• L’insoumis, Alain Cavalier, 1964

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    C’est un vrai film noir, digne des meilleurs films noirs américains, et un des meilleurs Delon. Si ce film est très peu connu, il le doit à la censure qui s’est abattu sur lui au moment de sa sortie. Une avocate qui vait cru se reconnaitre dans le personnage féminin principal avait porté plainte et obtenu l’interdiction du film qui a du rester, si mon souvenir est bon, que quelques jours à l’affiche. Il se murmurait surtout que cette plainte arrangeait plutôt le pouvoir gaulliste qui ne voulait surtout pas qu’on parle de la Guerre d’Algérie. Or c’est bien la Guerre d’Algérie qui est, non pas le sujet, mais la toile de fond de L’insoumis. Mais le film ne prend absolument aucune position sur cette question.

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    Thomas attend de passer à l’action après avoir déserté

     

    Au moment de l’indépendance de l’Algérie, Thomas, ancien légionnaire, déserte et rejoint l’OAS. Avec son ancien lieutenant il participe à l’enlèvement de l’avocate Dominique Servet, personnalité de gauche qui défend les Arabes du FLN. Il va être chargé de la surveiller dans l’immeuble en réfection dans lequel l’avocate est séquestrée. Pourtant, ému par le sort de la jeune femme, il va l’aider à s’enfuir, trahissant ainsi les siens.

    Après que Dominique ait retrouvé sa liberté, Thomas va être poursuivi par son propre lieutenant et ses accolytes. Il va trouver finalement refuge chez Dominique qui va lui faire passer la frontière pour qu’il rentre enfin dans son pays. Pendant ce très bref moment particulier, Thomas et Dominique connaîtrons une idylle qui renforcera leurs liens. Mais le destin de Thomas est déjà tracé, blessé, il mourra chez lui, tout seul, sans que sa propre fille le reconnaisse.

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    Emu par le sort de sa prisonnière, Thomas essaie de lui venir en aide

     

    C’est le second long métrage d’Alain Cavalier. Auparavant il avait tourné Le combat dans l’île, avec Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider, film qui n’avait pas eu de succès commercial, mais qui avait obtenu de très bonnes critiques. L’insoumis ne marchera pas plus, mais pour des raisons qu’on a dites ci-dessus. Le suivant, Mise à sac, d’après un roman de Richard Stark de la série des Parker, sera encore un nouvel échec. C’est probablement cette série d’échec d’Alain Cavalier dans le genre film noir, qui va le pousser de plus en plus vers des films dits « non-commerciaux ».

    En tous les cas, L’insoumis est excellent et on peut le revoir cinquante années après avec un grand plaisir. Produit par Alain Delon, il n’a pas bénéficié d’un très gros budget, mais il possède cependant toutes les qualités d’un grand film noir. Le noir et blanc est très bien utilisé et les jeux d’ombres remarquables. La mise en scène rigoureuse imprime un rythme soutenu, sans que le film plonge du côté des films d’action ou à suspense.

    Tous les acteurs sont excellents. Delon, bien sûr, qui donne au film cette allure particulièrement tragique, lui apportant une sorte de grâce féline. Mais il y a aussi Léa Massari qui incarne Dominique. Les seconds rôles sont criants de vérité, Georges Géret dans celui du lieutenant qui n’est pas habitué à voir Thomas prendre des initiatives, Robert Castel dans le rôle du pied-noir ou encore Maurice Garrel dans celui du mari de Dominique.

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    Il doit se battre contre ses anciens compagnons de lutte

     

    Les scènes censées se passer à Alger sont tout à fait réussies, mais ce qu’il y a de plus remarquable c’est probablement ce passage de l’Algérie ensoleillée à Lyon, puis la remontée vers le nord de la France, de plus en plus saturé de pluie et de nuit. Il y a un vrai plaisir à filmer l’errance, les possibilités d’une gare, les mystères d’une route la nuit. Comme Thomas est rapidement blessé, le reste du film ressemble à une longue agonie, comme s’il recherchait un endroit pour y mourir. La romance entre Thomas et Dominique n’ayant pas d’avenir, elle renforce l’aspect funèbre du film. Car même si Dominique a toutes les raisons du monde d’aider été d’aimer Thomas, elle sait que sa vie n’est pas à ses côtés.

    Cavalier met très bien en valeur cette aura romantique qui entourait à l’époque les parias de l’OAS qui s’étaient lancés dans un combat perdu d’avance. C’est peut-être ça qui a dérangé les censeurs à l’époque, car comme je l’ai dit, même si c’était le deuxième film de Cavalier qui traitait de la guerre d’Algérie et de l’engagement politique à la droite du parti gaulliste, il ne contient rien qui pourrait le faire passer pour un commentaire politique. On comprend que le couple Verret est engagé à gauche, et queThomas est un soldat de l’OAS. Cette opposition politique frontale est justement le terrain de leur rencontre impossible autant que désirée.

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    Thomas est traqué par ses anciens amis

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    Une idylle naitra entre Dominique et Thomas

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    Dominique aide Thomas dans sa fuite

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    Thomas reviendra mourir chez lui

    « Les amants traqués, Kiss the blood off my hands, Norman Foster, 1948Carnage, Prime cut, Michael Ritchie, 1972 »
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