• L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor, Boris Ingster, 1940

    L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Ce petit film, produit par la RKO est considéré par son parti pris esthétique, bien plus que par son scénario, comme le premier film noir des années quarante. Le sujet est en effet assez mince. Mike Ward est un journaliste qui a découvert Joe Briggs à côté d’un cadavre à la gorge tranchée. Il est le seul témoin. Bien que Joe Briggs clame son innocence, il va être condamné. La fiancée de Mike, Jane, est très troublée par l’attitude de Briggs et pense qu’il n’est peut-être pas coupable. Mike tente d’oublier cette histoire, mais en attendant de se marier avec Jane, il vit dans une toute petite chambre, et pire encore il a comme voisin un vieil acariâtre, M. Meng, qui lui pourrit la vie. Il a de fréquents accrochages avec lui. Mais quelque temps après, M. Meng est assassiné. C’est Mike qui le trouve dans sa chambre, or M. Meng a aussi la gorge tranchée. Mike qui a croisé dans l’escalier un curieux personnage, se demande si tout compte fait ce ne serait pas le même personnage qui a tué les deux hommes. Il apporte son témoignage à la police. Mais le procureur le fait arrêter, trouvant qu’il est assez louche pour avoir été le seul témoin de deux meurtres se trouvant dans le même quartier. Dès lors Jane va rechercher l’étrange personnage, elle sait seulement qu’il a des yeux globuleux, une écharpe blanche autour du cou et des lèvres épaisses. 

    L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Mike et Jane ont des projets de mariage

    C’est un film de série B financé par la RKO. Les acteurs principaux sont John McGuire et Margaret Tallichet qui incarnent Mike et Jane, mais avec une absence de charisme assez terrifiante. La distribution ne commence à devenir intéressante qu’avec Elisha Cook jr et bien sûr Peter Lorre dans le rôle de l’assassin à l’écharpe. Ces deux acteurs vont par la suite devenir emblématiques du film noir, notamment avec Le faucon maltais. Peut-être est ce dans ce film que John Huston les avait repérés.Tout est assez pauvre dans ce film, notamment les décors. Seule la photo du très grand Nicholas Musuraca est remarquable et apporte une grâce particulière à un film par ailleurs banal. Boris Ingster n’est presque connu que pour ce film dont on s’accorde généralement à reconnaitre le rôle historique dans les orientations futures du film noir. De Boris Ingster on ne connait pas grand-chose de lui, si ce n’est qu’il est né en Lettonie, qu’il a travaillé avec Serguei Eisenstein et qu’il a réalisé trois films noirs aux Etats-Unis, dont ce Stranger on the third floor et Southside 1-1000 en 1950. Pour le reste il a été surtout le producteur de séries télévisées.

    L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Joe Briggs est reconnu coupable 

    Plusieurs éléments du film noir sont déjà à l’œuvre : d’abord le faux coupable et le sentiment de culpabilité qui nait de la subjectivité même des témoignages qu’on peut recueillir. Les apparences sont d’abord contre Briggs, mais bientôt elles vont se tourner vers Mike pour le punir de sa légèreté dans la foi qu’il a accordé lui-même à ses propres facultés. Ensuite, il y a les nombreux flash-back qui justement viennent rappeler à Mike combien ses propres certitudes sont aléatoires. Et puis il y a les rêves, ou plutôt les cauchemars qui viennent tourmenter Mike. Boris Ingster s’en sert pour rendre encore plus épurée l’image. En effet, il peut se permettre de styliser les sentiments de confusion mentale, en utilisant toutes les ficelles qui vont devenir presque des stéréotypes dans la suite du développement du cycle du film noir. Les rayures, les ombres surdimensionnées, les contrastes violents. Lorsque ce film est sorti, il a été critiqué pour ces excès de stylisation hérités de l’expressionnisme allemand. On remarquera par exemple que cette manière d’aborder les rêves et de leur donner une interprétation, va être reprise ensuite par Hitchcock dans La maison du docteur Edwardes.

     L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Dans son cauchemar Mike voit son avocat

    Le jeu des acteurs est assez faible, plutôt caricatural. Même Elisha Cook jr. qui roule des yeux effarés, mais on peut mettre cet excès de théâtralité  après tout sur une forme parodique, relativement distancée qui s’allie aussi avec le schématisme de l’image. Il faut par contre saluer la performance brève mais percutante de Peter Lorre. Il ne lui en faut pas beaucoup pour donner toute l’étendue de son talent et laisser une marque forte sur le spectateur. Touchant autant qu’inquiétant, Ingster le film dans des plongées, contre-plongées extrêmement expressives. Evidemment on ne cherchera la vraisemblance dans cette histoire d’un fou évadé de l’asile, sans doute maltraité par les infirmiers, qui assassine ceux qui ont le malheur de le contrarier. Et s’il y a une vérité à trouver, elle doit être recherchée vers la présentation d’un complexe de culpabilité vis-à-vis de ceux qui sont persécutés. L’inconnu est un persécuté, mais Briggs également, même Mike est la victime d’un concours de circonstance, en même temps que de méchanceté de son voisin de palier. Cette expérience lui permettra de franchir un palier et de comprendre que les choses sont bien plus complexes que ce que l’on croit. 

     L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Mike rêve qu’il va être exécuté

    Le film ne dure qu’un peu plus d’une heure. Il est donc très ramassé, et sur cette durée, Ingster aura eu non seulement le temps de développer une intrigue policière à rebondissements, mais aussi de tracer un portrait de Jane et de Mike, comme les représentants d’une classe pauvre et laborieuse, avec ses petits rituels comme de prendre le petit déjeuner toujours dans le même bar. Jane s’extasie aussi sur la petite chambre de Mike qu’elle trouve très jolie, alors que manifestement si ce n’est pas un taudis, ce n’est pas beaucoup mieux, avec une logeuse particulièrement revêche, et un voisin qui non seulement ronfle à travers les cloisons du 3ème étage, mais se débrouille toujours pour chercher des histoires, comme s’il voulait par ce biais compense la misère de son existence solitaire. Cet aspect misérable est rarement souligné quand on commente ce film, et pourtant il me semble essentiel. 

     L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940 

    Par hasard Jane croise la route de l’assassin de Meng 

    Pour les amateurs de film noir, on retiendra deux choses, l’importance historique de ce film dans le développement du cycle du film noir, mais aussi les effets d’une esthétique singulière qui si elle reste attachée à expressionnisme allemand s’en détache tout de même. Il me parait donc assez juste de dire qu’il s’agit là d’une œuvre fondatrice.

     L’inconnu du 3ème étage, Stranger on the third floor ; Boris Ingster, 1940

     L’homme tente d’étrangler Jane 

     

     

    « Des pas dans le brouillard, Footsteps in the fog, Arthur Lubin, 1955KIRK DOUGLAS A CENT ANS !! »
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    1
    giuseppina la ciura
    Lundi 5 Décembre 2016 à 11:53
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