• Le cambrioleur, The burglar, Paul Wendkos, 1957

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    Ce petit film de série B a une excellente réputation et c’est justifié. Film très original, il est réalisé vers la fin des années cinquante, alors que le cycle du film noir est achevé. Il a donc un statut intermédiaire entre les films noirs et ce qu’on appellera le néo-noir qui évoluera vers une esthétique plus moderne et s’ouvrira ensuite à la couleur.

     Un cambrioleur, Nat, un rien neurasthénique réalise un casse avec son équipe, deux demi-sel apeurés et la jolie Gladden. Tout se passe assez bien, il récupère un collier de grande valeur, si ce n’est que des flics se pointent et perturbe notre casseur. C’est bien de là que va venir tout le malheur, car un des deux flics est un rien véreux et se met dans la tête de récupérer le riche collier. Evidemment ça finira mal, mais en fait on s'y attend car notre héros, à vrai dire bien négatif, n’a pas tellement le goût de vivre. 

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    L’histoire est tirée d’un roman de David Goodis, Le casse, et c’est ce même Goodis qui en a assuré l’adaptation pour être sûr de ne pas se trahir. C’est au fond un film noir psychanalytique. Nat se frustre d’à peu près tout. Il ne boit d’ailleurs pas contrairement à David Goodis lui-même, il est un vrai professionnel. Se sentant responsable de la belle Gadden, il refuse de la sauter alors qu’elle ne demande que ça. Il se punit parce qu’il a donné sa parole au père de Gadden de toujours la protéger. Mais il est négatif pas seulement de ce côté-là. En effet, il ne sait pas trop ce qu’il doit faire du collier. Ses partenaires le pressent pourtant, mais lui, au prétexte qu’il faut attendre que tout se calme, refuse de s’en séparer. Et puis pourquoi fait-il semblant de tomber amoureux de Della, alors que manifestement celle-ci n’est là que pour le mener à sa perte. Il aura du reste la même attitude suicidaire face à Charlie le flic véreux. Il ne se défend presque pas, lui donne le collier, attend la mort.  

    Le scénario est donc, dans ses intentions, déjà très intéressant. Mais le film recèle bien d’autres qualités. D’abord la manière lente et non spectaculaire de filmer de Paul Wendkos. Il utilise les changements de rythme les différences de point de vue, alterne les gros plans et les plans en profondeur. L’écran large l’éloigne encore un peu plus de la technique traditionnelle du film noir. Par ses innovations formelles il annonce Blast of silence. Paul Wendkos est très peu connu, il fut d’ailleurs très certainement découragé du mauvais accueil fait à son film et devint un réalisateur de séries télévisées. Qui est le cambrioleur, Nat, ou son père adoptif qui lui a appris le métier ? 

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    Parmi les autres atouts de ce film mélancolique, il y a bien sûr les acteurs, avec une mention spéciale pour Dan Durya. C’était un habitué des films noirs, mais il n’avait presque jamais eu le beau rôle. Son visage tourmenté le cantonnait aux rôles de salaud. Ici il est plutôt du côté des bandits d’honneur, il cambriole sans arme et en outre respecte la parole donnée. On a souvent souligné la bonne prestation de Jan Mansfield, disant qu’elle montrait dans ce film justement des qualités d’actrice, qu’elle n’était pas seulement un corps. Elle est très bien, mais Martha Vickers est aussi très impressionnante. A la fois perverse et amoureuse, elle n’osera jamais tirer sur Nat, et d’un certain point de vue à la fin du film elle lavera son honneur. Finalement c’est peut-être elle qui est tombée dans son propre piège en devenant amoureuse de Nat alors que lui s’en moque éperdument. 

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    Il y a des idées à tout moment. Par exemple la présentation du film est vue à travers les actualités de l’époque, dominée par la guerre froide, mais c’est en contrepoint qu’on remarque une vieille femme, très riche qui fait étalage de ses biens mais qui aussi se donne bonne conscience en faisant la charité : c’est elle qui va être l’objet du cambriolage. Dans ce concubinage des images il y a une évidente critique de l’Amérique. Les disputes entre Gladden et les deux comparses mettent curieusement en scène la neurasthénie de Nat, on s’attend à ce qu’il intervienne, mais non, il pense à sa triste vie et laisse ses acolytes se battre. Ou encore, il y a la scène finale dans la maison des horreurs où un mannequin signale que les morts parlent aux vivants. 

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    Bref The burglar est, sans être un chef-d’œuvre, un film noir inspiré, et certainement une des meilleures adaptations de Goodis dans la mesure où elle en respecte tout à fait l’esprit. Par charité, on ne parlera pas de l’autre adaptation de ce roman par Henri Verneuil en 1971, Le casse, avec Jean-Paul Belmondo, adaptation qui transforme un roman noir en un film touristique sur les collines d’Athènes. 

    « Le bon camp, Eric Guillon, La manufacture de livres, 2010.Temps noir, n° 15, juin 2012 »
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