• La peur au ventre, I Died a Thousand Times, Stuart Heisler, 1955


    la-peur-au-ventre-1.jpg 

    C’est le remake direct de High Sierra, film tourné en 1941 et qui permit à Humphrey Bogart de devenir la grande vedette que l’on sait. Le scénario est de Willam R. Burnett qui est un des maîtres du roman noir. High Sierra, le roman, a donné naissance à trois films. Le premier en 1941, tourné par Raoul Walch, le second date de 1949 et toujours signé par Walsh il devient une sorte de Western avec Joel McCrea et Virginia Mayo.

    C’est l’histoire d’un bandit vieillissant, au grand cœur, Roy Earle, qui sort de prison grâce à Big Mac. Jack Palance est Roy Earle. Pour remercier celui-ci il s’engage à faire un dernier casse qui doit le mettre à l’abri. Bien sûr le destin se met en travers de sa route. C’est d’abord cette jeune fille au pied bot dont il va tomber amoureux, mais c’est ensuite le chien au mauvais œil qui ne le lâche pas d’une semelle. En outre, il fait équipe avec deux gangsters à la mie de pain, incarnés ici par Lee Marvin et Earl Holliman. Bien sûr le hold-up réussira, mais les complications vont apparaître insurmontables. Roy va avoir beaucoup de mal à récupérer sa part. Il sera blessé par le flic véreux qui veut mettre la main sur les bijoux. Dès lors Earle est un homme traqué qui ne peut que mourir.

     la-peur-au-ventre-2.jpg 

    Le film de Stuart Heisler, qui avait déjà réalisé La clé de verre d’après Dashiell Hammett, est excellent. C’est probablement son meilleur. Très souvent on l’oppose au film de Walsh. A tort selon moi. Si le film de Walsh vaut principalement pour l’interprétation de Bogart d’Ida Lupino, le film d’Heisler me semble plus subtil. En effet, il insiste bien d’avantage sur la cruauté de la jeune Velma qui préférera faire sa vie avec un garçon inconsistant, que de suivre Roy. De même le fait d’avoir choisi Shelley Winters pour incarner Marie permet de mieux suivre les transformations de Roy. Celui-ci est au début plutôt rebuté par Marie, la trouvant geignarde et sans guère d’attrait, mais ensuite il la comprend comme un double de lui-même. Du reste elle sera d’une fidélité exemplaire.

    Egalement le personnage qui explique à Roy que le chien a le mauvais œil est un mexicain, bien moins caricatural que le noir qui roulait des yeux fous dans le film de Walsh. Si le film de Walsh est très bon, celui d’Heisler l’est tout autant.

     la-peur-au-ventre-3.jpg 

    Mais il y a un autre intérêt au film d’Heisler, c’est qu’il est tourné en couleurs et en cinémascope. Que ce soit Los Angeles ou la Sierra, les paysages prennent une dimension qu’ils n’avaient pas dans les deux films de Walsh, mais aussi cela donne une dimension plus luxueuse à l’hôtel qui va être le cadre du hold-up. Quand Walsh multiplie les plans rapprochés, Heisler au contraire use de plans larges et tout en profondeur de champ.

     la-peur-au-ventre-4.jpg 

    Au final c’est un très bon film noir – en couleurs ! Jack Palance est remarquable de sobriété. Et si Shelley Winters en fait comme à son habitude des tonnes, tous les seconds rôles, de Lee Marvin à Lori Nelson, sont remarquables. Le spectateur est tout à fait du côté de Roy Earle, et d’ailleurs la façon dont il est exécuté par la police apparaît comme scandaleuse : une balle dans le dos, alors qu’il accourt vers son chien. On ne peut mieux résumer le combat de l’homme seul contre l’ordre et la société. C’est bien sûr un des codes du film noir que de montrer que les apparences sont trompeuses et donc que parfois un gangster représente plus de force morale qu’un vulgaire bourgeois attaché à son pognon. Quant à la jeune fille qui faisait mine d’aimer regarder les étoiles, elle se révèle, une fois débarrassée de son handicap, opportuniste et vulgaire, manquant complètement de dignité.

     la-peur-au-ventre-5.jpg

    la-peur-au-ventre-6.jpg

     


     

    « Le démon des armes, Gun Crazy, Joseph H. Lewis, 1950Crime à Marseille »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :