• La bête à l’affut, Pierre Chenal, 1959

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    C’est un scénario adapté d’une Série noire de Day Keene, auteur de romans noirs un peu sous-estimé à mon sens. Pierre Chenal est aussi le premier à avoir adapté de très belle façon d’ailleurs le roman de James M. Cain, le facteur sonne toujours deux fois. Quelques temps auparavant il avait tourné l’excellent Rafles sur la ville. Il a des lettres de noblesse donc en ce qui concerne le « noir ». La bête à l’affut est bien un roman noir, et le film qui en est tiré aussi.

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    C’est l’histoire d’un prisonnier, Daniel Morane, évadé qui va être recueilli et caché par une jeune veuve issue de la haute bourgeoisie, Elisabeth Vermont. Rapidement elle va en tomber amoureuse, et d’autant plus facilement que Daniel Morane a été victime des circonstances. Pris dans un règlement de compte entre le gardien de prison et son co-détenu, il est blessé, tandis que le gardien est mort. Entre temps, la recette de la vente de charité qu’Elisabeth avait réalisée a été volée alors qu’elle avait été confiée au notaire local. Comprenant que l’histoire de Daniel ne sera pas crédible aux yeux de la justice, la romantique Elisabeth aide Daniel à s’enfuir. Mais bien entendu, c’est le commencement des ennuis, car les choses ne se passent pas comme elles le devraient, Elisabeth s’aperçoit que Daniel n’est qu’une triste canaille qui lui a menti sur tout, que c’est lui qui a volé la recette de la vente de charité, et que sa blessure est le résultat d’une querelle pour le partage du butin. Cependant elle le défendra et le pleurera jusqu’au bout lorsque la police finira par lui mettre la main dessus et le tuer.

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    Elisabeth soigne Daniel qui est blessé

     

    Cette trame aurait pu faire un excellent film, mais hélas ce n’est pas le cas. Cela ne s’anime que dans le dernier tiers du film. Cela tient d’abord à un déséquilibre évident dans le scénario. On perd du temps à mettre en scène les mondanités d’Elisabeth, la ronde des prétendants qui lui tournent autour comme ceux de Pénélope. Le commissaire qui enquête à la fois sur l’évasion et sur le vol de la recette est aussi amoureux de la très belle Elisabeth.

    L’action se passe en province, mais cela ne donne pas lieu à une ambiance un peu glauque pleine de sous-entendus et de sournoiseries. La seule chose qui transpire, c’est l’ennui. Mais c’est cet ennui qui justement déséquilibre le récit. On comprend bien la difficulté du scénario car si le film avait été réalisé du point de vue de Daniel, l’élément de surprise que constitue son mensonge n’aurait évidemment pas joué. Il est étonnant d’ailleurs qu’ils se soient mis à quatre, dont Michel Audiard qui n’était pourtant plus un débutant, pour écrire ce scénario.

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    Daniel endosse l’uniforme du mari décédé pour mieux passer inaperçu

     

    Du point de vue cinématographique, Pierre Chenal est d’ailleurs bien plus à l’aise dans la dernière partie du film, quand les masques tombent et que les protagonistes se révèlent pour ce qu’ils sont. Ils sont tous transformés : Daniel devient une brute sans aucun sentiment, le commissaire laisse parler sa jalousie, et Elisabeth regrette que Daniel ne dépende plus d’elle. Car c’est bien un des thèmes de Day Keene que de mettre en mouvement des femmes qui d’une manière ou d’une autre visent à garder le mâle enfermé et sous son emprise. On a vu ça dans Vive le marié, adapté magnifiquement par René Clément sous le titre Les félins. Dans toute cette partie le grand savoir-faire de Chenal joue à plein : il alterne parfaitement les scènes d’action – la visite de la police, la fuite de Daniel – avec les plans rapprochés qui cernent au plus près la transformation des âmes.

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    La police va donner l’assaut

     

    Les acteurs aident bien sûr à la mise en place de ce point de vue. Henri Vidal est extraordinaire dans ce passage de l’innocente victime à la canaille cynique. Il montre ici toute l’étendue de son registre. Et on se prend à regretter qu’il n’ait pas mieux su gérer sa carrière. Michel Piccoli joue encore un policier. Il est très bon, notamment quand il comprend qu’il a té joué et qu’Elisabeth lui échappe définitivement. Françoise Arnoul qui montre le bout de ses seins est très belle, mais elle est peut-être moins tranchante qu’à l’ordinaire. Probablement que les rôles d’ingénue ne lui convenait guère. Elle est un peu à contretemps.

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    Elisabeth tremble pour Daniel

    « Positif, novembre 2014Traqués dans la ville, La citta si difende, Pietro Germi, 1951 »
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