les amateurs de films noirs et de films d’espionnage, c’est une sorte de film culte. Sa célébrité provient essentiellement qu’il s’agit d’un film complètement muet. Il n’y a pas de dialogue, la bande son est seulement faite d’une musique un rien lancinante. Tourné en 1952, c’était donc une innovation.

    L’histoire est très simple, un savant, diplômé en physique nucléaire, espionne ses collègues pour le compte d’un réseau qui est certainement russe. Nous sommes en pleine guerre froide. Il photographie des documents, et le microfilm est transmis à un espion qui lui-même le transmet à un autre espion et ainsi de suite, suivant une routine bien rodée. Mais il va y avoir un grain de sable puisqu’un des maillons de la chaîne sera accidentellement tué dans un accident banal de la circulation. Dès lors le FBI, ayant récupéré le microfilm, se met en route et va enquêter sur tous ceux qui sont susceptibles d’avoir pris les photos. Notre héros est dans le collimateur et il finit par être soupçonné. Obligé de fuir en permanence, il va se réfugier dans une planque où il croisera une femme qui a toutes les allures de la fatalité. Finalement après avoir tué un agent du FBI, il renoncera à fuir son pays et se livrera au FBI, renonçant à embarquer sur le paquebot qui doit l’emmener au Caire. Tout au long du récit, on ne saura jamais rien des motivations de l’espion. A peine peut-on supposer qu’il s’agit d’un homme frustré par son manque de réussite professionnelle, mais il ne semble pas avoir été motivé par l’argent. En tous les cas, en pleine guerre froide, le film est faiblement moral, seulement pour la forme. Il reste dans la description du comprtement.

      

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    Le film dont le budget est très faible, est entièrement sans dialogue. Plus qu’un principe, c’est une manière de démontrer la solitude d’un espion, isolé de tous, rongé par la culpabilité de trahir. Russel Rouse a très peu tourné, mais il a réalisé au moins deux films très intéressant, un western tout aussi curieux avec Glenn Ford, La première balle tue et La statue en or massif (film très difficile à trouver aujourd’hui) sur les coulisses et la folie d’une ambition hollywoodienne. Un autre de ses westerns, La caravane vers le soleil avec Jeff Chandler et Susan Hayward est  de moindre importance. Il était aussi le scénariste d’un autre film noir culte, D.OA. C’est un réalisateur très discret qui mériterait une meilleure reconnaissance.

    The thiefcontient encore de nombreuses autres. On en retiendra au moins deux : la rencontre avec la capiteuse voisine qui excite ses sens avec des œillades troublantes et en exhibant ses longues jambes, et les scènes tournées dans le ventre de l’Empire State Building. Ces dernières scènes accroissent le vertige du héros. La description de la chaîne de transmission de l’information est également remarquable, rues sombres, coups de téléphone, visites à la bibliothèque publique plongée dans un silence de cimetière. La froide et morne routine de cette aventure est saisissante, tant du côté des espions que de celui du FBI. Ces gens-là s’ennuient dans une affaire qui les dépasse.

     

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    Le scénario forcément paranoïaque comporte cependant quelques faiblesses, la plus importante est le personnage de l’agent du FBI  qui se révèle bien nonchalant et assez incompétent. Tout le monde a salué la performance du mollasson Ray Milland qui nous fait découvrir ses angoisses et ses faiblesses avec une grande économie de moyens. Mais tout le casting serait ici à saluer pour sa précision dans l’exposition d’idéaltypes,  avec bien sûr en premier lieu Rita Gam dans le rôle de l’allumeuse équivoque. Le physique compliqué et angoissé de Martin Gable, le contact de notre espion, donne aussi de la noirceur à une histoire qui n’en manque pas.

     

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    Septembre 2011

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