• La loi des armes, Gunslinger, Roger Corman, 1956

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    Roger Corman est surtout connu en France pour ses adaptations d’Edgar Poe. Mais ce réalisateur prolifique a touché un peu à tous les genres. Du film noir au film de guerre en passant par le western. Il est aussi un producteur important qui obtint assez rapidement son indépendance par rapport aux studios. A ce titre il lança un certain nombre de réalisateurs importants dont Francis Ford Coppola. Evidemment la prolixité de son œuvre engendra aussi un grand nombre de mauvais films. Mais il avait un savoir-faire important qui lui permit de réaliser un grand nombre de films à petit budget, tournant rapidement avec des acteurs souvent de second rang, ou en perte de vitesse, toujours bien dirigés. Gunsliger – qui veut dire « le flingueur » - est un très bon cru.

    Rose est la femme du Marshall. Quand celui-ci se fait assassiné sous ses yeux, elle se propose de le remplacer au pied levé, en attendant qu’arrive un homme de loi pour reprendre les choses en main. Rapidement elle se heurte à la tenancière d’un saloon, Erica, qui viole allégrement la loi et qui poursuit le but de racheter des terres sur lesquelles passera peut-être le futur chemin de fer. Erica va engager un tueur à gages, Cane Miro, un ancien soldat confédéré qui a vécu de façon amère la défaite et qui poursuit aussi comme but de tuer le maire de la ville, Gideon Polke, qu’il accuse d’avoir fait perdre une bataille décisive dont l’issue aurait selon lui changé le sort de la guerre.

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    Rose n’a pas froid aux yeux et prend le fusil pour venger son mari 

    Erica manipule tout le monde, de son barman qui est follement amoureux d’elle, jusqu’à ses danseuses qu’elle envoie régler son compte à Rose. Mais entre-temps, Rose va développer une idylle avec le mélancolique Cane Miro, ce qui ne la freinera pas pour autant dans la poursuite de la mission qu’elle s’est donnée. Elle nettoiera la ville, tuera Erica et Cane Miro, et puis lassée de cette violence, elle s’en ira vers sa destinée.

    Comme on le voit l’histoire imaginée par Roger Corman est assez simple. Mais c’est un véhicule pour développer des thèmes finalement assez modernes. Le scénario fourmille d’idées. A commencer par le fait que l’histoire repose sur l’affrontement de deux caractères féminins forts et déterminés. D’un côté la cupide Erica qui est prête à tout sacrifier pour devenir la maitresse de la ville et arrondir sa fortune, de l’autre Rose dont le sens du devoir, et la morale bien particulière, lui imposent de venger son mari et d’en finir avec la canaille. Rose est pourtant une femme qui a des sentiments et qui se trouve toujours à deux doigts de succomber aux avances du tueur payé par Erica. Il y a aussi la jalousie, celle d’Erica qui voit Cane Miro lui échapper, celle aussi de Jake qui se consume d’amour pour Erica et qui ne supporte pas de la voir flirter avec le tueur vêtu de noir.

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    Gideon donne l’étoile du marshall à Rose avec les pouvoirs de police 

    Les séquelles de la guerre de sécession sont aussi très présentes, elles expliquent la marche funèbre de Cane Miro vers sa propre destruction parce que justement il a aussi une forme de morale particulière qui le pousse aussi bien à se venger de Gideon tout en honorant son contrat qui devrait l’amener à tuer Rose pour le compte d’Erica. Le lâcher Gideon qui s’est bien mal conduit pendant la guerre trouvera aussi une forme de rachat en affrontant Cane Miro seulement armé d’une fourche.

    L’ambiguïté est toujours présente. D’abord celle de Rose, la véritable héroïne de cette histoire. Si elle ne faillit pas à sa mission qui est de venger son mari et de rétablir l’ordre, elle n’en est pas moins femme et se laisse embrasser par le tueur, manifestant ainsi une sexualité trop bridée par les conventions sociales.

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    Erica se sert de ses atouts pour manipuler Cane Miro 

    Le film est rondement mené, les scènes de violence se succèdent sans faiblir. Le pré-générique annonce la couleur, le lâche assassinat du Marshall conduit Rose à prendre les armes et à tuer sans état d’âme. Et puis il y a l’affrontement à mains nues entre Erica et Rose dans le saloon. Le rythme est bon, le montage serré. On ne perd pas de temps dans des palabres. Ce qui compense largement la maigreur évidente des moyens à la disposition de Roger Corman.

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    Rose essaie de protéger le lâche Gideon 

    Une telle entreprise ne peut réussir que si les acteurs amènent de la crédibilité aux caractères. Beverly Garland qui a fait l’essentiel de sa longue carrière à la télévision, est Rose. Elle apporte beaucoup d’énergie à son interprétation, à la fois déterminée et sensuelle. Allyson Hayes est Erica, une femme tout aussi énergique et battante, c’est la mauvaise fille qui n’a pas l’ombre d’un sentiment amoureux et qui foule aux pieds les prétentions des mâles à l’attirer dans leurs filets. Elle déborde de sensualité, mais manipulatrice, elle ne poursuit que son propre enrichissement. La petite histoire veut que les deux actrices principales se soient détestées et affrontées durant tout le tournage du film. Peut-être est-ce cette animosité qui conduisit à donner une certaine vérité à leur interprétation ?

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    Elle le met à l’abri en prison 

    Le plus remarquable est John Ireland. Habitué aux seconds rôles de voyous, le plus souvent intégralement mauvais, il est ici un curieux mélange de froide détermination et de mélancolie. Sous les dehors d’un tueur à gages, il est un perdant magnifique. C’est un des rares films où il a d’ailleurs le premier rôle. En soldant ses comptes, il court vers son suicide, et d’ailleurs on ne sait pas très bien s’il meurt parce que Rose est la plus forte, ou s’il se laisse tuer parce qu’il n’y a pas de possibilité pour lui de vivre un grand amour.

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    Cane Miro va faire équipe avec Erica pour piller la ville 

    Les références cinématographiques sont à rechercher du côté de Johnny Guitar où déjà Nicholas Ray mettait en scène un trio où une tenancière de saloon, Vienna, affrontait une cupide propriétaire, Emma, sous le regard désabusé de Johnny. Mais ici les caractères sont beaucoup plus noirs.

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    Après le meurtre de sa femme, Gideon affronte Cane Miro, armé d’une fourche

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    Rose va affronter Cane Miro, malgré ses sentiments

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    Rose quitte la ville et croise le futur marshall

    « L’indic, Serge Leroy, 1983Gangster n° 1, I Mobster, Roger Corman, 1958 »
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