• La femme en cage, Lady in a cage, Walter Grauman, 1964

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    Madame Hilyard est veuve et vit dans une belle maison de Los Angeles avec son fils Malcom qui n’arrive pas à prendre son indépendance. Il choisit pourtant de s’absenter un long week-end, justement en espérant qu’à cette occasion les choses changeront. Il lui laisse à cet effet une lettre pour lui dire que sinon il se suicidera. Sa mère qui s’est cassé la hanche, utilise un ascenseur privé dans lequel elle va rester enfermée à cause d’une panne d’électricité déclenchée bien involontairement par des ouvriers qui travaillent dans le quartier.

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    Malcom essaie d’échapper à son envahissante maman 

    Cornelia va commencer à angoisser, même si elle essaie de prendre son mal en patience. Elle active une sonnerie d’alarme, à laquelle personne ne répond. Seul un ivrogne, George, surnommé « Repent », va l’entendre, attiré par ce bruit il va pénétrer dans la maison et commencer par y repérer des bouteilles d’alcool. Ce qui lui fait un grand plaisir. Il ignore évidemment les appels au secours de Cornelia. Cependant, il va chercher Sade, une prostituée, avec qui il veut voler quelques objets. Ils dérobent quelques objets pour aller les vendre chez Monsieur Paul un fourgue du quartier.

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    Cornelia reste bloquée dans l’ascenseur 

    Pour le malheur de tous, il va croiser la route de Randall et de sa bande réduite à sa maîtresse Elaine qu’il n’hésite pas à battre à l’occasion et d’un mexicain, Essie, un rien soumis, un rien dégénéré. Ceux-ci décident de suivre George et vont rapidement comprendre qu’ils peuvent piller la maison. Ici va commencer une longue série de scènes de terreur. Ils commencent par bousculer George et Sade, tandis que Cornelia assiste impuissante à leur torture sadique et sans frein.

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    Sade et George L. commence à piller la maison 

    George va arriver à s’échapper un moment pour alerter Paul et ses sbires. Tout cela finira très mal pour tout le monde. Seuls Paul  et ses acolytes vont finalement profiter de l’aubaine, et embarquer une grande quantité de biens de luxe, tandis que Randall aura les yeux crevés et que probablement Malcolm se suicidera n’ayant aucune nouvelle de sa mère.

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    Randall et la  petite bande vont croiser la route de George chez le fourgue 

    C’est donc un film assez hybride qui mêle dans un même mouvement une présentation de la délinquance juvénile et la terreur pure d’une femme doublement paralysée dans son ascenseur, handicapée de surcroit par sa hanche. En même temps il y a une opposition entre la richesse égoïste d’une femme très riche et une bande de dégénérés complètement fermé à la morale la plus élémentaire. Los Angeles est une ville individualiste où les objets, de l’ascenseur aux automobiles, enferment la société dans une indifférence coupable.

    Nous sommes au début des années soixante, l’Amérique est prospère, mais elle développe en même temps des tendances destructrices. Ses enfants sont complètement pervertis par l’argent, la vie facile et l’absence de garde-fou. Malcom ne saurait se satisfaire de la richesse matérielle de sa mère, mais Randall et ses amis sont aussi engagés dans un cycle de violence – Randall rentre et sort de prison en permanence – qui les dépasse aussi.

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    Ils suivent George jusque chez Cornelia 

    La mise en scène va donc jouer de ces oppositions et déboucher sur la terreur pure d’individus toujours plus impuissants à faire face. Le soleil de la Californie, le bien-être matériel, sont seulement des illusions que la violence latente de la jeunesse suffit à remettre en cause radicalement.

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    Les jeunes délinquants déchaînés vont d’abord terroriser Sade et George 

    Le film fit grosse impression à sa sortie et la critique le salua. A vrai dire il s’inscrit à la fois dans la lignée des films d’Aldrich, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? ou Hut… Chut Chère Charlotte qui mettent en scène des femmes vieillissantes et tourmentées par leur passé aussi bien que par leur richesse et les films comme Le temps du châtiment de John Frankenheimer ou Graine de violence de Richard Brooks et La fureur de vivre qui insistent sur la délinquance juvénile.

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    Randall perdra la vue 

    Depuis le film de Grauman, la violence à l’écran a progressé si on peut dire et les scènes de terreur sadique ont franchi un palier, oubliant au passage leur contenu social et critique. Cela impressionne moins. Mais il n’empêche que ce portrait de l’impuissance individuelle face à une violence gratuite porte toujours et fascine.

    Ce n’est donc pas un vrai film noir, ni dans sa thématique, ni même dans sa manière d’être filmé. L’écran large, la place importante et décisive des objets dans la détermination des gestes les plus incongrus est neuve pour l’époque. L’écran large justifie ce traitement et participe du renouvellement du film criminel.

    Grauman qui fut plutôt un réalisateur de télévision, rend un travail très propre et très sûr. Les plongées et contre-plongées à partir de l’ascenseur complètement bloqué rendent compte de ce vide abyssal de la modernité. Le téléphone, l’alarme électrique, tous ces objets sensés rapprocher et protéger les individus ne servent plus à rien et au contraire souligne la fragilité des relations sociales plongées dans une impossibilité de communication.

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    Cornelia essaie d’échapper à la colère de Randall 

    La  distribution est tout à fait à la hauteur du propos. Olivia de Havilland est complètement dépassée par les événements, et ses colères ne lui permettent pas, avant la catastrophe finale de comprendre vraiment ce qui se passe. James Caan est Randall, exhibant ses pectoraux velus, il est une sorte de Marlon Brando du pauvre, c’est aussi son premier rôle important, celui qui déterminera sa longue carrière. Il cabotine bien un peu, mais cela va bien finalement avec le rôle. On peut juger que le personnage de George, interprété par Jeff Corey est un peu outré tout de même et manque de nuances. 

    Sans être un film majeur, c’est un film intéressant qui soutient l’attention jusqu’à l’ultime dénouement.



     

    « Dans l’ombre de San Francisco, Woman on the run, Norman Foster, 1950Le jeu de la vérité, Robert Hossein, 1961 »
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