• L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962

    Richard Quine est un réalisateur trop oublié. Cinéaste à succès, il a tourné des comédies, mais il eut aussi du succès dans des films dramatiques. Mais surtout c’est lui qui a le mieux filmé Kim Novak, ce qui n’est pas rien. Sans doute parce qu’il en était amoureux. Ils ont eu en effet une longue liaison ensemble. Au total, ils ont tourné pas moins de quatre films, tous excellents. C’est d’ailleurs Richard Quine qui la fait débuter dans un rôle significatif dans Pushover, un film noir très fort et rondement mené. Et c’est encore lui qui l’emploiera dans son chef d’œuvre Strangers when we meet, avec le génial Kirk Douglas pour l’accompagner. Il a ensuite perdu un peu pied dans le système hollywoodien, passé de mode, il s’est suicidé d’un coup de revolver. Je ne vais pas refaire le panégyrique de Kim Novak, les cinéphiles savent à quoi s’en tenir, seul un crétin comme Hitchcock était capable de la rabaisser, mais il oubliait que Kim Novak avait éclairé Vertigo, un des rares films intéressant qui rehausse une carrière par ailleurs médiocre et dont le seul mérite est de fournir un passe-temps à la classe moyenne inférieure en mal de culture et un modèle pour la Nouvelle Vague qui, si elle était plutôt vague dans ses intentions n’était pas franchement nouvelle, ni dans le fonds, ni dans la forme.

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962 

    Bill Gridley vient louer un appartement chez Mme Hardwicke 

    Madame Hardwicke est soupçonnée de meurtre : son mari a disparu, et tout le monde croit qu’elle l’a assassiné. Démunie, elle loue une partie de sa maison, mais personne ne veut l’habiter. Jusqu’au moment où arrive un jeune diplomate, Bill Gridley qui vient d’être nommé à Londres et qui va rapidement tomber sous le charme de sa logeuse. Mais Scotland yard la surveille en permanence et va demander à Bill de l’aider. Celui-ci est persuadé que Mme Hardwicke est innocente et pense qu’en jouant le jeu de Scotland yard, il contribuera à l’innocenter. Cependant les choses vont se compliquer : Mme Hardwicke a des mystérieux rendez-vous, elle passe des coups de fil étranges. Manifestement elle a un secret. En outre le patron de Bill, Ambruster, est lui aussi partagé entre son souci de respectabilité et son attirance pour Mme Hardwicke. Et puis le mari va réapparaître, et on va déboucher sur une histoire de bijoux égarés au Mont-de-Piété. Mais c’est une comédie et tout se remettra en ordre, Bill et Carlyle vont pouvoir filer le parfait amour et revenir aux Etats-Unis.

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    Scotland Yard demande à Gridley d’espionner Mme Hardwicke 

    Richard Quine s’est souvent illustré dans la comédie légère avec bonheur. Ici il est assisté pour le scénario par Blake Edwards qui lui aussi sera un maître d’un genre purement hollywoodien et qui eut beaucoup de succès dans la première moitié des années soixante et qui apparaissait très moderne, en rupture avec les drames et les films noirs. C’est une parodie de film à énigme, et ce n’est pas un hasard s’il se passe à Londres, en Angleterre, la patrie d’Agatha Christie. Sauf évidemment que le ton est celui d’une comédie romantique. Le scénario est suffisamment astucieux pour retenir l’attention du spectateur qui, s’il ne tremble jamais vraiment pour les héros, se demande en permanence ce qui a bien pu arriver. Le thème est celui de l’amour qui est mis à l’épreuve par les faux semblants de la vie et la confiance qu’on doit nécessairement accorder à la personne qu’on aime. C’est donc bien plus que la critique des conventions sociales qui condamnent avant de juger. Mais on peut considérer qu’au premier chef c’est un chant d’amour dédié à Kim Novak. Tout est prétexte ici à la filmer sous tous les angles possibles et imaginables. On l’admirera dans ses dessous, dans son bain, dans un débraillé qui lui sert à faire le ménage, ou encore quand elle montre ses jupons dans la poursuite finale. C’est donc un film érotique avant tout

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962 

    Bill et Carlyle entament un flirt 

    La manière de filmer rappelle un peu Billy Wilder, et pas seulement parce que les deux acteurs principaux, Jack Lemmon et Kim Novak ont aussi travaillé avec lui. Il y a un côté loufoque, décalé, mais sans doute la méchanceté en moins. Il y a aussi cette façon de filmer très précise, ou rien n’est laissé au hasard. Aidé par une photographie impeccable, ça donne des séquences nerveuses où l’utilisation de l’espace dans la maison autant anglaise que biscornue joue un rôle déterminant puisque ce sont justement les formes architecturales de l’histoire qui expliquent pour une grande partie les quiproquos.

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962 

    Caché dans ma penderie Bill surprend une conversation étrange

    C’est très difficile de réussir un film comme celui-là, à maintenir le rythme sans ennuyer. Et cette réussite repose beaucoup aussi sur les acteurs. Le contraste avec la trouble beauté de Kim Novk et le côté un peu godiche de Jack Lemmon fonctionne très bien. Jack Lemmon était un  spécialiste de ce genre de comédie qu’il honorera aussi bien avec Richard Quine (6 films), qu’avec  Billy Wilder (5 films) ou encore avec Blake Edwards (3 films). Il aura d’ailleurs beaucoup de mal à faire autre chose, même si c’était un acteur de grand talent. Il est parfait ici. Kim Novak joue parfaitement sur son côté trouble et mystérieux, quoiqu’elle démontrera qu’elle sait aussi interpréter des personnages plus carrés comme Moll Flanders par exemple. Ce sont ses rôles dans les comédies qui ont le plus marqué les mémoires. Elle est ici merveilleuse de drôlerie et de finesse, jouant aussi bien les filles délurées que les victimes de la fatalité. Le personnage de Fred Astaire est moins intéressant, il est à la périphérie de l’histoire, mais il est très bien dans ce rôle de faire valoir.

    L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962

    Ambruster demande à Bill de faire évoluer la situation 

    Le film n’est pas exempt de défauts bien sûr. La poursuite finale est sans doute un peu trop longue et surjouée. Mais c’est peu de chose, il y a tellement de scènes sublimes qu’on passe sur ces détails. La première rencontre entre Bill et Carlyle est remarquable de justesse, entre attirance et méfiance. Le procès est rondement mené avec des coups de théâtre complétement inattendus. Evidemment le clou du film sera le bain de Carlyle qui perturbe complètement le pauvre Bill et qui fait apparaître Carlyle comme une femme simple et plutôt libérée. C’est ce qui fait le prix de ce genre de films. En effet, veuve supposée, meurtrière suspectée, elle poursuit tout de même contre toutes les conventions sociales habituelles sa relation avec Bill, alors qu’elle sait très bien qu’elle est encore mariée. On ne saura d’ailleurs pourquoi elle s’était mariée avec un individu particulièrement horrible.

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962 

    Bill surprend Carlyle dans son bain 

    Certes on peut toujours trouver que ce genre de films manque un peu de profondeur, c’est sans doute vrai, et ce n’est pas le chef d’œuvre de Richard Quine, mais malgré le temps qui passe il apporte toujours une certaine dose d’optimisme et de légèreté. Il sera donc vivement conseillé par les temps qui courent. 

     L’inquiétante dame en noir, The notorious landlady, Richard Quine, 1962 

    Richard Quine, Jack Lemmon et Kim Novak sur le tournage

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