• La petite fille au tambour, The little drummer girl, George Roy Hill, 1984

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    George Roy Hill était un réalisateur à succès notamment grâce à Butch Cassidy et le Kid et L’arnaque. Il passa en 1984 à un sujet plus grave et plus controversé puisqu’il traite du terrorisme et du conflit israélo-palestinien. Le film est basé sur un roman passionnant et fortement documenté de John Le Carré. Les moyens financiers sont là, le casting très bon, et pourtant ce sera un bide noir.

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    Un groupe palestinien déterminé utilise le terrorisme 

    L’histoire tourne autour de l’action d’un groupe d’agents israéliens visant à éliminer un commando palestinien particulièrement redoutable. Dirigé par Khalil, il commet des attentats un peu partout à la surface de la planète et souvent utilise pour véhiculer ses bombes des jeunes femmes qui ont été séduites par les palestiniens, ou qui se trouvent dans la mouvance révolutionnaire européenne, puisque la cause palestinienne a été souvent vue comme le prolongement du combat contre le capitalisme. Le but est de remonter jusqu’à la tête : d’éliminer Khalil. Pour cela le Mossad va retourner une actrice un peu marginalisée dans son métier, mais qui se donne à fond à la cause palestinienne. Le but est de l’utiliser pour qu’elle remonte elle-même jusqu’à Khalil. Pour cela elle devra s’entraîner dans les camps palestiniens, apprendre à poser des bombes, jusqu’à ce qu’elle soit digne de confiance et qu’elle arrive jusqu’à Khalil. Elle le séduira et finira par introduire les tueurs auprès de Khalil. Le conflit israélo-palestinien n’a pas donné naissance à beaucoup de fictions, à l’exception toutefois notable de The Levanter d’Eric Ambler parue en 1972. Et sans doute John Le Carré a-t-il trouvé chez le maître du roman d’espionnage une partie de son inspiration. Pourtant c’est un sujet propice à des histoires denses et solides. 

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    Joseph donne une arme à Charlie pour la rassurer 

    Le film est très fidèle au roman qui est selon moi un des meilleurs de John Le Carré. Sa mise en scène éclatée donne un réalisme intéressant à l’histoire. On passe de l’Angleterre à la Suède, de l’Allemagne en Israël parce que le conflit est internationalisé depuis ses débuts. La précision des détails dans la traque du commando palestinien est remarquable, notamment dans la partie qui se passe en Allemagne. C’est un travail d’équipe dont l’efficacité repose sur la solidarité et l’abnégation. Mais à côté de la description du travail des services secrets israéliens, il y a aussi le portrait étonnant de Charlie la militante pro-palestinienne, une jeune femme mal dans sa peau, prompte à s’embarquer dans des aventures bancales sans trop réfléchir aux conséquences. C’est d’ailleurs sur l’affectivité – d’un côté ou de l’autre – que les Palestiniens comme les Israéliens vont jouer. Comme dans le roman d’ailleurs, John Le Carré ne porte de jugement sur tel ou tel groupe. Il montre que les services secrets israéliens, comme les commandos palestiniens possèdent une logique singulière qu’on ne saurait nier d’un trait de plume, une logique qui d’ailleurs souvent dépasse les malheureux exécutants de cette tragédie. Par contre ce qui est au fond condamner ce sont les techniques de manipulations des uns et des autres, selon lesquelles la fin vaut les moyens. 

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    Charlie va être retournée par le Mossad 

    Le film a pu passer pour pro-israélien, ce qui sans doute lui a enlevé bon nombre de spectateurs et a laissé la critique craintive. Probablement parce que ce sont les services secrets israéliens qui sortent vainqueurs des commandos palestiniens. Mais John Le Carré, en tant qu’Anglais, n’est pas pro-israélien, ce serait même plutôt le contraire. Certainement qu’il y a eu chez lui la nostalgie de ce qu’était la Palestine au temps du Mandat britannique. Certes les terroristes palestiniens apparaissent comme particulièrement cruels et tenant guère compte des dommages collatéraux de leurs actions, mais n’est-ce pas l’énergie du désespoir qui les poussent dans cette voie ? Et après tout la trouble Charlie sera passée par pertes et profits par les services secrets israéliens au-delà de son rôle dans l’élimination de Khalil.

    Si les Israéliens sont les plus déterminés, la plupart des personnages de ce drame sont dans l’ambiguïté. Et même le rigide Khalil. Celui-ci est d’un côté un chef de commando sans pitié, mais de l’autre, il se laisse aller à des sentiments amoureux pour Charlie, ce qui causera sa perte. Et même Martin Kurtz le chef des services secrets israéliens marquera cette ambigüité par des réflexions finales désabusées, alors même qu’il a atteint son but 

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    Charlie partage la vie des commandos palestiniens qui s’entraînent 

    En remettant cette histoire à hauteur d’homme, on avance dans les déterminations souvent troubles qui guident l’engagement politique ou même l’activité d’agent secret. Charlie est une menteuse invétérée, et sous la pression de Martin Kurtz, son système de la représentation de la réalité va voler en éclat.  Les scènes les plus remarquables sont celles où justement Martin Kurtz est confronté aussi bien à Michel qu’il veut faire parler, et il y arrivera, qu’à Charlie qu’il veut recruter pour la défense de la cause israélienne.

    La distribution, si elle n’est pas très glamour est très juste, surtout si on se réfère aux personnages du roman. Diane Keaton a le physique pour jouer cette femme un peu seule, un peu délaissée qui a besoin d’embrasser une cause même si elle n’y comprend finalement pas grand-chose. Le solide Yorgo Voyagis est Joseph, l’agent secret israélien qui séduit Charlie et l’amènera à collaborer. Plus étonnant est Klaus Kinski dans le rôle de Martin Kurtz, il est d’une sobriété remarquable. Et puis il y a enfin Samy Frey dans le rôle de Khalil. Dans des petits rôles il y a encore David Suchet, et John Le Carré lui-même qui incarne un policier de Scotland Yard. 

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    Charlie va séduire le redoutable Khalil 

    La mise en scène est nerveuse, le rythme soutenu, surtout dans la première partie lors de la traque et de l’élimination du commando palestinien  en Allemagne. On suit souvent en parallèle trois histoires, celle de Charlie, celle du commando qui traque et élimine les terroristes, et enfin celle de Martin Kurtz qui coordonne l’activité et manipule un peu tout le monde. Ça nous permet de faire des détours par la Grèce, Leipzig et l’Allemagne lisse et propre, ou encore Beyrouth et le Liban qui a cette époque-là se trouvait dévasté par la guerre. Les oppositions entre les espaces marquent aussi la distance qu’il peut y avoir entre ce que comprennent les acteurs du conflit israélo-palestinien, et les Occidentaux souvent attachés à des déterminations symboliques qui ne correspondent à rien sur le terrain. Aujourd'hui cette manière de poursuivre la lutte n'existe plus du côté palestinien, les temps ont changé, et si la situation reste tendue, le terrorisme à l'extérieur d'Israël et des Territoires Palestiniens a pratiquement disparu, alors que dans les années soixante-dix et au début des années quatre-vingts, les attentats palestiniens défrayer la chronique. 

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    Joseph tuera Khalil  

    C’est selon moi un des meilleurs films d’espionnage qui ait été tourné, et probablement un des plus réalistes aussi. Il démontre s’il le fallait que George Roy Hill fut un très bon réalisateur. Evidemment on retrouve tous les thèmes déjà développés par John Le Carré dans ses autres œuvres, cette  lassitude du héros, cette incertitude qui ronge les âmes les plus déterminées, l’ambigüité de la cause défendue. Il n’existe de disponible sur le marché qu’une version américaine sans sous-titres en DVD. Une réédition en Blu Ray est à mon avis souhaitable.

    « He ran all the way, the life of John Garfield, Robert Nott, Limelight Editions, 2003Jim Thompson, Nuit de fureur, Savage night, 1953, Fleuve noir, 1983 »
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  • Commentaires

    1
    Mercredi 12 Juillet à 12:53

    merci be

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