• L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946

    Henry Hathaway est un réalisateur sous-estimé, principalement parce qu’il s’est révélé trop éclectique.  Il a officié dans tous les genres avec bonheur, du western au film de guerre, mais il a laissé d’abord sa marque sur le film noir. C’est du reste lui qui révèlera Richard Widmark dans Kiss of death. Parmi les autres films noirs qu’il a dirigés, on note encore les très originaux Fourteen hours et Niagara. Avant que ne débute le cycle du film noir proprement dit, on note le très beau Peter Ibbetson et aussi Johnny Appolo.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Brad regarde Stauffer s’en aller 

    L’histoire est à double détente. Brad Gilford qui vient de s’installer à New York s’aperçoit alors qu’il se promène avec sa secrétaire qu’il est suivi par un personnage peu discret. Celui-ci le met sur la piste de Jardine, un ex-associé peu scrupuleux avec qui il a eu des démêlés naguère à San-Francisco. Jardine pratique le chantage sur des femmes riches qu’il séduit. Il va avoir une altercation avec Brad, mais peu après on retrouve celui-ci assassiné par Cathcart car Jardine a séduit sa femme et menace de s’en aller avec elle. Brad devra éviter de se faire repérer par la police qui le soupçonne fortement, mais il devra aussi retrouver la piste de Stauffer qui entre temps a été assassiné lui aussi par Cathcart qui ainsi veut éviter les témoins. Brad avec l’aide de sa secrétaire Kathleen remontera la piste de Cathcart et ce dernier sera assassiné à son tour par sa propre femme qui ne supporte pas l’idée qu’on ait tué Jardine. Brad et Kathleen seront blanchis et pourront aller se marier.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Stauffer raconte à un mystérieux correspondant qu’il a rempli sa mission 

    Le scénario est signé Bernard Schoenfeld qui n’est pas n’importe qui puisqu’il a signé entre autres, Caged et Phantom Lady, deux films noirs majeurs. Manifestement cette histoire de détective lorgne du côté de Raymond Chandler. Le détective est à la fois dégourdi et sujet aux embrouilles avec la police. De même son enquête le mènera à une opposition entre le pauvre détective dont le bureau donne sur le métro aérien de New York et le très riche et très raffiné Cathcart. Evidemment si le film a bien résisté à l’outrage des ans, c’est essentiellement parce que sa réalisation est tout à fait à la hauteur. Toute la grammaire du film noir est là. Que ce soit les jalousies derrière lesquelles on espionne, ou les escaliers qui mènent à des situations pour le moins chaotiques. On notera qu’ici les escaliers ne symbolisent pas seulement les convulsions de l’intrigue, mais aussi l’étalage de la richesse quand il s’agit de la description de la maison de Cathcart. Henry Hathaway s’appuie sur le grand photographe Joseph MacDonald qui travaillera avec John Ford sur My darling Clementine, mais qui travaillera aussi sur plusieurs films noirs, dont les films de Hathaway justement comme Niagara, Fourteen Hours, et sur le film de Samuel Fuller Pickup on South Street.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Brad envoie Kathleen au cinéma 

    Sans doute le défaut principal du film est qu’il recycle déjà un certain nombre de traits singuliers du film noir, et avec le temps on a l’impression de voir une synthèse des films noirs des années quarante. On retrouve par exemple la fascination pour un portrait comme l’image d’un amour réifié. Mais aussi un certain nombre d’acteurs qui sont devenus des figures du film noir. Clifton Webb qui joue un peu le même rôle ici que dans Laura, ou encore William Bendix qui a joué cent fois dans les films noirs le rôle de la brute épaisse. La majeure partie du film se passe la nuit, ce qui permet de rajouter des jeux d’ombres et de lumières très esthétiques. Mais au-delà de cet aspect réducteur, il y a une grande fluidité dans la mise en scène, quelques scènes de rue bien menées et un rythme soutenu. La mobilité de la caméra fait facilement oublier les grosses ficelles du scénario. On peut regretter d’ailleurs que les extérieurs ne soient pas mieux utilisés dans le film.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Cathcart présente un superbe tableau à ses invités 

    L’interprétation repose non pas sur les habitués des seconds rôles de films noirs comme on a dit ci-dessus, mais sur le couple Mark Stevens, Lucille Ball. Ce n’est pas un couple très crédible, sans doute parce que Mark Stevens qui a joué dans quelques films noirs importants comme La dernière rafale, n’a pas beaucoup de charisme et ne peut remplacer au pied levé des acteurs habitués à jouer les détectives comme Humphrey Bogart ou Dick Powell. Au tournant des années cinquante il disparaitra des premiers rôles. Ici il essaie de jouer les durs, mais face à la délurée Lucille Ball ça tombe un peu à plat. Plus intéressante est Cathy Downs qui interprète Mary la femme adultère de Cathcart. Bien entendu, Bendix et Webb sont tous deux très bien et font ce qu’on attend d’eux.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Brad et Kathleen recherchent Stauffer 

    Il ressort quelques scènes remarquables, l’assassinat de Stauffer par Cathcart, la poursuite de Brad par la police, après qu’il ait carrément volé un taxi, ou la visite de celui-ci à son coffre-fort pour y voir ses trésors. Mais bien que l’on range ce film parmi les classiques du film noir, ce n’est ni le meilleur film d’Hathaway, ni un chef d’œuvre, malgré la patine du temps. Cela reste cependant un très bon divertissement, très bien filmé et très bien rythmé, avec toujours un souci de la profondeur de champ. Il ressemble sans doute trop à un produit de série où les surprises et la passion abondent très peu. Parmi les lieux communs emmenés par ce film, il y a la boîte de jazz, symbole d’une liberté sexuelle plus ou moins assumée.

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Kathleen prépare le café

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Ils recherchent un teinturier

     L’impasse tragique, The dark corner, Henry Hathaway, 1946 

    Brad se rend chez Cathcart

    « L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962Quentin Tarantino, Les 8 salopards, The hateful 8, 2016 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :