• La proie, Cry of the city, Robert Siodmak, 1948

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    C’est un très beau film noir, presqu’un modèle du genre. Et s’il n’égale pas Criss Cross ou The killers, il s’en approche un peu. L’histoire est adaptée d’un ouvrage de Henry Edward Elseth, Un aller simple, paru à la Série noire. Cette adaptation n’est cependant pas très fidèle, c’est ce qui donnera l’idée à José Giovanni d’en tirer un autre très bon film, Un aller simple justement, en évitant le piège de la morale. Le film de José Giovanni est plus dur, plus vrai, moins larmoyant. Le livre de Helseth et le film de José Giovanni sont aussi une méditation sur la peine de mort, car à la fin de l’histoire, Rome va se livrer et il devra affronter la condamnation à mort. Cependant la grande maitrise technique de Siodmak et les formidables acteurs qu’il a eu à sa disposition vont faire pencher la balance en sa faveur.

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    Martin Rome a été blessé dans une fusillade avec la police. Le curé lui donne les derniers sacrements 

    Ça commence par un prêtre qui est en train de donner les derniers sacrements à Martin Rome. En effet, celui-ci a tué un policier dans un accrochage et a reçu en échange une balle. Mais il s’en sort et les policiers l’emmènent dans un service de l’hôpital à la fois pour le soigner, mais aussi pour l’interroger à propos d’une autre affaire dans laquelle une vieille femme a été massacrée pour lui prendre ses bijoux.

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    Teena vient voir Martin en cachette de la police

    Mais voilà qu’un avocat véreux, le cauteleux Niles, vient proposer ses services à Rome en échange de ses aveux dans l’affaire De Grazia. Comme Rome de toute façon aura droit à la chaise électrique, il ne craint plus rien, et cela permettrait à Leggett d’être innocenté. Mais Rome ne l’entend pas ainsi, il va s’évader de l’hôpital, il va retrouver les bijoux et confondre la coupable, Rose. Dans tout ça son véritable but est d’épargner Teena la jeune fille dont il est amoureux.

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    Candella, l’ami d’enfance de Martin Rome voudrait retrouver l’assassin de la vieille De Grazia

    Mais Candella son ami d’enfance, qui a grandi dans les mêmes quartiers italiens que lui, veut le retrouver et le mettre en prison en attendant qu’il soit jugé. Finalement Rome, abandonné de tous, de sa famille et de Teena sera abattu par Candella. 

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     Les policiers essaient de faire parler Martin Rome

    Evidemment quand on a lu le livre, on peut regretter les choix des adaptateurs qui tordent ce magnifique roman noir vers quelque chose de moralisateur. En effet, dans l’ouvrage d’Elseth, Martin Rome possède une grandeur d’âme qui fait défaut dans le film. Par exemple, chez Siodmak il espère récupérer de l’argent pour s’enfuir avec Teena, alors que dans le livre il cherche à confondre les véritables criminels qui ont odieusement massacré une vieille femme, tenir surtout Teena à l’écart de tout cela. Egalement dans le livre – comme dans le film de José Giovanni – Martin Rome a abattu un policier alors que celui-ci allait l’abattre froidement. Il était en quelque sorte en légitime défense. Ici cette réalité est occultée, à peine évoquée au détour d’une phrase. Presqu’un tiers du livre est consacré à la vie de Rome en prison, alors qu’il est rétabli, qu’il a été jugé et qu’il attend d’être exécuté. Ici il sera abattu par Candella, laissant bêtement le dernier mot à la police. Ces différences sont importantes, changeant la nature même de l’œuvre.

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    Rome s’enfuit de l’hôpital où il est mal gardé 

     Mais malgré tout c’est un très bon film noir. On retrouve ces jeux de lumière et d’ombre que Siodmak maitrise si bien, une capacité à faire varier l’intensité émotionnelle justement par des jeux de lumières. Mais on trouve ce qui est plus inhabituel chez Siodmak en ce qui concerne sa longue parenthèse américaine, des plans tournés à même la rue, en dehors du studio. C’est Candella qui parcourt des rues pauvres pour rejoindre l’hôpital ou Martin Rome qui est rejoint la station de métro où l’attend la sinistre Rose. Cette aération bienvenue – ce sont les seules scènes qui se passent le jour – prolonge le parti-pris naturaliste de l’œuvre.

    Les contre-plongées dans l’hôpital prison où on a isolé Martin Rome, donne une profondeur de champ qui souligne la solitude du prisonnier. 

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    Il va revoir sa vieille mère 

    Evidemment l’interprétation est excellente. A commencer par Richard Conter dans le rôle d’un petit voyou à la fois arrogant et désespéré. Cynique et blessé il fait le malin devant Teena, mais il tremble de la perdre et finira par se faire tuer dans une manière de se suicider. Mais c’est aussi une très bonne performance de Victor Mature. Son peu de mobilité faciale, sa silhouette haute, ses traits aigus, lui donne une allure particulière. Son calme et se froide détermination sont à l’inverse de l’agitation désordonnée et fébrile de Richard Conte.

    Les femmes sont très bien. Debra Paget ne joue qu’un petit rôle, celui de Teena, mais il est décisif. Shelley Winters dans le rôle de Brenda un fille vulgaire et un peu peureuse, inaugure la longue série des interprétations qu’elle donnera de filles toujours un peu à côté de leurs pompes, mais qui ne croient en rien ni en personne.

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    Brenda va aider Martin Rome a retrouver Rose 

    Le clou du spectacle si on peut dire, c’est Hope Emerson, cette immense actrice (1,88 m, plus de cent kilos) qui interprète Rose. La façon dont elle maltraite et menace Rome est tout à fait réjouissante et inquiétante. Hope Emerson n’a pas joué dans beaucoup de films. Mais chaque fois elle a eu un impact déterminant. Je pense par exemple à Caged de John Cromwell – un de mes films noirs préférés. Elle retrouvera d’ailleurs une nouvelle fois Richard Conte dans Les bas-fonds de San-Francisco de Jules Dassin. 

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    Candella cherche à retrouver Rome par l’intermédiaire de son frère

    Dans un bon film noir, les seconds rôles, voire même les figurants comptent pour beaucoup puisqu’ils donnent de l’authenticité à l’œuvre. Ici on est gâté. Donnons d’abord une mention spéciale à Niles, l’avocat fourbe et retors qui paiera de sa vie ses sinuosités. Berry Kroeger est excellent dans la peau de cette crapule. Mais le père de Rome est également très bien, petit homme laborieux et dépassé par les évènements qui fait encore semblant de tenir le gouvernail de sa famille. Howard Freeman joue Sullivan, un ivrogne qui s’accroche à Brenda. On se souvient qu’il était un des deux tueurs dans The killers.

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    Rome va chez Rose

    Les scènes remarquables sont nombreuses. L’évasion de Rome, la manière dont Candella piste et piège Tony le frère de Martin Rome. Le saut de Candella par-dessus la barrière du métro et qu’il se fait abattre par la fameuse Rose. La très longue scène très sadique quand Rose masse Rome en menaçant de l’étrangler. Le physique de Rose ne laisse aucun doute, Rome ne fait pas le poids. C’est seulement la cupidité de Rose qui fait qu’il reste provisoirement en vie. 

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    C’est à peine s’il peut éviter de se faire étrangler par Rose

     C’est un excellent film noir de Siodmak qui se revoie toujours avec un grand plaisir il lui a manqué cependant un peu d’audace quant à son scénario pour qu’il en fasse un chef d’œuvre.

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    Rose tire sur Candella ce qui l’empêche de poursuivre Rome 

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    Rome menace Candella 

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    Teena refuse de suivre Rome 

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    Candella va abattre Rome

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