• L’implacable, Cry danger, Robert Parrish, 1951

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951

     

    C’est le premier long métrage de Robert Parrish. Pour cela il choisit un scénario solide quoiqu’un peu conventionnel, qui va lui permettre de mettre en œuvre tous les codes du film noir. L’histoire elle-même recycle des thématiques déjà ébauchées tout au long des années quarante : la vengeance d’un homme qui vient de passer plusieurs années en prison, la trahison d’une femme, l’amitié avec un ancien marine alcoolique, et jusqu’à la fin cynique à souhait qui rappelle Le faucon maltais. 

    L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951  

    Rocky arrive à la gare de Los Angeles  

    Rocky Mulloy vient de passer 5 ans en prison pour avoir participé à un hold-up qui aurait rapporté 100 000 dollars. Mais il a été condamné sur simple dénonciation, et puis libéré sur la foi de la parole d’un ancien marine à la jambe foutue. Il est d’autant plus amer que son meilleur ami, Danny, croupit en prison et qu’il aimerait bien également le disculper. Arrivé à Los Angeles, il est suivi par un inspecteur de police, Cobb, qui veut remettre la main sur le magot, et par Delong, le marine qui en fait a fait un faux témoignage. Il ne connaissait pas Mulloy, mais il suppose que ce dernier lui ristournera une partie du magot pour le récompenser de son aide. Rocky va s’installer dans une sorte de camping où sont garées des mobil-home, mais surtout où il est sûr de trouver Nancy qu’il a jadis aimée, et qu’il aime peut être encore, mais qui est maintenant la femme de son ami Dany. Il va dans un premier temps exercer un chantage corsé sur la personne de Castro, un propriétaire de boîte de nuit véreux qui a sans doute récolté une partie au moins du magot. Mais Castro est malin et le piège justement avec des billets du hold-up pour que la police lui mette la main dessus et pense que c’est bien Mulloy qui a l’argent du hold-up. Mais Cobb n’est pas tombé de la dernière pluie et sait à quoi s’en tenir avec Castro. Aussi il relâche Mulloy, pensant que la tension entre Castro et Mulloy va amener des résultats et que l’argent va réapparaître. Dès lors Castro n’aura de cesse que de faire assassiner Mulloy. Celui-ci va déjouer un à un tous les pièges, mais il apprendra finalement que Nancy et son ami Danny ne sont pas très clairs et qu’il a été roulé par tous les deux à la fois. 

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951

    Le lieutenant Cobb et Delong attendent Rocky  

    Le scénario est bien ficelé. Ce qui est plus étonnant, c’est la maîtrise de la mise en scène. Par exemple, Robert Parrish utilise parfaitement les décors naturels de Los Angeles, que ce soit les lignes géométriques de la gare de chemin de fer, ou les larges avenues en pente de la ville. Cette esthétique particulière du décor urbain si elle n’est pas nouvelle, est ici pleinement adéquate avec son sujet. Les contrastes également entre la ville active et tumultueuse et les formes marginales de la civilisation urbaine comme le parc de mobil-home, ou les bureaux des bookmakers, apporte un surcroît de mystère. Au début de mon petit texte, je disais qu’il y avait des emprunts dans le final au Faucon maltais. Mais à ce film le scénario emprunte aussi l’opposition entre une sorte de détective amateur et un homme aussi gros que fourbe qui a plus d’un tour dans son sac. Ça va donner justement des scènes particulièrement fortes, la correction que Mulloy inflige à Castro, mais aussi l’interrogatoire que Mulloy mène de main de maître en obligeant Castro à s’allonger sur le dos sur son bureau. Si les scènes d’actions ne sont pas très nombreuses, il y a tout de même la fusillade qui verra le décès de la cupide Darlène, ou encore l’affrontement entre les sbires de Castro et la police. Mais à cette époque-là on ne traînait pas complaisamment sur ce type de séquences. Le film ne durant qu’une heure et dix-huit minutes, elles devaient rester concentrées. C’est seulement à la fin des années soixante que les films devenant beaucoup plus longs, les scènes de violence, pour le meilleur et pour le pire, seront plus détaillées et rallongées.

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951

    Rocky retrouve Nancy son ancien amour  

    La vedette c’est Dick Powell, qui, bien que sur la pente déclinante, était encore une référence de premier choix. Il incarne Mulloy, un mélange de ruse et de rage rentrée. Il passera bientôt à la réalisation. En tous les cas ici il est très bon. Mais il avait déjà tenu des rôles similaires dans de très nombreux films noirs comme Murder my sweet, ou Cornered, ou encore Johnny O’Clock et Pitfall. Si la belle Rhonda Fleming n’a pas un rôle des plus importants et des plus remarquables, ce sont les seconds rôles qui  vont donner du relief à l’ensemble. D’abord William Conrad dans le rôle de Castro. On l’a vu dans un nombre incalculable de films noirs, tantôt jouant les tueurs – il faisait partie de l’équipe chargée de tuer le Suédois dans The killers – tantôt dans des rôles de flic. Il est toujours très juste et sait user parfaitement de sa silhouette enveloppée. On reconnaîtra aussi Jay Adler, toujours à l’affût d’un petit rôle de concierge ou de portier. Le reste est très bien, mais sans plus. Que ce soit Richard Erdman dans le rôle de l’ami alcoolique, ou que ce soit Regis Tommey dans celui de Cobb, le policier tenace. Avec une mention spéciale toutefois pour Joan Banks qui prête son physique vraiment très particulier pour incarner la femme du faux témoin, un rien nymphomane. 

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951

    Rocky vient réclamer de l’argent au louche Castro  

    L’ensemble donne un film assez amer. Rappelant aussi au passage que les soldats de la Seconde Guerre mondiale ont eu beaucoup de mal à se réacclimater aux temps de paix. L’histoire est enchâssée dans une réalité délinquante assez précise, on aura droit au détail des combines des voyous pour blanchir de l’argent par le truchement d’officines de bookmakers. Les personnages féminins sont assez négatifs. Darlene est cupide été voleuse, Nancy est menteuse et bien peu loyale, et Alice protège ses secrets au risque de laisser croupir un innocent en prison. Du moins c’est ce que pense Mulloy. On ne sait trop quelle morale tirer de ce film, car manifestement les mauvais sont bien punis, mais Mulloy renonce à l’argent, comme si sa soif de vengeance était supérieure à tous les biens matériels que l’argent pourrait lui apporter. 

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951 

    Au camping Rocky est accueilli par des coups de feu  

    Olive qui au fil des années se spécilaise dans le film noir, a retiré ce film dans une copie Blu-ray très propre, avec un beau noir et blanc très expressif. Ce qui ajoute forcément du plaisir à un film magnifiquement photographié. Par Joseph F. Biroc qui à travers une longue carrière fréquenta entre autres Capra, King Vidor, Robert Aldrich, j’en passe et des meilleures. On aimera aussi cette fusion réussie entre les scènes de rue et les scènes de studio. En tous les cas, c’est un très bon film noir qui ravira tous ceux qui ne le connaissent pas encore, quoiqu’il soit déjà très apprécié des amateurs du genre. 

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951 

    Rocky accompagne Nancy

    L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951

    Les gardes du corps de Castro tirent sur l’automobile 

     L’implacable, Cry danger, Robert Parrish,  1951 

    Castro a appelé ses hommes à la rescousse

    « La fin d’un tueur, The dark past, Rudolph Maté, 1948Dans la gueule du loup, The mob, Robert Parrish, 1951 »
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  • Commentaires

    1
    enzo
    Jeudi 24 Novembre 2016 à 18:57

    Bonjour,

    J'aime beaucoup Robert parrish, par contre, je n'ai jamais vu celui là.

    Le blu ray d'Olive a t'il des stfr ?

    En tout cas, ta chronique bien troussée me donne vraiment envie de découvrir ce film

    Cdt

    Enzo

    2
    Vendredi 25 Novembre 2016 à 12:24

    J'ai une version avec les sous-titres français en effet. Mais avant d'acheter il faut bien regarder. En tous les cas c'est un excellent film. Robert Parrish n'a pas fait la carrière qu'il méritait Pourquoi ? C'est un mystère. 

    En tous les cas je suis content que cette chronique te plaise et te permette de découvrir cet excellent "noir"

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