• La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953

    La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953 

    C’est clairement un film mineur parmi les films noirs que Don Siegel a réalisés pour la RKO. Il ne dure qu’un peu plus d’une heure. Le scénario est en effet des plus convenus, même si quelques petites coquetteries viennent percuter un peu le caractère trop lisse de l’histoire. Un grand couillon, un saisonnier, George Braden est soupçonné du double meurtre de ces voisins, le vieux Morgan et sa femme. Rapidement, notamment parce que la femme de Braden commet l’imprudence de jeter dans le lac l’arme de son mari, les soupçons vont se porter sur le malheureux innocent. Finalement sous la pression de la police et pour que sa femme soit libéré, Braden va signer des aveux. Heureusement pour ce jeune couple, l’avocat Madison va croire à son innocence et va se lancer dans une enquête pour découvrir le vrai coupable. Il finira par tomber sur un vagabond, Verne, celui-ci avouera, mais rapidement avec l’aide du DA qui tient à son coupable, il reviendra sur ses aveux. Dès lors Braden va être exécuté, pendu. Et bien sûr c’est juste au moment où Madison fuit la ville à cause de ses échecs professionnels et sentimentaux qu’il aura enfin la preuve qui va permettre d’innocenter définitivement Braden.

     La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953 

    Les voisins des Morgan sont interrogés

    Le scénario est assez téléphoné, sans surprise, mais il y a quelques détails assez intéressants : par exemple l’acharnement paresseux du DA sur le pauvre Braden, ou encore la description de la méchanceté de la petite ville qui ne supporte même pas que l’avocat défende celui qu’elle considère comme le coupable définitif. Mais tout cela ne va pas bien loin.

    La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953  

    Le DA Gillespie réclame des aveux 

    Plus intéressante est la manière dont le film est mis en scène. Siegel utilise et perfectionne la technique du « noir ». Aidé par la photographie du grand John Alton, c’est bien cela qui en fait tout le prix. Je passe sur les scènes d’action qui sont fort bien conduites, mais surtout ce qui est remarquable ce sont les scènes de nuit, souvent tournées comme à l’entrée d’un tunnel, avec des effets de contraste. Il y a aussi la manière de filmer la prison avec cette débauche de barreaux qui nous fait comprendre combien cet enfermement est une lourde peine pour un innocent comme Braden. Siegel a aussi la délicatesse de passer assez rapidement sur le développement du procès Là encore – budget oblige – il va à l’essentiel, développant l’échec de Madison. La scène de rupture entre madison et Paula est aussi très sobre et tournée presque sans lumière, renvoyant l’avocat à la nuit de ses interrogations. Le bureau de Madison est d’ailleurs un lieu clos, une sorte de refuge où se développent presque librement les démons de l’homme de loi. C’est là qui recevra son ami médecin qui tente de le mettre en garde sur les risques qu’il prend à s’employer sans mesure à la démonstration de l’innocence de Braden.

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    Ellen va voir son mari en prison 

    Film de série B, les acteurs sont tous assez peu connus, mais comme toujours chez Siegel, ils sont fort bien dirigés. Macdonald Carey doit ses meilleures performances à Joseph Losey. Il jouait déjà un rôle similaire dans The lawless où il s’occupe de sauver un jeune mexicain injustement accusé d’un crime qu’il n’a pas commis et il tournera encore pour Losey dans The damned. En vérité il trouvera plus facilement du travail à la télévision. C’est pourtant un bon acteur et ici il est assez juste dans le rôle de l’avocat obstiné Madison. Teresa Wright n’apparaitra que dans quelques films et elle aussi se recycla à la télévision. Elle fut aussi Ellen pour Jon Sturges dans The capture. Elle est très bien dans le rôle d’Ellen en femme enceinte et éplorée. Braden est joué par le triste John Craven. Acteur sans ressort, son absence de qualité passe parce que son personnage est celui d’un brave innocent un peu simplet qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

    Les seconds rôles sont plus étonnants. Verne est superbement interprété par le bizarre Jack Elam dont le physique suffit à faire froid dans le dos. Et sa compagne, Gracie, est interprétée par la remarquable Adele Mara. Malheureusement celle-ci ne fera pas une grande carrière au cinéma et déploiera son talent évident à la télévision. La fausse note dans la distribution viendra de Edgar Barrier  qui joue le DA Gillespie. Il a une tête d’alcoolique mais surtout il joue un peu comme au temps du muet.  La courte carrière de Dolores Moran qui incarne fort proprement Paula la fiancée de Madison, se terminera avec le film suivant, Silver lode, d’Allan Dwan, puis il disparaîtra de l’univers de l’image animée.

    La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953 

    L’avocat Madison va finalement se charger de la défense de Braden 

    Il y a tout de même quelque chose d’intéressant dans ce film, c’est l’attention que Siegel porte aux personnages du bas de l’échelle, bien que Verne soit une crapule, il lui donne un côté humain en le montrant comme une victime des circonstances. C’est la même chose pour Gracie, elle a beau être cupide et avec peu de cervelle on comprend rapidement que sa vie a été plus que difficile. Les Braden sont eux aussi des toutes petites gens qui n’ont pas vraiment les capacités morales et intellectuelles de s’opposer aux certitudes des hommes de la loi. On se dit que Siegel finalement a raté une carrière de cinéaste engagé.

     La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953 

    La femme de Braden et la fiancée de Madison assistent au procès 

    Comme on le voit, ce film vaut le détour, sans être ni un chef d’œuvre, ni même un des meilleurs de Don Siegel. En tous les cas il vaut largement les produits plus convenus qu’il réalisera pour Clint Eastwood. 

    La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953

    Verne va avouer les deux meurtres avant de se rétracter

     La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953 

    Alors que tout semble perdu, Ellen et Madison vont trouver la preuve de l’innocence de Braden

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