• La Scoumoune, José Giovanni, 1972

     La Scoumoune, José Giovanni, 1972

    Jean-Paul Belmondo et José Giovanni décidèrent de faire un remake du film de Jean Becker, en revisitant L’excommunié. Il faut croire que l’histoire leur plaisait particulièrement. Entre 1961 et 1972 évidemment les deux hommes ont muris, Belmondo est devenu un grand acteur populaire, et José Giovanni est devenu un metteur en scène à succès. En tant que réalisateur, ce film vient après Un aller simple et Où est passé Tom, deux films tournés dans des conditions difficiles avec des budgets étiques, des films presque expérimentaux. Mais ce fut aussi deux échecs commerciaux cinglants, ces deux films méritent pourtant autre chose que l’oubli. Ils sont cependant invisibles[1]. José Giovanni avait donc besoin de revenir au succès. Cette fois tous les ingrédients sont réunis : le film est produit par Raymond Danon, le budget est conséquent, et le casting de première classe. 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    Roberto est un tueur qu’accompagne un joueur d’orgue de Barbarie 

    C’est évidemment la même histoire que celle d’Un nommé La Rocca, donc la même thématique, avec au cœur de l’histoire l’amitié de Xavier et de Roberto. Mais José Giovanni qui en a réécrit le scénario l’a resituée avant la Seconde Guerre mondiale. On est donc plus près du livre. Quelques éléments importants ont été changés ou ajoutés. Par exemple le film s’ouvre sur une sorte d’exploit de Roberto qui tue un bonhomme payé par Villanova pour lui faire la peau dans une scène digne d’un western, cette scène est sensée se passer en Sicile ou dans le sud de l’Italie. Et donc on pense que Villanova a un compte à régler avec Roberto, avant même que celui-ci n’arrive à Marseille pour aider Xavier. Dès lors, le fait que Villanova ait voulu mouiller Xavier en mettant un cadavre dans le coffre de sa voiture, perd de son intérêt. Le personnage de Geneviève, rebaptisée Georgia, a été durci, ce n’est plus la petite marchande de fleurs comme dans le livre et dans la première adaptation. C’est une femme de truand qui s’occupe de gérer le claque sur lequel Roberto a mis la main. L’autre changement majeur, c’est que le film traversant la guerre, on va avoir droit à la présentation de racketteurs, qui, après la Libération, vont s’en prendre aux truands qui ont prospéré pendant l’Occupation. Et puis c’est Xavier qui va mourir dans le règlement de comptes final, et sa sœur Georgia restera en vie, mais Roberto dans une sorte d’autocritique de sa conduite violente va tout laisser et partir, car c’est lui qui s’est chargé de dépouiller les propriétaires d’un luxueux cabaret. 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    Fanfan et l’Elégant se demande quelles sont les intentions de Roberto 

    Un des problèmes rencontrés par ce film, comme c’est souvent le cas, est celui de la reconstitution d’une époque disparue. Ça sent en effet un peu trop l’application. C’est trop propre. Les tissus sont lisses et très apprêtés, ce qui ne correspond pas à ce qui se faisait à cette époque. Même chose pour ce qui concerne les coupes de cheveux. Alors que dans Un nommé La Rocca, Jean Becker avait réussi à utiliser adroitement les décors réels de Marseille, ici on a des décors de studios pour filmer les coins de rue des quartiers chauds. Certes ces quartiers n’existent plus aujourd’hui, ils ont été détruits, soit lorsque les Allemands ont décidé de faire sauter le pont transbordeur, soir après la Libération quand on a détruit le quartier derrière la Bourse. Mais on aurait pu utiliser des quartiers intermédiaires comme on l’avait fait pour Borsalino par exemple. Cette réduction aux décors de studio empêche évidemment à la caméra de prendre du champ. Dès que Giovanni s’évade des huis clos c’est nettement mieux. Lorsque Roberto rôde autour de la prison avec l’espoir de faire évader Xavier, c’est filmé en un seul plan qui part de l’intérieur de la prison et qui passe par-dessus les murs pour aller retrouver Roberto. Les scènes de déminage sont toujours aussi spectaculaires et tendues. Mais l’ensemble reste marqué d’une certaine raideur. 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    Roberto et Georgia assistent au procès de Xavier 

    L’interprétation c’est encore Belmondo. Il semble curieusement moins à l’aise que dans Un nommé La Rocca, peut-être est-il devenu trop vieux entre temps. Mais il n’est pas mal, quoiqu’on puisse contester ses costumes extravagants et le vieillissement artificiel de sa personne. Ensuite le rôle de Geneviève a été développé, coopération oblige, pour donner une place plus importante à Claudia Cardinale. C’était la troisième fois qu’elle tournait avec Belmondo, après La Viaccia et Cartouche. Dans ce film elle n’est cependant pas trop à son aise, hésitant entre un profil dur, elle sera mère-maquerelle, et un personnage plus romantique. Michel Constantin est Xavier. Il était déjà présent dans la première version où il jouait le rôle d’un déserteur américain. Entre temps il a pris du galon. Il est très bon, crédible dans la peau d’un dur à la tête brûlée. Michel Peyrelon dans le rôle de Charlot l’Elégant est aussi très bien. En général d’ailleurs les seconds rôles sont bien travaillés. On verra aussi Gérard Depardieu dans un tout petit rôle, comme il n’a pas grand-chose à faire, on peut dire qu’il le fait très bien. Une mention spéciale doit être donnée à Enrique Lucero dans le rôle du Mexicain joueur d’orgue de Barbarie. On a vu sa silhouette singulière dans La horde Sauvage, mais aussi dans Two mules for sister Sarah, ou plus avant dans Les sept mercenaires de John Sturges. Il s’était aussi illustré dans des adaptations de B. Traven, Macario et The bridge in the jungle. Il y a aussi Dominique Zardi qui était déjà de la première version et qui saute toujours aussi bien sur les mines ! 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    Le règlement de comptes laisse plusieurs cadavres sur le carreau 

    Ce n’est pas le film le plus inspiré de José Giovanni. Cette adaptation un peu décevante a pourtant bien marché, en France comme à l’étranger, malgré une critique assez indifférente. En tous les cas elle relancera la carrière de José Giovanni comme réalisateur qui va à la suite tourner trois films avec Alain Delon, dont Deux hommes dans la ville. Le film a été en effet un succès convenable en France, un gros succès en Italie et en Espagne.

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    En prison Roberto retrouve Xavier et Fanfan 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972 

    Le déminage est une opération dangereuse 

    La Scoumoune, José Giovanni, 1972

    José Giovanni et Jean-Paul Belmondo sur le tournage de La Scoumoune

     

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/un-aller-simple-jose-giovanni-1970-a114844832

    « Un nommé La Rocca, Jean Becker, 1961Deux hommes dans la ville, José Giovanni, 1973 »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :